Le piccolo, comment ça marche ? Avec Anne-Sophie Neves

Mis à jour le lundi 25 octobre 2021 à 16h49

Petit mais puissant, voilà qui résume bien l'instrument d'Anne-Sophie Neves, piccolo solo à l'Orchestre philharmonique de Radio France. Démonstration vidéo.

Le piccolo, comment ça marche ? Avec Anne-Sophie Neves
Le piccolo d'Anne-Sophie Neves date du XIXe siècle, © Radio France / Pôle vidéo, France Musique

En tant que piccolistes, nous sommes en quelque sorte les sopranos légers du pupitre de flûte. Nous sommes tout là-haut et moi, ça me donne la pêche !

France Musique : Quelle sont les origines du piccolo ?

Anne-Sophie Neves : "Piccolo" veut dire "petit" en italien. Historiquement, le piccolo se trouve tout au bout du pupitre de flûte qu'il double à l'octave. On peut voir une partie de ses origines dans le fifre militaire, une petite flûte dépourvu de clés jouée lors des parades. On trouve une évocation de cet instrument dans le dernier mouvement de la Neuvième Symphonie de Ludwig van Beethoven. Progressivement, le système de clés que nous lui connaissons est apparu et la forme actuelle de l'instrument s'est fixée au XIXe siècle. Certains compositeurs ont donné au piccolo une véritable place de soliste, à l'instar de Dmitri Chostakovitch ou Igor Stravinsky.

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FM : Pourquoi avez-vous choisi de jouer du piccolo ?

Parce que, contrairement à la flûte traversière, il est en bois et les sons qu'on en tire sont ronds, boisés et chaleureux, cela m'a séduit. Mais pour tout vous avouer, j'ai commencé par la flûte afin d'acquérir un niveau technique poussé. En effet, il y a énormément de répertoire à apprendre, même si au final, les doigtés du piccolo sont identiques. Il arrive cependant que les enfants commencent par ce dernier, car le piccolo leur sied mieux, morphologiquement.

FM : Comment c'est fait, un piccolo ?

C'est très simple : l'embouchure, partie où l'on souffle, s’emboîte dans le corps de l'instrument. Là où la flûte traversière possède une troisième partie, la clé d'ut, le piccolo en est dépourvu. Sa note la plus aiguë est donc un ré. L'instrument mesure 32 cm et pèse 700 g, on peut donc l'emporter partout sans problèmes !

FM : Comment produit-on un son, puis une note au piccolo ?

Pour produire un son, il faut envoyer un filet d'air très fin en direction du trou de l'embouchure. En percutant le biseau, l'air va se mettre à vibrer, vibration qui sera amplifiée par le corps de l'instrument. Plus on veut jouer aigu, plus il faut souffler fort ! C'est pourquoi le piccolo peut générer plus de 110 décibels. Pour produire une note, il faut actionner les clés. Elles ouvrent et ferment des soupapes se trouvant plus ou moins haut sur l'instrument ce qui, au final, reviens à modifier la longueur du tube et la hauteur de la note produite.

FM : Que est le cliché que vous entendez le plus sur le piccolo ?

Que c'est un instrument bruyant ! Durant le confinement, j'ai eu des problèmes de voisinage. J'ai dû investir dans une cabine acoustique pour pouvoir travailler mon instrument sans déranger mes voisins. Maintenant, l'espace dans lequel je travaille fait 1,4 m2.

FM : Avez-vous une anecdote sur le piccolo à nous raconter ?

Dans la 4e Symphonie de Piotr Ilitch Tchaïkovski, le piccolo solo doit attendre 35 minutes avant de jouer ses premières notes. Imaginez la tension dans laquelle le musicien est à ce moment-là ! Quand c'est à lui, il doit exécuter une sorte de trait acrobatique sans s'être échauffé auparavant. Dans le milieu, on l'appelle le "trait de la mort". D'ailleurs, on ne joue pas que du classique au piccolo, on peut très bien jouer de la pop, par exemple.