La musique, élément essentiel au cœur du cinéma de Wes Anderson

Tant visuellement que musicalement, il est presque Impossible de confondre un film de Wes Anderson avec celui d'un autre cinéaste. Au cœur de chacun des dix longs-métrages du réalisateur, la musique joue un rôle essentiel dans le monde singulier de Wes Anderson.

La musique, élément essentiel au cœur du cinéma de Wes Anderson
"Moonrise Kingdome" (2012) de Wes Anderson , © AFP / AMERICAN EMPIRICAL PICTURES / MO / COLLECTION CHRISTOPHEL

Le cinéma de Wes Anderson se distingue par de nombreuses qualités : une histoire atypique dans un monde à part entière, un équilibre entre réalisme et fantaisie, un casting récurrent de comédiens et amis, une attention aux plus petits détails visuels, une nostalgie naïve explorée à travers ses nombreux personnages, une composition de prises de vues à la symétrie parfaite et une palette de couleurs riche et nuancée. 

Mais il se caractérise aussi par une passion précise : la musique et ses capacités affectives et évocatrices. De Ravel dans La Famille Tenembaum aux bandes originales méticuleusement conçues de TheGrand Budapest Hotel et l’Île aux chiens, en passant par les reprises portugaises de David Bowie dans La Vie Aquatique et l’opéra pour enfants Noye's Fludde de Benjamin Britten dans Moonrise Kingdom, le monde cinématographie de Wes Anderson affirme une envie infatigable de créer cohésion entre la musique et l’histoire.

Le réalisateur parvient même à raconter son histoire à travers la musique, au point que les scènes les plus mémorables du cinéma « Andersonnien » sont souvent, si ce n’est toujours, inséparables de leur musique, pour une seule et simple raison : la musique fait partie de la conception de l’image et de la scène en question.

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Au commencement était la musique

Avant même d'entamer le tournage de son deuxième film, Rushmore (1999), Wes Anderson donne à son comédien principal Jason Schwartzman une cassette remplie de chansons. Il lui dit tout simplement : « Voici la bande sonore du film ». Armé de l’identité musicale du film, Schwartzman construit son personnage Max directement en fonction des choix musicaux du réalisateur et la musique agit comme un monologue intérieur qui donne voix aux émotions des personnages.

La musique est souvent un point de départ pour Wes Anderson : « De nombreuses idées sont inspirées des chansons, et je cherche toujours à utiliser la musique afin de raconter l’histoire et d’apporter au film une certaine ambiance » explique-t-il lors d’une interview en 1999. En collaboration avec son directeur musical Randall Poster, Wes Anderson place la musique au cœur du film, afin de renforcer l’émotion d’une scène ou d’un personnage. La musique prend ainsi un rôle presque primordial, au point de rejoindre les personnages dans la narration de l’histoire. « On commence parfois à travailler sur la musique avant même qu’il y ait un scénario » explique Poster dans une interview en 2014 pour le magazine Rolling Stone.

En dehors des morceaux de rock, pop, jazz, et classique qu’il choisit pour illustrer certains moments clés de ses scènes, Wes Anderson collabore pour ses quatre premiers films avec le musicien et compositeur Mark Mothersbaugh. Ensemble ils conçoivent une esthétique musicale qui deviendra l’une des références incontournables du style de Wes Anderson : glockenspiel, cordes pizzicato, clavecin, percussion. Ce timbre enjoué, délicat et presque enfantin s’allie parfaitement à l’esprit sous-jacent de chacun des films de Wes Anderson, de Bottle Rocket à La Vie aquatique en passant par Rushmore et La Famille Tenenbaum.

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La touche française

Ce n’est pas un secret, Wes Anderson a une passion pour la culture française. A travers chacun de ses films se cachent de nombreuses références visuelles et sonores à la France. On trouve par exemple dans le cinéma de Wes Anderson divers indicateurs visuels assurément français dont la tour Eiffel, la Citroën DS, le célèbre sac « Birkin » d’Hermès et les valises Louis Vuitton. On retrouve également des hommages à la culture française à travers l’inspiration de Jacques Cousteau dans le film La Vie aquatique mais aussi l’influence de la photographie de Jacques-Henri Lartigue et le cinéma de la Nouvelle Vague.

