Les présidents des Etats-Unis musiciens, une longue histoire

Mis à jour le mardi 03 novembre 2020 à 10h05

A travers les événements qui ont marqué l'histoire des Etats-Unis depuis son premier président, George Washington, la musique a toujours su se faire remarquer et entendre, souvent par les présidents eux-mêmes !

Les présidents des Etats-Unis musiciens, une longue histoire
La musique et la Maison Blanche, une longue histoire, © Getty / Corbis Historical

Musiciens et artistes de tous genres sont régulièrement invités par les présidents américains à jouer à la Maison Blanche, et ce dès son premier résident en novembre 1800, le deuxième président John Adams. Ainsi, selon l’historienne américaine Elise K. Kirk, la Maison Blanche serait la plus ancienne salle de spectacle des Etats-Unis. Mais avant même d’investir les murs de la prestigieuse maison, la musique et la présidence américaine entretiennent déjà de liens très étroits dans les mains du tout premier président, George Washington. 

Ce dernier affiche régulièrement une passion pour la musique et revendique ouvertement les valeurs de cet art. Malgré le manque de sources écrites qui attestent aux talents musicaux de George Washington, un portrait du futur président le montre en train de jouer une flûte, accompagné au piano par sa petite-fille par alliance, Eleanor Parke Custis Lewis.

La musique fait ainsi partie des valeurs essentielles de la présidence américaine et de chacun de ses successeurs, de manière proche ou lointaine.

Les présidents musicaux

« Passion préférée de mon âme » selon ses propres mots, le troisième président Thomas Jefferson (1743-1826) place très haut la musique dans les valeurs à défendre et à encourager. Violoniste accompli et violoncelliste, le président possède plusieurs instruments dont un violon Amati de Crémone de 1660, vendu après sa mort afin de régler ses dettes.

Portrait de Thomas Jefferson au violin et de sa femme Martha Skelton au piano
Portrait de Thomas Jefferson au violin et de sa femme Martha Skelton au piano, © Getty / Nawrocki/ClassicStock

D'autres instruments de prestige ont pu être entendu à la Maison Blanche. En 1903, pour marquer les 50 ans de Steinway, la firme présente à la Maison Blanche et son 26e président Théodore Roosevelt un « Gold Steinway ». Pianiste amateur, le piano trouve sa place dans la maison du président et y restera pendant 35 ans avant de passer dans les mains du musée Smithsonian. Franklin Roosevelt, cinquième cousin de Théodore et 32e président, recevra également un « Gold Steinway » de la part de la firme, qu’il dédiera au peuple américain et « à l’avancée de la musique dans chaque ville, village et hameau du pays ».

Sixième président et flûtiste amateur, la musique fut pour John Q. Adams le plus agréable des passetemps. Musicien passionné, il précise néanmoins avec modestie qu’en tant qu’américain, il est donc « peu susceptible de grands talents musicaux ». Moins modeste, le 29e président Warren G. Harding se vante dans ses écrits de pouvoir jouer de tous les instruments, sauf le trombone et le cornet en mi-bémol. Fier mélomane, il joue même le tuba dans le brass band venu célébrer sa nomination présidentielle à la convention Démocratique en 1920. 

Warren G. Harding dans sa ville natale de Marion, Ohio, après avoir reçu la nomination Démocratique
Warren G. Harding dans sa ville natale de Marion, Ohio, après avoir reçu la nomination Démocratique, © Getty / Bettmann

Certains présidents font appel aux effets apaisants et stimulants de la musique, notamment le violoniste et dixième président John Tyler (1790-1862) (qui se remettra à la musique après sa présidence), l’amateur de banjo et 21e président, Chester A. Arthur (1829-1886) et le chanteur de chorale et 28e présent Woodrow Wilson (1856-1924). L’harmonica figure également souvent parmi les instruments pratiqués dans les heures perdues de certains présidents passés, tels que le 30e président Calvin Coolidge (1872-1933) et le 40e président Ronald Reagan (1911-2004).

Activité apaisante pour certains, une carrière manquée pour d’autres. Harry Truman, pianiste accompli et passionné et 33e président des Etats-Unis, répète tous les jours à cinq heures du matin, pendant deux heures, et ce même pendant sa présidence. Dévouement musical qui mène à un choix difficile dans la vie du jeune Truman : « J’avais le choix tôt dans la vie d'être soit pianiste dans un bordel, soit politicien. Finalement, il y a peu de différence. » 

Si Truman décide de ne pas poursuivre ses ambitions musicales, sa fille Margaret quant à elle n’hésite pas et devient chanteuse d’opéra. Hélas sa carrière opératique sera vite marquée par un article hostile du critique musical Paul Hume en 1950. Enragé par ces propos, le président Truman envoie à ce dernier une lettre aux menaces physiques, propos qu’il regrettera par la suite.

