John Adams : Short Ride in A Fast Machine

Compositeur vivant le plus joué dans le monde, John Adams est de nouveau au programme du baccalauréat spécialité musique pour cette année 2020, avec son œuvre Short Ride in a Fast Machine.

John Adams : Short Ride in A Fast Machine
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Contexte de l’œuvre 

Créée le 13 juin 1986, Short Ride in A Fast Machine est une commande de l’orchestre symphonique de Pittsburg pour l’inauguration d’un nouveau théâtre de plein air : le Great Woods à Mansfield, Massachussetts. Il passe commande auprès de John Adams, compositeur né à Worcester, ville du même état.  

Né le 15 février 1947, John Adams est élevé au sein d’une famille de musiciens. Très vite, il étudie la musique et suit des cours de clarinette, étudie la direction d’orchestre, et joue dans des fanfares (souvent évoquées dans ses œuvres comme celles-ci). Ses premières compositions sont marquées par le minimalisme dont les principaux représentants sont ses compatriotes Steve Reich,John Cage,Philip Glass, etc. Il perdurera dans cette mouvance jusque dans les années 80 pour peu à peu explorer d’autres répertoires et d’autres genres.  

Short Ride in a Fast Machine est une des œuvres qui marquent ce tournant opéré dès les années 80. Il y a encore une présence du minimalisme répétitif à travers la pulsation incessante et les notes répétées, mais il va aussi vers des aspects plus mélodiques, et des changements harmoniques amenés très subtilement, mais exécutés de façon à ce que tous les auditeurs, y compris néophytes, peuvent les percevoir. L’énergie de l’œuvre délivrée par la composition et les timbres des cuivres en font une pièce classique populaire. La genèse de l’œuvre remonte à un souvenir, une expérience qu’a vécu le compositeur. C’est lors d’une virée en voiture de course qui le terrifia, que vint l’idée. Au travers de cette pièce, John Adams retranscrit les émotions qu’il a ressenties lors de cette course grâce à différents procédés techniques, notamment ceux employés dans la musique répétitive, mais qui semble n’être plus qu’un écho.

Le compositeur utilise des codes de genre connus et reconnaissables : la fanfare, le jazz et parfois la musique pop. Les fanfares sont liées à un répertoire traditionnel, souvent militaire, avec une notion d’hymnes donc des éléments faciles à écouter, retenir et reproduire. Il se sert de ses notions et les mêle au minimalisme dont il est issu, mais il ne faut pas se fier à cette apparente simplicité.  

Plan de l’œuvre 

L’œuvre n’a pas une structure classique figée telle la forme sonate ou le concerto. Sa forme est linéaire et découpée en quatre parties que l’on peut distinguer par des changements marquants à l’écoute. 

  • Partie A 

La première partie peut être divisée en deux. La pièce débute par une mesure de noires jouées au wood-block aigu, qui va marquer la pulsation tout au long de l’œuvre. La cellule de trois notes (ré - la – mi) est mise en place par les cuivres qui jouent des successions d’accords. Le timbre particulier de l’œuvre est instauré immédiatement par la présence des synthétiseurs, éléments inhabituels des orchestres traditionnels. Au fur-et-à-mesure différentes strates d’instruments vont s’ajouter, chacune avec un élément rythmique et/ou mélodique qui lui est propre. On peut parler de crescendo de densité. La fin de la première section est annoncée par la caisse claire qui marque un rythme et un très gros crescendo avec un roulement de cymbales. La deuxième section est caractérisée par l’entrée des cordes et la dissolution progressive de l’homorythmie. La fin de la première partie est nettement audible par les triolets de blanches soulignés par la caisse claire, et la réduction subite de l’orchestre tant dans son effectif que ses nuances. 

  • Partie B 

La partie B débute donc par l’introduction de l’orchestre à cordes. Elle est marquée par la reprise de l’homorythmie mais aussi par des changements harmoniques effectués progressivement. Les instruments graves tels que les contrebassons, contrebasses, etc. Jouent une série de croches qui peuvent faire penser à une walkingbass. Dans la deuxième section, les percussions sont dans une polyrythmie  plus complexe et passent à cinq voix. De façon générale, l’œuvre conserve les accords répétés et la construction par étapes et différentes couches des segments dont elle est composée. L’harmonie de la partie B est une évolution de la cellule ré – la – mi donnée au départ. Elle se complexifie grandement dans la partie B où John Adams la développe après l’avoir mise en place.  

