The Legend of Zelda, la saga qui a révolutionné la musique de jeu vidéo

Mis à jour le mardi 30 juin 2020 à 18h09

34 ans d'existence, 19 jeux vidéo et plus d’une centaine de millions de ventes, la saga de jeux vidéo « The Legend of Zelda » se démarque depuis sa genèse en 1986 par ses innovations musicales remarquables et ses thèmes mémorables définitivement gravés dans la mémoire de plusieurs générations.

The Legend of Zelda, la saga qui a révolutionné la musique de jeu vidéo
The Legend of Zelda, la saga qui a révolutionné la musique de jeux vidéo, © Maxppp / EFE/Newscom/MaxPPP

En 1986 est publié le jeu The Legend of Zelda pour la Nintendo Entertainment System (NES ou Famicom au Japon), première console de salon de la compagnie Nintendo. Situé dans le monde médiéval fantastique d’Hyrule, les joueurs contrôlent Link, jeune guerrier au bonnet vert et à l’épée magique, chargé de sauver la princesse Zelda, sous l’emprise d’une figure maléfique nommée Ganondorf ou Gannon. Si l’histoire n’a rien de révolutionnaire, la musique quant à elle, composée par Koji Kondo, marque un moment clé dans l’histoire du jeu vidéo : 

« Nintendo demande à Koji Kondo de faire de la musique qui n'a jamais été entendue dans un jeu vidéo. C’est à ce moment que va commencer l'ère mélodique, le moment où le jeu vidéo a commencé à avoir des grandes mélodies », explique Fanny Rebillard, journaliste, musicologue et autrice spécialisée dans la musique de jeu vidéo.

Premier compositeur attitré chez Nintendo, à une époque où la musique n'est encore qu’un aspect secondaire, les compositions de Kondo annoncent l’arrivée de la musique en tant qu’élément important dans un jeu vidéo : « La musique est très puissante lorsqu’il est question de créer un atmosphère pour des jeux et alimenter la montée et la chute des émotions. C’est essentiel pour créer un jeu amusant », explique Kondo.

Un thème héroïque aujourd’hui incontournable dans l’histoire de Zelda et des jeux vidéo qui fut composé en une seule nuit pour remplacer un autre thème initialement prévu : le Boléro de Ravel ! (Mal)heureusement, la musique de ce dernier n’étant pas dans le domaine public au Japon (à un mois près), Kondo fut obligé de composer un nouveau thème pour accompagner Link dans sa quête périlleuse. 

Une musique pas comme les autres

Si la musique de jeu vidéo est souvent assimilée au genre de la musique de cinéma pour son association à la narration audiovisuelle, elle s'y démarque considérablement : alors que les premiers sons de jeux vidéo servent uniquement à distinguer les actions du joueur, l’habillage musical d’un jeu possède une autre responsabilité unique et essentielle à ce genre.

Contrairement à la narration passive et linéaire du cinéma, le jeu vidéo se distingue par le besoin de s’adapter aux actions imprévisibles du joueur et de lui communiquer toute information émanant de son environnement (l’approche d’un ennemi, la découverte d’un indice ou l’arrivée du joueur dans une zone importante tel un donjon ou un lieu sûr sans danger).

Information que la musique transmet à travers des earcons, « des icônes sonores qui permettent de renforcer par le son une signalétique visuelle qui est jugée insuffisante au niveau de la communication. Donc plus la musique de jeu vidéo va devenir interactive, plus elle va jouer ce rôle de signal sonore au joueur d’une information importante », explique Fanny Rebillard. 

Dans The Legend of Zelda : Wind Waker par exemple, publié en 2002 pour la Gamecube, de courtes mélodies viennent illustrer les enchainements d'attaques du joueur. Ces courtes variations musicales déclenchées par le joueur créent une bande sonore unique selon chaque joueur. Ainsi, la malléabilité de la narration d’un jeu vidéo apporte de nouvelles formes de composition qui réunissent la composition musicale et le « sound design »,  l’habillage sonore d’un jeu par des bruitages et de petites mélodies communicatives.

Plus qu’une bande sonore, une musique dont vous êtes le héros

Fonction généralisée dans la musique des jeux vidéo dès les premières bandes sonores, la communication musicale est poussée encore plus loin dans la saga Zelda par une interactivité musicale à travers des instruments magiques pour faire avancer l’histoire et l’action du jeu. Dès le premier volet de la saga en 1986, le joueur fait appel à une flûte à bec magique capable d'ouvrir des portes cachées, d'assécher des lacs, de faire éclater des murs et d'affaiblir certains ennemis.