Particulièrement attaché aux œuvres pour piano de Mozart et de Chopin, Truman interprète au piano la musique de ce dernier en 1945 à la Conférence de Potsdam face à Winston Churchill et Joseph Staline. L’un des compositeurs préférés du dictateur soviétiques, Truman choisit son programme avec soin afin d’apaiser et flatter le chef d’état.

La musique, un outil de séduction politique

Plutôt que de jouer de leur instrument dans une pièce cachée de la Maison Blanche, loin des responsabilités et des médias, d’autres présidents partagent leurs talents musicaux avec le pays entier à la télévision, un outil puissant de séduction médiatique. 

Au début des années 1960, bien avant l’incident « Watergate » qui fera tomber le président incriminé, Richard Nixon, alors vice-président aux côtés de Dwight D. Eisenhower, profite de son succès médiatique et fait le tour des émissions de télévision. 

Invité en 1963 à parler de l’actualité politique sur le Jack Paar Show, il en profite pour interpréter sa propre composition au piano (arrangée par le compositeur de l’émission en concerto avec 15 violonistes démocrates !). Lorsqu’on lui demande une précision sur ses prochaines démarches politiques, il lance un dernier petit pic à l’ancien président Harry Truman en précisant que « les Républicains ne veulent pas un autre pianiste à la Maison Blanche ! »

Certainement le plus connu des présidents musiciens, Bill Clinton n’est jamais loin de son saxophone. Mélomane acharné, sa femme Hillary Clinton décide de transformer l’un des salons de la Maison Blanche en salle de répétition insonorisée, afin que le président puisse jouer sans déranger le reste de son équipe. A l’instar de Nixon, Clinton mettra ses talents musicaux au service de sa campagne présidentielle, comme son passage sur l’émission The Arsenio Hall Show en 1992, un an avant son élection présidentielle :

Président sans talent ?

Quant aux présidents dont les talents musicaux furent inexistants (ou bien cachés), cela n’empêche pas la musique de résonner dans les couloirs de la Maison Blanche et dans les idéaux de ceux assis derrière son prestigieux bureau.

Passionné d’opéra, Abraham Lincoln assiste à près de 30 représentations pendant son mandat, dont la première américaine d’Un Ballo in Maschera de Verdi en 1861, au point de se faire critiqué par ses opposants d’être trop souvent à l’opéra alors que son pays était en pleine guerre civile. Sa réponse fut simple : l’opéra lui offrit une échappatoire momentanée et nécessaire.

Au XXe siècle, la musique continue d’accompagner les différents chefs d’Etat qui emménagent dans la Maison Blanche. Grand mélomane, le 35e président Dwight D. Eisenhower décide en 1956 de publier un album de ses œuvres préférées, dont la musique de Bach, de Strauss et de Gershwin. Son successeur, John F. Kennedy, ne partage pas cette passion : il était même nécessaire de signaler au président la fin d’un morceau afin de savoir lorsqu’il était nécessaire d’applaudir. 

Mais cela n’empêche pas le président et sa femme d’inviter d’innombrables musiciens de tous genres à la Maison Blanche et de créer une passion pour la musique. Quelques années plus tard, le 38e président Gerald Ford annonce clairement ses valeurs : « L'avenir de notre nation dépend de l’éducation complète que nous devons offrir à nos enfants, dont la musique ».

Une relève musicale assurée ?

Le plus récent des présidents dotés d’un talent musical, Barack Obama n’hésite pas à plusieurs reprises de montrer au peuple américain sa passion pour la musique et notamment chanter :

Mais il semblerait que Donald Trump, président actuel des Etats-Unis, ne porte en lui aucune passion musicale ni envie d’encourager cet art. Non seulement décide-t-il en 2016 d’arrêter « In Performance at the White House », émission musicale diffusée depuis la Maison Blanche, mais il menace à plusieurs reprises le National Endowment for the Arts, agence culturelle fédérale chargée de soutenir les artistes et les institutions culturelles américaines.

Et si aucun des deux candidats aux présidentielles 2020 ne semble posséder un talent musical, d’autres candidats du premier tour des élections peuvent surprendre. Parmi les joueurs de guitares et d’harmonica du côté Démocrate se trouve Pete Buttigieg, joueur de didgeridoo !

Et qu’en est-il du côté de la France ? Pianiste pendant près de 10 ans, le président Emmanuel Macron a obtenu le troisième prix de piano du Conservatoire d’Amiens !