"La musique au pas" par Karine Le Bail - Sélection Prix France Musique des Muses

Sélectionné pour le Prix France Musique des Muses, Karine le Bail est l’auteur de "La musique au pas, être musicien sous l’Occupation" publié aux éditions du CNRS. Présentation et entretien avec l’auteur.

"La musique au pas" par Karine Le Bail - Sélection Prix France Musique des Muses
Couverture de "La musique au pas" de Karine Le Bail, © CNRS Editions

Quelques mots sur Karine le Bail

Karine Le Bail est historienne, chercheuse au CNRS et productrice à France Musique (Un air d'histoire ). Elle a notamment publié Pierre Schaeffer, les constructions impatientes (2010), Jean-Louis Barrault, une vie sur scène (2010) et Les mémoires d’Henry Barraud, Un compositeur à la tête de la Radio (2010).

La musique au pas

Qu’est-ce donc alors qu’être musicien en situation d’occupation ? Est-ce que jouer engage ? Peut-on parler d’une musique «collaboratrice», ou «résistante» ? Comment la scène musicale a-t-elle réagi à l’exclusion de ses artistes juifs, à la collaboration de ses plus éminents compositeurs et interprètes ? Quelle a été, enfin, la réalité et la portée de son épuration ? Karine Le Bail signe la première grande étude sur cette mise au pas de la musique sous l’Occupation, et dévoile, à partir d’archives inédites tant françaises qu’allemandes, un pan méconnu de la vie culturelle des années noires.

Trois questions à Karine Le Bail

  • Quelle place occupe ce livre dans votre carrière ?

Cet ouvrage s'inscrit dans un parcours de recherche universitaire entrepris il y plusieurs années à Sciences-Po aux côtés de l'historien Jean-Pierre Azéma et poursuivi ensuite au CNRS autour d'une question, simple en apparence : qu'est-ce qu'être musicien en situation de crise nationale et d'occupation? Cette question n'aura pas cessé de se nourrir d'une pratique de la radio commencée très jeune sur France Musique, à 22 ans, tout d'abord auprès de Jean-Michel Damian et de son émission Les Imaginaires puis à travers l'aventure des Greniers de la mémoire, conçus et animés durant plus de 20 années et qui n'ont cessé de vouloir magnifier, au travers d'un patient montage d'archives, la voix des chers disparus – interprètes, compositeurs, metteurs en scène, écrivains... La radio et ses archives m'auront ainsi permis, je crois, de rendre "la chair" de l'histoire troublée des années d'Occupation, qui ne souffre aucun jugement univoque. En retour, j'espère apporter aux auditeurs de France Musique ma sensibilité à l'histoire comme discipline, notamment au travers de ma nouvelle émission Un air d’histoire.

  • Que pensez-vous apporter aux lecteurs à travers votre ouvrage ?

Une phrase a en quelque sorte conduit, guidé l'écriture de ce livre, celle que l'écrivain Bertolt Brecht, tout juste après avoir fui l'Allemagne nazie en 1933, écrivit à son ami Paul Hindemith : "La musique n'est pas une arche de Noé qui puisse faire traverser sans dommage le déluge". Brecht nous rappelle ici que l'art engage, et que l'endroit même de la création appartient au monde. Ces considérations éthiques, appelons-les ainsi, j'espère en avoir fait partager certains enjeux auprès des lecteurs, tout en dégageant, grâce à un vaste corpus d'archives inédites – françaises comme allemandes –, une première synthèse de la vie musicale sous l’Occupation.

  • Quels sont vos projets futurs ?

L'édition d'un incroyable Journal collectif de guerre rédigé durant la drôle de guerre par les musiciens de l'Orchestre national de la Radio pour leur camarades mobilisés, ainsi un livre sur la radio allemande d'Occupation Radio-Paris. Enseignant à l'Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS) sur la voix dans son rapport aux espaces, j'ai enfin eu la chance de monter de riches programmes de recherches avec des institutions culturelles telles que la Fondation Royaumont, l'Opéra Comique ou encore la Direction de la Musique de Radio France, et je compte bien poursuivre ce dialogue fructueux entre recherche et création.

Propos recueillis par Anabelle Machou dans le cadre d'un projet de tutorat.