La playlist qui vous donne le sourire !

Un sourire témoigne d’un sentiment de satisfaction, mais n’est pas toujours de si bon augure… La preuve en musique, avec une sélection toute en nuances de rires et de plaisirs.

La playlist qui vous donne le sourire !
., © Getty

Il y a mille et une façon de sourire : discrètement, continuellement, largement, avec effort, avec tendresse, et même avec les yeux... Mais est-ce toujours un si bon présage ? Non, et on l’apprend notamment à travers la littérature, grâce notamment à la terrible et influente oeuvre romanesque de Victor Hugo, L’homme qui rit : l’éternel sourire qu’arbore le visage du personnage Gwynplaine est en fait le fruit d’une cruelle et irréversible mutilation.

Mais que l’on se rassure ! D’autres sourires sont bien plus tendres, empathiques et bienveillants. A commencer par celui de Gandhi qui, dans l’un de ses poèmes, écrit : « Un sourire ne coûte rien et produit beaucoup ». Et si, en effet, un sourire produit beaucoup d’émotions pour celui ou celle qui l’émet, ou le reçoit, il peut aussi être source de beaucoup d’inspiration, inspirations musicales notamment…

Petit panorama des différents sourires, à travers sept choix musicaux, de la musique baroque au jazz, en passant par l'opéra !

Le sourire ravi

George Frideric Handel : Le Messie - Rejoice greatly

« Réjouis-toi grandement » proclame la soprano dans cet air du Messie, oratorio de Haendel, composé en 1741. Elle célèbre la naissance du Christ, et l'agilité comme la virtuosité de son chant évoquent une forme d’extase, d’excitation.

Les vocalises et les ornements exigés par l'exécution de cet air en ont fait un incontournable du répertoire des soprano. Difficile, cependant, de garder le sourire tout en l’interprétant, tant il requiert de souffle, de souplesse ainsi qu'une juste prononciation des mots.

Le sourire amoureux

Giacomo Puccini : La Rondine - Acte 2 : Bevo al tuo fresco sorriso

Puccini est le maître du grand drame romantique à l’opéra. Dans La Rondine, créé en mars 1917 à Monte-Carlo, il met en musique l’amour déchu de Magda et Ruggero qui, tombés amoureux lors d’un bal parisien, doivent finalement se séparer de par le poids de leurs histoires passées.

Fruit de la commande d’un éditeur autrichien, qui voulait que Puccini compose une oeuvre légère, à la manière des opérettes viennoises, La Rondine n’a pourtant rien à envier à la théâtralité, au lyrisme ou aux orchestrations savantes des autres chefs-d’oeuvre du compositeur italien, tels que Tosca ou La Bohème.

Dans ce duo amoureux, Ruggero propose à Madga, celle qu’il a rencontrée et dont il est tombé amoureux, de trinquer à son « frais sourire », « son regard profond » et « sa tendre bouche » lorsqu’elle prononce son nom.

Le sourire amusé

Camille Saint-Saëns : Le Carnaval des animaux : XII - Fossiles

Dans ce douzième mouvement de son célèbre Carnaval des animaux, Saint-Saëns s’amuse, parodie la petite comme la grande musique, y compris la sienne. En composant et créant cette oeuvre en 1886, il cherche ainsi à divertir son auditoire ou, du moins, le faire sourire, alors même qu’il est considéré comme un musicien bien sérieux.

Sous-titré « Dinosaures et autres trésors…», le mouvement des Fossiles évoque des animaux disparus à travers la parodie d’airs du passé. On entend ainsi des chansons enfantines, Au clair de la lune ou Ah ! Vous dirais-je maman, jouées au piano, mais aussi et surtout la reprise au xylophone du thème de la Danse macabre, célèbre oeuvre de Saint-Saëns même, cette fois-ci dans un style léger et joyeux.

Le sourire forcé

Nat King Cole : Smile

« Souris, même si ton coeur te fait mal [...] Souris, et peut-être que demain, le soleil brillera pour toi ». Ces quelques mots d’optimisme et d’espoir ont été écrits en 1954 par John Turner et Geoffrey Parsons, sur le thème principal des Temps Modernes, dernier film muet de Charlie Chaplin.

Les Temps Modernes met en scène les péripéties d’un ouvrier frappé par une dépression nerveuse quand il apprend que son travail est remplacé par des tâches abrutissantes et répétitives. Il rencontre une orpheline poursuivie par la police et avec elle tente de survivre au sein d’un environnement industrialisé et hostile.

Smile est ici interprétée par Nat King Cole, immense chanteur jazzman des années 1940 et 1950, que l'on connait également pour avoir mené un long et difficile combat contre la ségrégation raciale qui sévissait alors aux Etats-Unis.

Le sourire apaisé

Ludwig van Beethoven - Symphonie N°6 : V. Allegretto

Cinquième et dernier mouvement de la Sixième Symphonie, dite la Pastorale, ce dernier moment de l’oeuvre de Beethoven intervient comme une résolution.

Après la tempête du quatrième mouvement, le soleil s'éclaircit, le ciel se dégage, et le paysage bucolique et champêtre évoqué par le compositeur reprend vie, peu à peu... Dans ses Études sur Beethoven, publiées en 1844, le compositeur français Hector Berlioz commente ainsi : « Tout alors redevient riant. [...] le calme renaît, et, avec lui, renaissent les chants agrestes dont la douce mélodie repose l’âme ébranlée ».

Le sourire sadique

Charles Gounod : Faust - Acte IV : Vous qui faîtes l’endormie

Un sourire peut aussi effrayer, terroriser…. Et qui de mieux que le diabolique personnage de Méphistophélès (issu de l’imaginaire germanique, celui de Goethe) pour illustrer cet état de sourire impulsif et malveillant ?

Dans le IVe acte de Faust, opéra de Gounod créé en 1859, Méphistophélès entonne un air de sérénade pour se moquer et menacer la pauvre Marguerite, qui a succombé à la tentation, à la séduction, et qui tente désespérément de cacher sa faute.

Le sourire comme un souvenir

Ella Fitzgerald - The Shadow Of Your Smile

« L'ombre de ton sourire, quand tu seras parti(e), colorera tous mes rêves et illuminera l’aube. »

Composée par Johnny Mandel sur des paroles de Paul Francis Webster, The Shadow Of Your Smile apparaît au générique du film Les Chevaliers des sables, en 1965, obtenant la même année l’Oscar de la meilleure chanson originale.

Standard de la chanson américaine, cette déclaration d’amour a été maintes et maintes fois interprétée : par Wes Montgomery, dans une version jazz et instrumentale, par Astrud Gilberto, façon bossa nova, mais aussi par Frank Sinatra, Marvin Gaye, Esther Phillips ou encore… Ella Fitzgerald.