La surprenante histoire de Vive le vent, chanson iconique de Noël

Chanson grivoise, soirées alcoolisées et jolies filles, etc. L'origine du célèbre Jingle Bells (Vive le vent, en français), chant incontournable des fêtes de fin d'année, est assez éloignée de l'esprit de Noël. Découvrez l’histoire surprenante de cette chanson mondialement connue.

La surprenante histoire de Vive le vent, chanson iconique de Noël
La surprenante histoire de Vive le vent, chanson iconique de Noël, © Getty / Brasil2

« Vive le vent, Vive le vent, Vive le vent d’hiver, Qui s’en va sifflant soufflant, Dans les grands sapins verts, Oh ! »

Dès l’arrivée du mois de décembre, il est difficile de ne pas entendre chanter, siffler, ou fredonner la mélodie de Vive le Vent (Jingle Bells pour les anglophones), tellement la chanson est un élément incontournable de la fin de l’année. Si la chanson est aujourd’hui indissociable des fêtes de Noël, ceci ne fut pourtant pas la première intention de son auteur américain.

Une chanson pour Thanksgiving

Initialement intitulé One Horse Open Sleigh lors de sa publication en 1857, ce chant est composé par le pasteur, compositeur et organiste américain James Lord Pierpoint (1822-1893), oncle du grand financier et banquier américain J. P. Morgan. Un aventurier dans l’âme, Pierpont part à l’âge de 14 ans à bord d’un baleinier pendant près de 10 ans. De retour en 1846, il fonde une famille avant de partir de nouveau en 1849 pour la ruée vers l’or en Californie, une aventure qui tourne court. 

C’est dans les années 1850 que Pierpont compose ses premières chansons, telles que The Returned Californian, Kitty Crow, Geraldine, Ring the Bell, Fanny, To the Loved Ones at Home et Poor Elsie. La date et le lieu de composition de ce chant qui s'appellera plus tard Jingle Bells sont encore contestés, avec deux possibilités : 1850 à Medford, Massachusetts ou 1857 à Savannah, Géorgie. La chanson est inspirée des promenades et des courses de traîneau populaires dans l’état du Massachusetts fréquentés par Pierpoint pendant toute son enfance.

Publié en 1857, l’air est distribué pour la fête américaine de Thanksgiving, sans le moindre succès commercial. Pierpoint relance la publication de sa chanson en 1859 avec le nouveau titre, Jingle Bells. En effet, pour se déplacer sur les rues enneigées du Massachusetts dans les années 1850, il faut un cheval et un traîneau. Un moyen de transport efficace et facile mais également dangereux, car un traîneau glissant sur la neige fait très peu de bruit. Il est donc nécessaire de faire sonner les cloches (to jingle the bells, c'est-à-dire faire tinter les cloches en anglais) pour alerter les piétons.

Le chant intègre rapidement les répertoires des chorales de Boston pour les fêtes de Noël et, malgré son contenu non-religieux, il devient l’un des « standards » des fêtes de fin d'année.

Le traîneau, une menace routière silencieuse dans le Massachusetts au XIXe siècle !
Le traîneau, une menace routière silencieuse dans le Massachusetts au XIXe siècle !, © Getty / Eastimages

À l’origine une chanson grivoise américaine ?

Si aujourd'hui, Jingle Bells est chanté devant un feu de cheminé ou en famille autour d’un piano, c'est loin d'être le cas du chant original.  Aux États-Unis du XIXe siècle, c'est surtout un air chanté lors des soirées festives entre adultes, tout en faisant tinter (« jingle ») les glaçons dans leurs verres pleins d’alcool.

Les paroles anglophones font également de subtiles références aux virées en traîneau accompagnées de jolies filles : « Now the ground is white, Go it while you’re young, Take the girls tonight, and sing this sleighing song. » [« Maintenant, le sol est blanc, Allez-y pendant que vous êtes jeune, Emmenez les filles ce soir, et chantez cette chanson de traîneau »]. Une nuance perdue dans la traduction française de Francis Blanche en 1948, qui évoque l'esprit joyeux et innocent de Noël plutôt que les collisions de traîneau et les aventures dans la neige avec de jolies jeunes filles.

Entendu partout dans le monde, et même au-delà

La chanson de James Lord Pierpont est enregistrée pour la première fois en 1889 par Will Lyle, premier chanteur à sortir un album de Noël de l’histoire de la musique. 150 ans plus tard, Jingle Bells a été repris et enregistré par les plus grandes stars telles qu’Elvis Presley, Jerry Lee Lewis, Johnny Cash, Louis Armstrong, Les Beatles, et Nat King Cole, mais aussi Tino Rossi, Dalida et Mireille Mathieu en France. Preuve de sa renommée sans frontières, la chanson a même été chantée par les Trois Ténors.

Un succès interstellaire puisque la chanson devient la première musique jouée depuis l’espace le 16 décembre 1965. A bord du vaisseau Gemini 6, les astronautes Wally Schirra et Thomas Stafford annoncent avoir aperçu un objet volant non identifié au-dessus du pôle nord piloté par un homme habillé en rouge... Les deux hommes de l'espace entament alors Jingle Bells pour les équipes techniques sur Terre :

En 1970, plus d’un siècle après la composition du chant mondialement célèbre, James Lord Pierpont est finalement intronisé dans le prestigieux Songwriter’s Hall of Fame. Alors qu'habituellement les chansonniers sont récompensés après une longue carrière et de nombreux tubes, Pierpont reçoit cet honneur prestigieux principalement grâce au refrain mémorable d’une seule chanson : Jingle Bells.