György Ligeti : 7 (petites) choses que vous ne savez (peut-être) pas sur le compositeur d’Atmosphères

Compositeur hongrois d’avant-garde, György Ligeti n’est pas un compositeur comme les autres, et fera de son mieux pour maintenir cette image tout au long de sa vie. Voici 7 (petites) choses que vous ne savez (peut-être) pas sur l’unique et l'incomparable Ligeti.

György Ligeti : 7 (petites) choses que vous ne savez (peut-être) pas sur le compositeur d’Atmosphères
György Ligeti (1923-2006), © AFP / Otto Breicha / IMAGNO / APA-PictureDesk

Il était le petit-neveu d’un grand violoniste

Avant de porter le nom Ligeti, le père de György s’appelle Sándor Auer. Juif hongrois d'origine, il est de coutume à cette époque de changer son nom de famille pour un nom hongrois. On passe ainsi de « Auer », signifiant « pâturage ou pré » en allemand, à « Ligeti », signifiant « de la prairie » en hongrois.

Mais la famille Auer comprend un autre musicien, le grand-oncle de György et violoniste célèbre, Leopold Auer (1845-1930). Soliste de l’Orchestre Impérial de St. Pétersbourg et célèbre professeur de Jascha Heifetz, il fut également le premier dédicataire du Concerto pour violon de Tchaïkovski, avant que ce dernier ne change soudainement d’avis : ne jamais demander à Tchaïkovski de changer sa propre musique !

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L’influence considérable de Bartók

Depuis sa jeunesse et dès ses premières œuvres, György Ligeti porte en lui une passion et une fascination pour le compositeur hongrois Béla Bartók, « le plus grand des compositeurs hongrois » dira-t-il. Les œuvres de Bartók et ses avancées ethnomusicologiques marquent profondément le jeune compositeur. Il souhaite même étudier avec son idole à l’Académie Franz Liszt à Budapest, mais Bartók décède à New York en 1945. 

Certains considèrent même les premières œuvres de Ligeti comme une extension du langage musical de Bartók, dont notamment son Quatuor pour cordes n°1. Il étudie avec grande attention sa musique et écrit même deux articles sur le compositeur en 1948 et 1955. Mais lorsqu’il quitte son pays natal en 1956 pour rejoindre l’Ecole de musique électronique de Cologne aux côtés de Stockhausen, Ligeti s’éloigne progressivement des influences de son premier idole afin de trouver sa propre voix. Ce n’est que dans les années 1980 qu’il revient sur les influences de sa jeunesse, et principalement sur l'empreinte de Bartók, comme dans son Concerto pour piano n°1.

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Compositeur anti-totalitariste 

Ligeti passera son enfance dans le contexte politique marqué par le totalitarisme de deux dictateurs différents, Hitler et Staline : « Je n'ai pas choisi les tumultes de ma vie. Ils m'ont plutôt été imposés par deux dictatures meurtrières: d'abord par Hitler et les nazis, puis par Staline et le système soviétique. » Après avoir perdu toute sa famille sauf sa mère dans les camps de concentration allemands, il retourne à Budapest afin de poursuivre ses études musicales, mais la vie culturelle de son pays est sévèrement censurée par Staline.

Ces expériences feront de lui un compositeur profondément anti-totalitariste, méfiant des prises de position absolues au point de refuser l'adhérence aux différentes dogmes et prescriptions strictes de l’avant-garde musicale, qu’elles soient défendues par Boulez ou Stockhausen, dont il admire pourtant les idées et les œuvres.

Coincé entre le passé et l’avant-garde

Alors que ses contemporains cherchent à révolutionner la musique en se libérant par exemple des codes de la notation, Ligeti rejoint et prolonge la longue tradition de la notation occidentale en écrivant avec précision chaque son et chaque note à produire dans sa musique, affirmant ainsi son adhérence à l'héritage de la musique occidentale que ses contemporains tentent précisément de détruire. 

Coincé entre sa passion pour les maîtres du passé, dont Monteverdi et Gesualdo, et les expérimentations avant-gardistes de Boulez et de Stockhausen, Ligeti passera sa vie à s’inspirer des deux sans pour autant s’afficher partisan de l’un ou de l’autre : « Je suis dans une prison : un mur est l'avant-garde, l'autre est le passé et je veux m'en échapper » dit-il en 1993.

