En musique, le basson dans tous ses états

Le plus grave des bois, capable de chanter dans les graves avec sa sonorité chaude et enveloppante, le basson peut surprendre en montant aisément dans les aigus. Une playlist France Musique pour découvrir le basson dans tous ses états, de Mozart à Stravinsky en passant par Dukas et Prokofiev.

En musique, le basson dans tous ses états
Le bassoniste Désiré Dihau dans le tableau "L'orchestre de l'Opéra" d'Edgar Degas, © Getty / Photo Josse/Leemage

Mozart : Symphonie concertante pour hautbois, clarinette, cor, basson et orchestre

Le basson possède au XVIIIe siècle déjà un répertoire bien doté, dont 37 œuvres concertantes de Vivaldi, mais l’instrument est encore limité dans ses capacités techniques et par le nombre d’interprètes. Ce n’est qu’à la fin du siècle que les formes et règles de l’instrument se concrétisent progressivement, notamment par les efforts du facteur français Thieriot Prudent.

En lien avec ces évolutions, Wolfgang Amadeus Mozart s’ouvre progressivement au basson, l’un des rares instruments qu’il omet souvent dans ses œuvres (plus d’une trentaine de ses symphonies sont écrites sans basson). Selon la correspondance de Mozart, il existe une Symphonie concertante K.297b pour flûte, hautbois cor et basson avec orchestre, prétendument composée à Paris en 1778 mais nul manuscrit de cette époque ne subsiste. 

Ce n’est qu’au XIXe siècle qu’est retrouvé un manuscrit pour hautbois, clarinette, cor et basson et orchestre. Identifiée comme la Symphonie concertante de Paris, les experts doutent encore de son authenticité. Il est cependant difficile d’imaginer un autre compositeur capable d’écrire une musique aussi belle pour orchestre et quatuor d’instruments à vent aux caractères et timbres si particuliers.

Camille Saint-Saëns : Sonate pour basson et piano op. 168

C’est à l’époque romantique que le basson est pleinement libéré de ses rôles secondaires pour sortir de l’ombre et s’afficher comme un instrument de premier rang. Il passera entre les mains d’innombrables compositeurs, dont le grand Camille Saint-Saëns.

Mais si le basson est tristement absent du Carnaval des animaux (œuvre dans laquelle divers animaux sont associés à différents instruments), le compositeur se rattrape lorsqu’il décide dans la dernière année de sa vie d’écrire une sonate pour chacun des instruments à vent en bois. Camille Saint-Saëns tire sa révérence avant de finir son projet, mais il réussit néanmoins à composer la Sonate pour basson en sol majeur, op. 168, composée pour Léon Letellier, premier basson de l’Opéra et de la Société des Concerts. 

Paul Dukas : L'Apprenti sorcier

Inspiré de la ballade Der Zauberlehrling de Goethe, Paul Dukas compose en 1897 son poème symphonique L’apprenti sorcier, genre alors très à la mode parmi les compositeurs depuis Franz Liszt aux alentours de 1850.

Si l’œuvre fait connaitre les talents d'orchestration de son compositeur auprès du public parisien, elle montre également son talent pour le basson, et ce dans l’un des passages les plus célèbres pour l’instrument : un thème sans relâche et presque menaçant, tout comme le mouvement des balais ensorcelés. 

Prokofiev : Pierre et le loup

L’un des plus grands succès musicaux de Sergueï Prokofiev de son vivant, le conte musical pour enfants Pierre et le Loup est une commande de Nathalie Satz, directrice du Théâtre Central. A la fois conte musical et oeuvre musicale pédagogique, dans Pierre et le loup, Prokofiev assigne à chaque instrument de l’orchestre un rôle dans l'histoire afin de permettre aux jeunes spectateurs de découvrir différents éléments de l'orchestre, tout en racontant l'histoire d'un garçon courageux et ingénieux, valeurs portées par les Pionniers, organisation de jeunesse communiste en Union soviétique.

Le chant de l'oiseau est représenté par la flûte, le chat malin et narquois par la clarinette, le canard au triste sort par le hautbois, le loup menaçant par trois cors d'harmonie, les coups de feu des chasseurs par la percussion, et le héros, Pierre, par le quatuor à cordes. Quant au vieux grand-père stoïque et bougon, quel meilleur instrument pour l’accompagner que le basson ? Par son thème lent et lourd dans les graves, le poids et l’âge du vieux monsieur sont d’une évidence à nos oreilles

Igor Stravinsky : Le Sacre du Printemps

Nous sommes en 1913. Le 29 mai, au Théâtre des Champs Elysées, la création du Sacre du Printemps d’Igor Stravinsky, avec les Ballets russes de Serge de Diaghilev, s’apprête à secouer la sphère musicale parisienne. Alors encore sous l’égide des compositeurs du XIXe siècle, l’œuvre de Stravinsky enfonce violemment la porte de la musique pour l’ouvrir la modernité du XXe siècle et dévoile aux nouvelles générations de compositeurs la nouvelle voie de la musique. 

Et pourtant, cet ouragan révolutionnaire lancé par Stravinsky commence tout doucement, avec une mélodie d’une beauté et d’une grâce magistrale, inspirée d’une chanson folkorique lithuanienne. Représentant l’éveil de la nature, merveilleusement représenté par le basson, le thème est aujourd’hui indissociable de l’instrument pour lequel il a été composé.

Et comment ça marche, le basson ?

Et pour les curieux parmi vous qui souhaitent savoir comment fonctionne le basson, et mieux connaitre les bassonistes en tant qu’espèce rare, inutile de chercher plus loin ! Philippe Hanon, 1er basson de l'Orchestre national de France, nous fait tout savoir :