L’histoire des orgues de Notre-Dame de Paris

Dans la nuit du 15 au 16 avril, un incendie s’est déclenché au cœur de Paris dans la cathédrale Notre-Dame. Parmi les merveilles conservées à l’intérieur de cet édifice, on trouve trois orgues, dont un instrument monumental et historique.

L’histoire des orgues de Notre-Dame de Paris
Le buffet du grand orgue de Notre-Dame de Paris, © Radio France / A.de Laleu

Ce n’est pas la première chose que l’on repère quand on entre dans la cathédrale Notre-Dame de Paris. Pourtant, le grand orgue en impose, surplombant la nef de 16 mètres de hauteur. Avec ses quelques 8000 tuyaux, ses cinq claviers, son pédalier et ses 109 jeux, l’instrument est l’un des plus grands de France et certainement l’un des plus célèbres au monde.

Tous les dimanches après-midi, l’orgue peut être joué par qui veut, mais la liste d’attente pour obtenir ce privilège s’étend à deux voire trois ans. Les personnes autorisées à le jouer quand elles le souhaitent sont les trois titulaires : Olivier Latry, Philippe Lefebvre et Vincent Dubois. Les organistes se relaient pour assurer les offices dominicaux et pour assurer une audition donnée tous les samedis soir, parfois par des artistes invités. 

Les dernières rénovations du grand orgue

Le grand orgue est resté silencieux récemment, de septembre 2011 à décembre 2012, puis de 2013 à 2014, année de son inauguration, pour un projet de rénovation. Dans un premier temps, le système de transmission de l’air a été revu, les milliers de tuyaux nettoyés et l’orgue s’est doté d’un nouveau système informatique, de 21 nouveaux jeux (un jeu correspond à l’ensemble des tuyaux de même timbre) et d’une nouvelle console. 

Les travaux se sont aussi attaqués à la façade, dit buffet, de l’instrument, une boiserie qui date de 1730, très exposée à la poussière, la pollution et à l’usure. En effet, la cathédrale Notre-Dame est l’un des lieux les plus visités au monde, l’entrée est libre et gratuite or les passages de nombreux touristes déclenchent des variations de températures et de l'humidité qui favorise le dépôt et l'incrustation de poussières, notamment sur et dans les tuyaux. 

Ce n’est pas la première fois que des travaux ont changé l’instrument. La plus grande transformation date du XIXe siècle, et a été effectuée par le facteur d’orgue Aristide Cavaillé-Coll. Un maître en France et dans le monde. En concertation avec l’architecte Viollet-le-Duc, le facteur modernise et agrandit considérablement l’instrument. Les travaux débutent en 1863 et s’achèvent en décembre 1867, et le nouvel orgue est enfin joué à Noël. Il comprend alors 86 jeux, 5 claviers de 56 notes et un pédalier de 30 notes. 

Un instrument qui n’a cessé de grandir depuis, avec l’apport de Louis Vierne, organiste titulaire au début du XXe siècle puis celui de Pierre Cochereau qui modernise l’instrument dans les années 60 et 70. Enfin, le grand orgue fait l’objet d’une restauration complète en 1992 avant les derniers travaux du XXIe siècle.

Du Moyen Âge à aujourd'hui

Ces dernières évolutions sont à l'image de l'histoire de ce grand orgue. Depuis les premiers siècles de l'existence de la cathédrale jusqu'à aujourd'hui, il n'est jamais resté le même.  On connaît moins l’histoire des instruments qui pourraient avoir été installés dans cet édifice entre le début de la construction du bâtiment au XIIe et l’inauguration au XIVe siècle, mais on atteste d’une présence d’un orgue en 1357, laissé à l’abandon avec l’arrivée, quelques années plus tard, d’un nouvel instrument. 

Ce dernier sera chouchouté et subira de nombreuses transformations au fil des siècles en fonction de ses titulaires, jusqu’en 1600 où Guillaume Maingot joue pour la dernière fois sur cet orgue médiéval. 

En 1730, Antoine Calvière entreprend une reconstruction totale de l’orgue de la cathédrale dont on garde aujourd’hui le buffet dans un style baroque, qui est alors placé plus haut et cache la rosace, ce qui est encore le cas de nos jours. Pour la contempler, il faut grimper à l’intérieur de l’instrument, entre les tuyaux. Pendant 50 ans, on se contentera de le jouer, sans nouvelles modifications ou rénovations. 

A la fin du XVIIIe siècle, l’instrument se détériore ce qui implique de nouveaux grands travaux : le buffet est élargi, de nouveau jeux sont ajoutés et des claviers neufs installés avant une nouvelle trêve qui dure jusqu’en 1833 où, rebelote, l’orgue est arrangé, rénové avant la grande transformation de Cavaillé-Coll

Plus récemment, au XXe siècle, les travaux intervenus étaient souvent le résultat de phénomènes climatiques : crue de la Seine, canicule… L'incendie qui a touché la cathédrale dans la nuit du 15 au 16 avril a relativement épargné le grand orgue, mais la poussière, la suie, et les fortes chaleurs dégagées auront un impact sur l'instrument. Sans oublier l'acoustique exceptionnelle de cet édifice où l'on peut entendre jusqu'à 7 secondes de réverbération. La toiture étant détruite, il faudra encore attendre un bon moment avant de pouvoir réécouter l'orgue gronder... Quant au deuxième instrument présent dans l’édifice : un petit orgue de chœur datant de 1969, le bilan est plus lourd puisqu'il a directement pris l'eau pendant l'intervention des pompiers.