Grands hymnes américains : L’histoire surprenante du Star-Spangled Banner

Mis à jour le mardi 03 novembre 2020 à 10h17

Berceau du jazz, de comédies musicales et de diverses écoles de musique contemporaine, la musique fait partie de l’ADN des Etats-Unis. Mais il existe également des hymnes américains connus dans le monde entier, à commencer par l’hymne national ! Voici l’histoire surprenante du Star-Spangled Banner.

Grands hymnes américains : L’histoire surprenante du Star-Spangled Banner
Le Star-Spangled Banner, © Getty / Fine Art

Lorsque l’on s’intéresse aux grands hymnes américains, il est nécessaire de commencer par le plus grand et le plus connu de tous : The Star-Spangled Banner. On ne peut plus américain que l’hymne national des Etats-Unis, chant patriotique par excellence.

Aucune autre chanson ne provoque tant de réactions et de critiques lorsqu’elle est mal interprétée, et gare à ceux qui tenteraient de la modifier ou d’y ajouter quelques touches personnelles ! En janvier 1944, Igor Stravinsky risque plusieurs nuits en prison après un concert par le Boston Symphony Orchestra lors duquel il fait jouer son arrangement de l’hymne national. Dérangée par cette nouvelle version, la police de Boston signale au compositeur qu’il est interdit de changer l’hymne américain et ordonne au compositeur de retirer son arrangement de tout futur concert, chose aussitôt faite.

Mais si l’hymne est connu aujourd’hui à travers le monde entier, il n’a pas toujours fait l’unanimité parmi les citoyens du pays qu’il représente, non seulement pour des raisons musicales mais aussi par ses origines pour le moins surprenantes.

Paroles patriotiques

Le 13 septembre 1814, au port de Baltimore, une flottille de navires britanniques attaque la forteresse américaine McHenry avec un déluge de canons pendant près de 25 heures. Une semaine plus tôt, l’avocat américain Francis Scott Key est envoyé à bord du vaisseau amiral britannique afin de négocier la libération d’un prisonnier américain. Lors de cette opération, il prend connaissance des détails de l’attaque britannique qui se prépare. Il est ainsi gardé sous surveillance sur un bateau neutre jusqu’après l’attaque afin d’éviter toute fuite d’informations. 

Francis Scott Key assiste donc de loin à l’immense attaque contre la forteresse américaine. Il craint le pire, mais au lever du soleil, malgré les explosions incessantes de la nuit précédente, il voit toujours le drapeau américain flotter de manière inébranlable. Profondément ému et inspiré par cet acte triomphal de résistance, il se met à écrire :

Ô, dites-moi, voyez-vous aux premières lueurs de l'aube,      

Ce que nous saluions si fièrement aux dernières lueurs du crépuscule,      

Et dont les larges bandes et les étoiles brillantes, dans la bataille périlleuse,      

Au-dessus des remparts que nous gardions, flottaient si vaillamment?      

Et l'éclat rouge des fusées, les bombes explosant dans les airs,      

Prouvaient tout au long de la nuit que notre drapeau était toujours là.      

Ô, dites-moi, est-ce que la bannière étoilée flotte encore      

Sur la terre de la Liberté et la patrie des courageux ?

Une mélodie qui vient de loin

Une fois ses paroles écrites, Francis Scott Key décide de les mettre en musique. Il choisit une mélodie déjà populaire à l'époque, To Anacreon in Heaven. Si les paroles du Star-Spangled Banner sont nées dans le conflit symbolique de la Guerre américaine d’indépendance contre les anglais, l’origine de la musique, quant à elle, n’est pas aussi patriotique. Ironie du sort, la mélodie fut écrite par un anglais !

