Je chante un baiser

Le 6 juillet est la journée internationale du baiser. Célébrons-le, ou plutôt célébrons-les en musique, avec 7 petites histoires d’embrassades et d’amour.

Je chante un baiser
Le Baiser d'Auguste Rodin est une sculpture en marbre créée pour l'Exposition universelle de Paris de 1889.

Il y a des journées internationales pour à peu près tout… alors pourquoi pas pour le baiser ? Signe de reconnaissance sociale entre les hommes dans l’Antiquité, c’est à la Renaissance que le baiser devient une marque d’amour.

Aujourd’hui, il est partout, sur les joues, sur le front, sur la bouche. Entre amis ou entre amants. Tendre ou fougueux. Timide ou sulfureux. Voici 7 petites histoires de bisous en musique, de smack baroques, de kiss jazzy et de poutous lyriques.

Henry Lawes : une (sulfureuse) définition

Henry Lawes est un compositeur anglais du XVIIe siècle. Musicien de la chapelle royale, il publie en 1653 un recueil de pièces vocales, dont ce duo, A Dialogue on a Kiss (Dialogue sur un baiser).

« Parmi tous ces plaisirs, dis moi, quelle est cette chose que l’on appelle baiser ? ». La question est posée. Et la réponse apportée n’est pas très catholique (pour un maître de chapelle) : « Un baiser est une créature née entre deux lèvres rouge cerise, élevé par l’amour et le chaud désir ».

Monteverdi : Le Couronnement de Poppée : acte I : duo Come dolci, signor

Claudio Monteverdi n’a pas peur des mots, ni des sensations. On connaissait déjà ses sulfureux madrigaux, voici maintenant un duo d’amour plutôt chaud.

L’empereur Néron et la belle Poppée ont passé une nuit de passion torride. Lorsqu'un peu plus tard, les deux amants se retrouvent, Poppée ne manque pas de rappeler à l’empereur la douceur de ses baisers et de ses atouts… « Combien doux, Seigneur, combien suaves t’ont paru, la nuit dernière, les baisers de cette bouche ? »

Strauss : Salomé ou le mortel baiser

Alors qu’on lui présente la tête coupée du prophète Jokanaan, qui avait refusé ses avances, Salomé s’approche et, dans un élan de désir et de vengeance, embrasse les lèvres du mort.

« Ah ! Tu n’as pas voulu me laisser baiser ta bouche, Jokanaan. Eh bien, je la baiserai maintenant. Je la mordrai avec mes dents comme on mord un fruit mûr. »

Ce morbide désir effraye même ceux qui étaient tombés sous le charme de la princesse, comme son beau-père, le gouverneur Hérode, qui ordonne aussitôt à ses gardes de tuer la jeune fille. Et c’est ainsi que s’achève l’opéra de Richard Strauss. Il y a des baisers auquel on ferait mieux de résister…

Bizet : un baiser plein de sous-entendus

Dans Carmen de Georges Bizet, la prude et timide Micaëla est chargée par la mère de Don José de porter un baiser à son fils. Elle qui brûle d’amour pour l’officier est tremblante et confuse à l’idée de l’embrasser, et des dizaines de mesures se succèdent ainsi avant qu’elle n’ose avouer le pourquoi de sa venue.

« Un baiser de ma mère ? - Un baiser pour son fils ! ». Un baiser maternel qui n’est (évidemment) qu’un prétexte, car ce duo est bien celui d’une déclaration d’amour. Le calme avant la tempête. L’amour enfantin et innocent entre deux jeunes amants avant que le sort de la séductrice Carmen ne soit jeté.

Beethoven : Der Kuss, ou la tendresse germanique

Qui a dit que Ludwig van Beethoven n’avait composé que de la musique grandiose et triomphante ? Ouvrant la voie au romantisme, il s'est laissé aller, lui aussi, aux ariettes mignonnettes.

Der Kuss (Le baiser), c’est la confidence d'un jeune homme qui se retrouve seul en compagnie de la jolie Chloé, et qui meurt d’envie de l’embrasser. Mais Chloé refuse et menace de crier. Qu’à cela ne tienne : le jeune homme se lance, et son amie se laisse vite aller à ce fougueux baiser.

Louis Armstrong et le Kiss of Fire

Cette chanson a d’abord été un tango, El choclo, composé et écrit par Angel Villoldo, à Buenos Aires, au tout début du XXe siècle. Un tango, donc, pour accompagner un texte sulfureux, décrivant l’irrésistible attrait d’un baiser que l’on sait pourtant dangereux.

« Je sais que je dois résister à tes lèvres de feu [...] Mais pourquoi nier mon désir ? Mon cœur t’appartient entièrement depuis notre premier baiser. Et si t’appartenir c’est être ton esclave, alors ton esclave je serai. »

En 1952, El choclo est adapté en anglais et repris par divers artistes, dont l'incontournable trompettiste et chanteur Louis Armstrong, qui transforme alors ce tango en un titre jazzy.

Besame Mucho, le dernier baiser

Nous terminons cette sélection musicale par l’ultime baiser. « Comme si c’était la dernière fois ». Bésame mucho, c’est l’une des plus célèbres chansons latino américaine, reprise maintes et maintes fois à travers le monde.

Elle a été écrite dans les années 1930 par une jeune pianiste mexicaine, Consuelo Velasquez. Elevée dans un catholicisme puritain, celle-ci n’a paradoxalement jamais eu l’occasion d’échanger un baiser lorsqu'elle compose Besame mucho.

Consuelo Velasquez avait pris l’habitude de rependre et réécrire des airs d’opéra. La mélodie de Bésame mucho s’inspire ainsi de La Maja y el Ruisenor, aria que l’on peut entendre dans l’opéra Goya du catalan Enrique Granados.

Parmi toutes les versions existantes de Bésame mucho, nous avons choisi celle de la "Diva aux pieds nus", Cesaria Evora, dont le timbre grave et rauque s’assortit si bien au ton nostalgique et languissant de ce boléro.