"György Ligeti" par Karol Beffa - Sélection Prix France Musique des Muses

Sélectionné au Prix France Musique des Muses, Karol Beffa est l'auteur d'une biographie de György Ligeti publiée chez Fayard. Rencontre avec l'auteur, et présentation de l'ouvrage.

"György Ligeti" par Karol Beffa - Sélection Prix France Musique des Muses
Couverture de la biographie de György Ligeti par Karol Beffa publiée chez Fayard, © Fayard

Quelques mots sur Karol Beffa

Karol Beffa est compositeur, pianiste et musicologue. Après une carrière d’enfant-acteur, il entre à 14 ans au CNSMDP et y obtient huit Premiers Prix. Normalien, agrégé et docteur en musicologie, Karol Beffa est maître de conférences à l'ENS (Paris). Auteur de près d’une centaine d’opus, il a été élu « meilleur compositeur » aux Victoires de la musique (2013) et Grand Prix Lycéen des Compositeurs (2016).

György Ligeti

Compositeur lui-même, Karol Beffa nous introduit avec empathie dans l’œuvre de György Ligeti. Refusant de dissocier vie et œuvre, il opère des va-et-vient entre les trois périodes créatrices du compositeur : période hongroise, jusqu’en 1956, sous l’influence de Bartók et Kodaly ; période occidentale qui voit Ligeti fasciné par textures et trames micro-polyphoniques ; dernière période, à partir du Grand Macabre (1974-1977), où s’exacerbent les préoccupations rythmiques. L’histoire de l’œuvre s’entrelace avec l’histoire musicale du XXe siècle et avec l’Histoire tout court.

Trois questions à Karol Beffa

  • Quelle place occupe ce dernier ouvrage dans votre carrière ?

Ligeti, sa musique, son imaginaire me fascinent depuis plus de vingt ans. Dès mes études au CNSMD, son style m’a paru étrangement familier. Désirant décrypter cette attirance si immédiate, je lui ai consacré mon mémoire de DEA (1998), puis ma thèse de doctorat (2003). Tous deux portaient sur les Etudes pour piano du compositeur ; j’y montrais comment elles reflètent le monde si créatif d’un personnage ambigu et se livrant peu. Passionné par Ligeti et ses secrets, je me suis lancé dans l’écriture de sa biographie. L’entreprise m’a mené de la Transylvanie soumise à la censure des régimes nazi et communiste à l’Amérique des compositeurs minimalistes, en passant par les cercles avant-gardistes de Cologne et de Darmstadt. En tout, j’ai passé près de vingt ans en compagnie de Ligeti, dont l’humour facétieux et les multiples mystifications n’ont pas facilité ma tâche de biographe…

  • Que pensez-vous apporter aux lecteurs ?

J’espère avoir réussi à faire partager à mes lecteurs mon attirance pour Ligeti, génie musical mais aussi grand connaisseur des sciences, de la littérature et des arts. A tout moment, Ligeti évoque ses auteurs favoris : Carroll, Jarry,Kafka, Vian, Queneau, Piranèse, Mondrian, Escher, ou sa passion pour les découvertes scientifiques (fractales et théorie du chaos). Même sa matière musicale est imprégnée de ces références. Suivre le trajet créateur de ce géant permet de visiter l’histoire de la musique de ces dernières décennies grâce à l’analyse proposée des époques stylistiques de Ligeti. Engagé dans les expériences musicales de son temps (musique électronique, happenings), revendiquant les influences du jazz, de la pop et des musiques extra-européennes, Ligeti s’est renouvelé sans cesse, se gardant de tout embrigadement. Son œuvre est multiple et d’un abord délicat. En décortiquant pas à pas ses œuvres, j’ai voulu faire entrer le lecteur dans l’atelier du compositeur, amener mélomanes et aussi amateurs de littérature et d’arts plastiques à découvrir sa musique, sans m’interdire de dévoiler mes préférences : les vastes textures immobiles de Lontano, les deux pôles majeurs de son style que sont horloges et nuages de Clocks and Clouds, les étourdissantes Etudes pour piano à l’origine de ma fascination pour le compositeur.

  • Quels sont vos futurs projets ?

Depuis la parution de ce György Ligeti, j’ai rédigé un ouvrage issu des cours dispensés dans le cadre de la chaire annuelle de création artistique que j’ai occupée au Collège de France (2012-2013) et publié au Seuil sous le titre Parler, Composer, Jouer. Sept Leçons sur la musique (2017). Je suis également l’un des co-auteurs de Sept Voix sur le bonheur (éd. des Equateurs, 2017) où je tente de répondre à la question : « Qu’est-ce qui nous rend heureux dans la musique ? ». Les éditions Alma m’ont commandé un livre qui traitera de la voix et de l’opéra, à travers des compositeurs aussi différents que Verdi, Puccini, Strauss ou Weill. Les Coulisses de la création (2015), co-écrit avec le mathématicien Cédric Villani, vient d’être réédité en poche Champs-Flammarion. Le livre parlait déjà de Ligeti, abordant ses activités de compositeur et d’enseignant. De tous ces ouvrages, c’est sans doute mon György Ligeti qui me tient le plus à cœur : je lui ai consacré quinze années de recherches tant biographiques que musicologiques.

Propos recueillis par Orane Mousset