Gustav Holst : 8 (petites) choses à savoir sur le compositeur des Planètes

Il n'est pas souvent classé parmi les plus grands compositeurs britanniques, mais il est pourtant l’auteur de l’œuvre classique britannique la plus enregistrée : Les Planètes. Voici 8 (petites) choses à savoir sur le compositeur Gustav Holst.

Gustav Holst : 8 (petites) choses à savoir sur le compositeur des Planètes
Gustav Holst (1874-1934), © Getty / Bettmann

Passer le bâton à gauche

Le piano est presque une tradition familiale chez les Holst. Les parents de Gustav sont tous deux pianistes (sa mère fut d’abord l’élève de son père), sa tante est également pianiste de talent et côtoie très brièvement Franz Liszt. Que faire alors lorsque le jeune Gustav, inscrit au Royal College of Music à Londres, est atteint d’une névrite de la main droite d’une telle douleur qu’il sera impossible pour lui de continuer le piano ?

Il se met alors au trombone, ce qui lui permet de jouer en orchestre, expérience précieuse pour le compositeur en herbe, et de gagner un salaire modeste. Sans jamais atteindre un niveau virtuose, il parvient néanmoins à jouer à Covent Garden avec la Carl Rosa Company sous la direction de Hans Richter. Ce dernier confie même à Holst qu’il est l’un des rares musiciens de l’orchestre qu’il aurait souhaité ramener en Allemagne.

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La névrite de Holst l’obligera à tout faire de la main gauche, notamment la direction d’orchestre et la correspondance quotidienne, écrite avec une écriture en miroir. Seule la composition reste à la main droite, avec un stylo dont la plume s’attache à l’index. 

Vaughan-Williams, bon ami, meilleur critique

A l’automne 1895, peu après ses 21 ans, Holst fait la rencontre d’une personne dont l’amitié et l’influence seront d’une importance considérable : le compositeur Ralph Vaughan-Williams. Tous deux étudiants au Royal College of Music, ils se nouent rapidement d’amitié grâce à leur passion pour la musique. Mais si Vaughan-Williams est sans doute l’ami le plus proche de Holst jusqu’à la mort de ce dernier en 1934, il sera également son critique le plus coriace. En effet, les deux compositeurs sont souvent le premier public des œuvres de l’autre et n’hésitent jamais à donner leur avis honnête, parfois tranchant. Mais cela permet aux compositeurs de travailler leurs idées et de faire évoluer leurs voix musicales. 

Sous l’emprise de l’influence wagnérienne au début du XXe siècle, les premières compositions de Holst témoignent d’une grande inspiration du compositeur allemand. C’est Vaughan-Williams qui parvient à rediriger son ami vers un style de composition plus original et authentique, puisant dans la musique folklorique britannique. Il discerne en son ami un talent qu’il encouragera et défendra jusqu’à sa mort :

« L'art de Holst a été qualifié de froid et d'inhumain : la vérité est qu'il est supra-humain, il brille d’une lueur blanche dans laquelle la chaleur brûlante et le froid glacial deviennent la même chose ... Il était un visionnaire mais jamais un rêveur oisif... Sa musique explore l'inconnu, mais il ne perd jamais contact avec l'humanité », écrit-il dans la préface de Gustav Holst : A Biography écrit par la fille du compositeur, Imogen Holst.

Le retour de la reine des fées

En 1907, Gustav Holst est nommé directeur de musique à Morley College, poste qu’il occupera jusqu’en 1924. La musique est jusqu’alors un sujet délaissé par l’établissement, et l’exigence musicale de Holst fait fuir ses élèves. Mais il parvient néanmoins à recruter une nouvelle génération de musiciens, dont le futur compositeur Edmund Rubbra, et instaure une nouvelle passion pour la performance. 

En 1911, il organise avec son ami Vaughan-Williams le premier concert de The Fairy Queen d’Henry Purcell. L'oeuvre n'avait pas été jouée depuis presque deux siècles. Le manuscrit perdu peu après la mort du compositeur en 1695 est retrouvé dans la bibliothèque de la Royal Academy of Music en 1901. 

Découverte majeure, l’œuvre est pourtant interprétée par des musiciens amateurs de Morley College plutôt qu’un ensemble de musiciens professionnels, preuve du manque d’intérêt général à l’époque pour Purcell. Mais la presse ne manquera pas néanmoins de souligner l’importance des efforts de Holst. 

Holst retrouvé en Nouvelle-Zélande

Tout comme Henry Purcell, certaines œuvres de Holst seront également oubliées et redécouvertes bien après la mort du compositeur. En 2018, lorsqu’il est décidé de faire du tri dans la bibliothèque musicale de l’orchestre Bay of Plenty Symphonia à Tauranga, Nouvelle-Zélande, deux pages manuscrites parmi les nombreuses photocopies retiennent l’attention du directeur Justus Rozemond. Avant de les jeter, il décide de les étudier de plus près. Il s’agissait des manuscrits de Folk Songs From Somerset (jusqu’alors jamais éditées) et Two Songs Without Words de Gustav Holst, composés en 1906 et absentes au catalogue de Holst depuis plus d’un siècle.