Né en 1750 à Gloucester, en Angleterre, John Stafford Smith, compositeur et organiste alors très réputé, est invité au début des années 1770 à rejoindre le prestigieux Anacreontic Society, club privé et élitiste de musiciens amateurs. Il compose pour ce club une chanson à boire qui deviendra l’hymne officiel du club, To Anacreon in Heaven. Largement publiée et diffusée, la chanson traverse l’Atlantique à la fin des années 1770 pour rejoindre les terres américaines. Mélodie très appréciée par les musiciens amateurs américains, elle est souvent reprise et adaptée, notamment par Francis Scott Key. Ainsi, en 1813, l’avocat et compositeur amateur fait de nouveau appel au thème populaire qu’il connait bien, et inscrit une mélodie britannique dans l’histoire des Etats-Unis.

Pas de sport sans hymne

Un succès immédiat, le Star-Spangled Banner devient un hymne incontournable du répertoire traditionnel américain. La chanson est adoptée par la marine américaine en 1889, et en 1916 le président Woodrow Wilson ordonne que l’hymne soit joué à chaque événement militaire américain. Mais ce n’est qu’en 1931 que le congrès américain vote pour que la chanson devienne l’hymne officiel du pays.

Il existe cependant un autre aspect de la culture américaine dans lequel le Star-Spangled Banner est devenu un hymne incontournable : le sport.  Depuis le 15 mai 1862, lors d’un match de baseball à Brooklyn, la chanson et le sport ne font plus qu’un. Pendant la première et la seconde guerre mondiale, l’hymne est joué pour son symbolisme patriotique au début de chaque match de football américain, en soutien aux soldats. En 1945, la commission de la National Football League décrète que l’hymne doit être chanté avant chaque match, tradition qui s’étendra ensuite à tous les sports dont le basketball et le baseball.

Un hymne qui pose problème

Malgré le succès de l’hymne et son introduction dans presque toutes les sphères de la culture populaire américaine, depuis que la chanson est en circulation, il existe différentes pétitions pour changer l’hymne américain (certaines pétitions circulent déjà dès 1908, critiquant le choix du Star-Spangled Banner comme éventuel hymne national).

Mais pourquoi une chanson pourtant si patriotique susciterait-elle tant de critiques ? D’abord, l’hymne est particulièrement difficile à chanter. La mélodie, de sa note la plus basse à la plus haute, s’étend sur une octave et une quinte, déjà un défi pour n’importe quel chanteur professionnel, sans parler des amateurs ! L’hymne national d’un pays ne devrait-il pas être musicalement accessible à chacun des citoyens du pays qu’il représente ?

Il faut dire que lorsque le congrès décide en 1931 de faire du Star-Spangled Banner l'hymne national, il ne fait pas de cadeau aux chanteurs : il n'indique aucune tonalité, aucun tempo, ni même les harmonies. L’œuvre est souvent critiquée par les plus grands chanteurs et interprètes : en 1969, Frank Sinatra ira jusqu’à déclarer que « c’est une œuvre musicale épouvantable ».

Au-delà de sa complexité musicale, les paroles posent également problème. Ecrites dans un anglais du XVIIIe siècle, elles ne cessent de confondre et de déstabiliser les interprètes non seulement américains mais étrangers. Le célèbre ténor italien Enrico Caruso fut obligé d'apprendre l'hymne de manière phonétique : ainsi « O say can you see, by the dawn's early light » devient « O seiken iu see bai dhi dons erli lait » !

Si la nature contentieuse de certaines phrases provoque encore aujourd’hui de nombreuses critiques (notamment la référence à la mort des esclaves), c’est surtout l’auteur Francis Scott Key qui est aujourd’hui ciblé. Fortuné, l’avocat fut également propriétaire d’esclaves et grand défenseur de la traite des Noirs. En conséquent, sa statue fut arrachée le 20 juin 2020 lors du mouvement Black Lives Matter et de nouvelles demandes furent lancées pour changer l'hymne national.

Malgré ces critiques, le Star-Spangled Banner n'est-il pas l’hymne national idéal ? Chanson patriotique, elle évoque la guerre d’indépendance dont elle est issue, face à l'invasion de l'Empire britannique d'où vient la musique, mais elle porte également de manière indélébile une trace qui rappelle le sombre passé du pays, toujours d’actualité aujourd’hui.