Un compositeur ouvert à tous les genres

Alors que ses contemporains semblent s’intéresser uniquement à la musique d’avant-garde, Ligeti reste ouvert à toute influence musicale pouvant lui inspirer une nouvelle idée, peu importe le genre : « Tout d'abord j'écoute de la musique. J'aime la musique » explique-t-il lors d’une interview pour Musical America en 1987. 

Ainsi, lorsqu’un de ses étudiants diffuse pendant son cours de composition la chanson Billie Jean du tout nouvel album de Michael Jackson, Thriller, il est tout ouïe. Alors que le reste de la classe rejette immédiatement cette musique vraisemblablement sans valeur, Ligeti est fasciné par l’utilisation innovante de la boîte à rythmes et de l’idée des multipistes en musique.

Le jazz fait également partie des genres de prédilection du compositeur, et notamment la musique de Gil Evans et de Thelonious Monk. Il citera aussi Bill Evans comme influence majeure pour ses célèbres Etudes pour piano solo.

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La musique de Ligeti, ingrédient secret des films de Kubrick

En 1968 arrive un moment marquant dans la carrière de Ligeti. Ses œuvres Atmosphères, Requiem et Lux Aeterna figurent dans le nouveau film du réalisateur Stanley Kubrick, 2001, l'Odyssée de l'espace. Son nom ajouté au générique à la fin du film, Ligeti acquiert soudainement une renommée mondiale pour sa musique éthérée et transcendante. Le réalisateur fera de nouveau appel à la musique du compositeur pour ses films suivants. En 1980 Kubrick utilise l’œuvre pour grand orchestre Lontano pour le célèbre film d’horreur The Shining, et le deuxième mouvement de la Musica ricercata pour son film Eyes Wide Shut en 1999.

Si la collaboration avec Kubrick apporte une renommée internationale à Ligeti, ce dernier est d’abord furieux lorsqu’il découvre sa musique dans le film de 1968, pour la simple raison qu’il ignorait l’utilisation de sa musique. Il se trouve que Kubrick avait engagé le compositeur Alex North en lui demandant d’écrire une musique dans le style des œuvres de Ligeti. Mais le produit final ne plait pas à Kubrick, et ce dernier décide d’utiliser tout simplement la source de son inspiration, la musique de Ligeti. 

Vexé par cette découverte inattendue, Ligeti chronomètre la durée exacte de sa musique dans le film, puis décide de traduire le réalisateur en justice. Le compositeur se voit d’abord informé qu’il devrait être reconnaissant d’avoir sa musique dans un film aussi important avant de recevoir finalement un chèque pour seulement 3,000 dollars. Malgré cette première collaboration houleuse, Ligeti acceptera les prochaines demandes de Kubrick, en qui le compositeur perçoit une volonté semblable de prendre des risques et un souci infatigable du détail.

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L’humour, ingrédient secret de Ligeti

Entouré de compositeurs avant-gardistes dont la priorité semble être le sérieux et le cérébral, Ligeti conçoit une musique qui pour le moins détonne et surprend. En 1962, Ligeti compose une œuvre pour 100 métronomes et 10 « interprètes » dont le seul rôle est de déclencher les métronomes. La création de ce Poème symphonique, une critique de l’état de la musique contemporaine, fut tellement scandaleuse que sa diffusion à la télévision est annulée à la dernière minute et remplacée par un match de football.

Ligeti s’amuse également à donner à ses œuvres des titres humoristiques, tel que les Nonsense madrigals (Madrigaux absurdes), parmi lesquelles on trouve tout simplement l’alphabet mis en musique. Il compose même des opéras de chambre absurdes comme Aventures et Nouvelles aventures que Ligeti qualifie de « théâtre imaginaire ». Composé uniquement de bruits vocaux dont des cris, sifflements, grincements, soupirs, et soufflets, ce théâtre imaginaire est d’ailleurs profondément influencé par la passion de Ligeti pour le cinéma de Charlie Chaplin et des Marx Brothers.

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Simple farceur ou véritable anarchiste musical, Ligeti souhaite avant tout attaquer l’aspect sérieux et dogmatique de la musique contemporaine pour y révéler également les éléments comiques et absurdes, qualités jusqu’alors évitées et même chassées de l’avant-garde musicale.