  • Partie C 

La troisième partie est la plus courte des quatre. La walking bass est arrêtée et les instruments graves jouent des valeurs plus longues ce qui contraste avec la partie précédente. Les synthétiseurs, percussions et woodblock tiennent leur poste attribué depuis le début de la pièce. L’homorythmie revient et perdure en notes répétées tandis que les cordes jouent le même accord de plus en plus resserré. Dans la deuxième section de cette partie, la ligne de basse disparaît complètement, tout comme celle des piccoli et des cordes. Il ne reste que la fanfare (cuivres et bois) qui jouent des accords avec les notes ré – mi – la.  

  • Partie D 

Enfin, la dernière partie se différencie de toutes les précédentes avec l’apparition d’un motif mélodique qui semble solennel et n’est pas sans rappeler les sonneries militaires. Puis, un contrechant au cor vient s’ajouter afin d’enrichir l’harmonie et la mélodie. Puis, subitement a lieu un changement d’harmonie, qui s’enrichit au gré des instruments et de la mélodie. Les accords répétés ne cessent d’accroître ces harmonies jusqu’à un grand crescendo final et une fin qui semble soudaine, et en fanfare.   

Au travers de cette œuvre, John Adams nous fait ressentir cette sensation de vitesse, d’instabilité ressenties lors de son voyage en voiture de course. Une certaine euphorie s’en dégage par l’utilisation de la fanfare et de l’aspect très brillant du thème final. La musique répétitive est encore présente, mais n’est qu’un des éléments de langage dont il se sert pour retranscrire ses sensations. Il serait peut-être plus juste de le rapprocher du modernisme machiniste, mouvement développé dans les années 1920 en réaction à l’industrialisation massive entamée au XIXe siècle marquée par l’avènement de la voiture. Cependant, ces mouvements très modernes dans leurs réflexions et expressivité ne sont pas forcément très accessibles. L’aspect accessible et populaire de l’œuvre réside dans ses inspirations jazz et de la musique populaires (et militaire) américaine, qui s’est universalisée. John Adams est un compositeur qui ne souhaite pas s’enfermer dans un genre, et multipliera les associations tant dans la musique populaire que la musique savante.  

Glossaire 

Woodblock : percussion composée d’un morceau de bois creux sur lequel on vient frapper des bouts de bois pleins. 

Walking bass : terme qui provient du jazz. Il désigne la ligne de basse jouée sur tous les temps qui donne une ligne harmonique. 

Homorythmie : lorsque tous les musiciens jouent le même rythme tous ensemble. 

Polyrythmie : deux rythmes ou plus d’accentuations différentes se superposent. 

Néo-classicisme (musique) : mouvement apparu à la fin de la Première Guerre mondiale. Il se caractérise par une référence plus ou moins marquée à la musique ancienne, baroque ou classique, pouvant aller jusqu’à la citation littérale d’œuvres du passé. Exemple : le ballet Pulcinella d’Igor Stravinsky (1919), composé d’après 21 citations d’œuvres du compositeur Giovanni Battista Pergolèse. 

Musique minimaliste / minimalisme : courant de musique contemporaine né aux Etats-Unis dans les 1960. Elle se caractérise par le retour à une certaine simplicité du langage musical, son aspect répétitif, et une économie de moyens en termes d’harmonie, de rythme et de mélodie. Quelques exemples : Violin Phase de Steve Reich, les Etudes pour piano de Philip Glass, Hallelujah Junction de John Adams… 

Crescendo de densité : ajouts successifs d’instrument et/ou de notes qui créée une masse de plus en plus imposante.  

Modernisme machiniste : mouvement créé au début du XXe siècle après la naissance de l’industrialisation. Elle met à contribution des techniques mécaniques au service de la recherche musicale. Exemples  : Le Ballet mécanique, composé par George Antheil et film de l’artiste Fernand Léger.  

Bibliographie : NOUBEL Max, Musicologies nouvelles, Opus 8, « Le minimalisme en fanfare : Short Ride in a Fast Machine de John Adams », éd. Lugdivine, 2019.