Par la suite, le joueur est amené à faire sonner dans presque chaque jeu de la série un ou plusieurs instruments magiques : des instruments à vent, des percussions, des cordes, un orchestre entier, et même le bâton d’un chef d’orchestre. Cette interaction est poussée à son apogée dans The Legend of Zelda : Ocarina of Time (1998), dans lequel le joueur doit interpréter note par note à l'ocarina des mélodies que l'on lui apprend afin de déclencher le sort caché du thème en question, comme le « Chant des Tempêtes » (à 1mn02 dans la vidéo ci-dessous) :

Une évolution qualitative et quantitative

L’évolution musicale des bandes sonores avance main dans la main avec les avancées technologiques du jeu vidéo. Ainsi, lorsque Kondo compose les premiers thèmes de The Legend of Zelda, un jeu sur cartouche avec une mémoire très limitée, il n’a à sa disposition qu'une fraction de la mémoire disponible et trois voix avec lesquelles composer sa bande sonore : une voix haute, une voix moyenne et une basse, et les bruitages en guise de percussion. 

L’arrivée de la nouvelle console Super NES en 1991 offre aux compositeurs plus de mémoire et de capacités techniques qui élargissent également les voix de l’orchestre synthétique. Ainsi, Kondo peut maintenant ajouter des cuivres, des instruments à vent et des cordes à son célèbre thème : 

La montée en puissance proposée par chaque nouvelle console permet de repousser les limites non seulement des jeux mais aussi celles de la musique, autant dans sa quantité que sa qualité. Ainsi, lorsque le joueur explore l’immense et nouveau domaine d’Hyrule dans The Legend of Zelda : Ocarina of Time (1998) pour la N64, Koji Kondo décide de composer plusieurs thèmes de huit mesures, déclenchés de manière aléatoire afin d’éviter une monotonie musicale pour le joueur. Des thèmes originaux qui rappellent néanmoins la célèbre mélodie du premier jeu, désormais reconnue par d’innombrables amateurs du genre (à 30 secondes dans la vidéo ci-dessous) : 

Lorsque Koji Kondo décide dans les années 2000 d’assumer un rôle de supervision musicale plutôt que de composition, il laisse sa place à une nouvelle génération de compositeurs : « Les compositeurs qui ont pris sa suite, qui n’ont rien à voir en termes de style, ont inséré leur propre style dans Zelda, tout en ayant ce poids historique à maintenir », précise Fanny Rebillard. En effet, si chaque jeu Zelda possède sa propre identité visuelle et musicale, comme l’esprit marin de The Legend of Zelda : The Wind Waker, il existe un fil rouge musical qui relie chacun des jeux, un lien nostalgique subtile et dissimulé à travers chacune des bandes sonores.

Cette nostalgie musicale est portée à son comble dans le dernier volet de la saga, The Legend of Zelda : Breath of the Wild, dans lequel le héros Link se réveille après un sommeil de cent ans. Ses souvenirs fragmentés et lointains, la musique est également distante et difficile à percevoir mais à travers laquelle le célèbre thème de Kondo se fait néanmoins entendre, tel un souvenir tout aussi lointain (à 0.44 secondes ci-dessous) : 

Mais si les questions de la mémoire disponible pour la musique et la qualité sonore de cette dernière ne sont plus d’actualité aujourd’hui après 30 ans d’évolution, de nouvelles contraintes existent pour les compositeurs de musique de jeu vidéo :

« Il y a aujourd’hui de nouvelles problématiques musicales qui apparaissent, qui se rapprochent du cinéma. Sans limites technologiques, les compositeurs doivent réfléchir à comment rendre le jeu clair pour le joueur. Puisque la bande sonore se doit d’avoir un rôle très indicatif et fonctionnel [...], il faut équilibrer les bruitages, l’évolution de la musique, et même prendre en compte les dialogues parlés. Toutes ces choses ajoutent un nouveau point de vue de la composition, qui pousse les compositeurs dans leurs retranchements, mais à un tout autre niveau », explique Fanny Rebillard.

Du premier jeu dont la bande sonore encodée d’une dizaine de pistes ne dépasse pas les neuf minutes, à Breath of the Wild, qui contient plus de 6 heures de musique enregistrée avec de vrais instrumentistes, la musique de jeu vidéo est un genre en constante évolution dont l’histoire peut se lire dans les différents univers musicaux des jeux Zelda, qui ne cessent de fasciner et d’enchanter les millions de joueurs qui y pénètrent encore aujourd'hui.