Une passion pour la France qui s’exprime également à travers ses divers choix musicaux : Rue Saint-Vincent d’Yves Montand dans Rushmore, les œuvres de Gabriel Fauré et d’Erik Satie dans La Famille Tenenbaum, deux chansons de Georges Delerue dans Fantastic Mr. Fox, Le temps de l’amour de Françoise Hardy dans Moonrise Kingdom et Les Champs Elysées de Joe Dassin à la fin de The Darjeeling Limited. Et si la chanson Where Do You Go To My Lovely de Peter Sarstedt, qu'écoute le protagoniste du court-métrage Hotêl Chevalier, n'est certes pas en français, elle est un hommage évident à Paris et à la culture française, notamment à Zizi Jeanmaire, Sacha Distel, Napoléon, Balmain, le Boulevard St. Michel, la Sorbonne, Juan-les-Pins et St. Moritz.

Mais au-delà de sa programmation musicale, Wes Anderson entretient un lien particulièrement fort avec la France en la personne d’Alexandre Desplat, son compositeur de prédilection depuis 2009. Après leur rencontre par le biais d’un ami commun, Wes Anderson propose à Desplat un tout nouveau projet : composer la musique pour son premier film d’ « animation en volume », Fantastic Mr. Fox. Face à l’univers visuel particulièrement détaillé et décalé de Wes Anderson, la musique se doit d’être aussi précise et évocatrice que l’image. Afin de suivre l’esprit ludique des marionnettes de Fantastic Mr. Fox, Alexandre Desplat se tourne donc vers un orchestre d’instruments atypiques, champêtres et presque enfantins, dont la mandoline, le banjo, le sifflet et la flûte à bec.

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Cette première collaboration signe le début d'une amitié fructueuse entre le compositeur et le réalisateur, qui donnera lieu à de nombreuses bandes originales marquantes. Si Wes Anderson a déjà une idée précise de ce qu’il envisage musicalement avant même de commencer le tournage de son film, sa collaboration avec Desplat ouvre toujours de nouvelles voies révélées par l’imagination du compositeur. Alors qu’Anderson choisit habituellement ses inspirations musicales avant le tournage, Desplat ne compose la musique qu’une fois le tournage terminé, après avoir longuement échangé avec le réalisateur. 

Pour leur deuxième collaboration, Moonrise Kingdom, Desplat se positionne au côté d’un autre compositeur déjà présent dans le film : Benjamin Britten et son opéra pour enfants, Noye’s Fludde. La musique d’Alexandre Desplat amplifie l’esprit enfantin de la découverte qui traverse l’intégralité du film : par exemple, la musique du générique de fin de Desplat, simple et pédagogique, n’est pas sans rappeler l'œuvre pédagogique de Britten _The Young Person's Guide to the Orchestra_, entendue à l'ouverture du film.

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L’identité visuelle des films Grand Budapest Hotel et L’île aux chiens inspire également un esprit musical précis chez Alexandre Desplat. Ainsi, le pays fictif d’Europe de l’Est de Zubrowka, où se situe le Grand Budapest Hotel, est représenté par un ensemble récurrent de balalaïkas, cithares et de cymbalums mais aussi de cors alpins : sans la moindre explication scénaristique, la musique situe immédiatement l'intrigue du film dans une région montagneuse en Europe de l’Est. Quant à L’Île aux chiens, l’odyssée du jeune Atari, originaire de la ville japonaise fictive de Megasaki, est représenté par le jeu de tambours japonais dit « taiko ».

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La sixième et plus récente collaboration entre Anderson et Desplat, The French Dispatch, présentée à Cannes en juillet 2021, met à son apogée l’influence française du réalisateur. La construction presque « Dadaïste » du scénario, selon Desplat, fut l’inspiration d’une bande originale aussi imprévisible, discontinue et en désordre. Ainsi parmi les chansons d’artistes aussi variés que nombreux, dont Charles Aznavour, Georges Delerue, Gus Viseur, Chantal Goya, Ennio Morricone, Jarvis Cocker et Grace Jones, on trouve une bande originale marquée par les compositeurs français du début du XXe siècle, notamment Erik Satie et Claude Debussy.

25 ans après son premier long-métrage Bottle Rocket, la recherche de Wes Anderson de la perfection se fait toujours ressentir autant dans la narration musicale que dans ses choix esthétiques et scénaristiques. Que ce soit l’histoire de trois jeunes criminels maladroits, un étudiant amoureux, les retrouvailles difficiles d’une famille bohème, la dernière mission d’un océanographe, le voyage de trois frères en deuil, un renard en guerre contre trois fermiers cruels, la fuite d’un couple de jeunes amoureux, un concierge d’hôtel en quête d’innocence ou d’un enfant à la recherche de son chien, chacun des films de Wes Anderson affiche une nouvelle identité visuelle délicatement explorée à travers un paysage sonore unique.