Comment ces œuvres ont-elles pu faire les 18 500 km entre l’Angleterre et la Nouvelle-Zélande ? Cela reste un mystère. Il est fort probable que le flûtiste anglais Stanley Farnsworth, chef de l’orchestre néo-zélandais dans les années 1960, en soit à l’origine. Mais comment Farnsworth, dont les liens avec Holst sont inconnus, a-t-il obtenu ces manuscrits ? Cela reste encore un mystère.

Influence indienne

Avant de regarder vers les cieux pour trouver une inspiration pour Les Planètes, Holst se tourne vers l’Orient. En 1899, il se lance avec fascination dans l’étude du Rigveda du poète Kālidāsa, recueil d'hymnes sacrés de l'Inde antique en sanskrit védique. Il souhaite notamment mettre en musique les histoires Meghadūta,Rāmāyana et Mahābhārata. Il demande l’aide de l’historien Romesh Chunder Dutt afin de traduire correctement ces textes anciens. De 1908 à 1912 a lieu la période « sanskrit » de Gustav Holst, période peu connue du compositeur des Planètes.

Il compose un opéra en trois actes, Sita, inspiré d’une histoire du texte Rāmāyana (« un bon petit caprice wagnérien » selon Holst), un opéra de chambre Savitri, inspiré de Mahābhārata, et les quatre hymnes du Rig Veda. On découvre dans ce dernier les traces d’idées qui feront ensuite partie de ses Planètes, dont notamment l’ostinato à cinq temps de l’Hymne de bataille, qui préfigure Mars :

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Inspiré par une source littéraire orientale, Holst s’ouvre également aux règles de la musique indienne en utilisant le mode namanarayani (50e des 72 râgasdit mēlakartas). Il est d'ailleurs plutôt ironique que la musique de Holst, aux influences orientales, devienne la quintessence d’une musique “britannique”.

La tête dans les étoiles

En mars 1913, Gustav Holst rejoint le dramaturge Clifford Bax et son frère le compositeur Arnold Bax pour des vacances en Espagne. C’est ici que Clifford Bax fait découvrir l’astrologie à Holst, ce qui devient son nouveau « péché mignon » dit-il.  Il écrira même des horoscopes pour ses amis. De retour en Angleterre, Holst commence en 1914 la composition de son œuvre majeure, Les Planètes, s’inspirant de sa passion pour l’astrologie et des différents caractères des planètes pour chacun des mouvements. Mais il existe une autre influence, moins souvent citée mais aussi importante que l’astrologie : les Fünf Orchesterstücke [Cinq Pièces pour orchestre] d’Arnold Schoenberg. 

Après avoir assisté à une représentation de l’œuvre à Londres en janvier 1914, Holst se procure un exemplaire de la partition, qu’il étudie assidûment. Il est impressionné par la dissonance innovante de l’œuvre, mais aussi la façon inhabituelle de Schoenberg d’utiliser les différentes forces de immense orchestre avec discrétion afin d’y extraire de nouvelles textures expressives. L’influence est telle que Holst prévoit d'intituler sa composition Seven Pieces for Large Orchestra, rappel au titre de Schoenberg.

Mais où sont la Terre et Pluton ?

Ne manque-t-il pas quelques planètes dans l’œuvre de Holst ? La réponse est simple : nous vivons sur Terre et l’astrologie est l’étude du mouvement des planètes et de leur effet sur les habitants de la Terre. Cette dernière ne peut donc pas être considérée dans l’étude astrologique et rejoindre les planètes de Holst. 

Mais qu’en est-il de Pluton ? Concours de circonstances, la découverte de Pluton et sa classification comme planète a lieu en 1930, 15 ans après la composition et la création des Planètes. Si Holst ne choisira jamais de son vivant d’ajouter un mouvement pour la nouvelle planète, souhaitant plutôt se tourner vers de nouveaux projets, le compositeur Colin Matthews ajoute Pluton au répertoire des Planètes en 2000 sur une commande du Hallé Orchestra.

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En 2006, alors que Pluton se voit retirer son titre de planète, les Planètes accueillent quatre astéroïdes lorsque Simon Rattle décide d’ajouter les œuvres de quatre différents compositeurs : Asteroid 4179: Toutatis de Kaija Saariaho, Towards Osiris de Matthias Pintscher, Ceres de Marc-Anthony Turnage et Komarov's Fall de Brett Dean.

Eclipsé par Les Planètes

Homme et compositeur modeste, Gustav Holst ne se réjouit pourtant pas de l’immense succès de ses Planètes. Bien au contraire, il se lasse rapidement d’entendre constamment son œuvre au succès croissant. Ainsi, plutôt que de poursuivre son travail avec une œuvre similaire, il choisit de changer de direction. 

Malgré une concussion en 1923 qui aggravera son état de santé déjà fragile jusqu’à sa mort en 1934, il compose de nombreuses œuvres vocales, dont trois opéras mais également des ballets, des concertos, une symphonie chorale, des œuvres de chambre et pour piano et même la bande originale du film The Bells (1931). Mais hélas, aucune de ces œuvres ne parviendra à détrôner Les Planètes, et beaucoup de pages de sa musique resteront éclipsées, inconnues de son vivant et même bien après sa mort.