Grands hymnes américains : L’histoire de Hail to the Chief

Mis à jour le mercredi 04 novembre 2020 à 10h16

Après l’hymne national des Etats-Unis « The Star-Spangled Banner », il existe une autre chanson américaine tout aussi célèbre. Voici l’histoire de l’hymne du président américain, « Hail to the Chief » et de son premier dédicataire, le chef de clan et hors-la-loi écossais Roderick Dhu.

Grands hymnes américains : L’histoire de Hail to the Chief
Hail to the Chief, © Getty / Sheridan Libraries/Levy/Gado

Lors de chaque passation de pouvoir aux présidentielles américaines, on entend deux fois l’hymne Hail to the Chief, une fois pour le président sortant et une deuxième fois pour celui nouvellement élu. Tandis que l’hymne national est réservé au peuple américain, Hail to the Chief s'adresse uniquement à la présidence des Etats-Unis, et n’est joué que pour de rares occasions, souvent lors d’un déplacement du chef d’état. 

Mais avant d’annoncer l’arrivée de l’occupant actuel de la Maison Blanche, Hail to the Chief fut dédié à un autre chef beaucoup plus controversé, un guerrier, hors la loi écossais et ennemi juré des anglais, Roderick Dhu surnommé « Black » Roderick (Rockerick « Le Noir »).

Du chef de clan au chef d’état

Qui est Roderick Dhu, chef de clan aux antipodes des valeurs qu'est censé incarner le président américain ? Né en 1810, le guerrier écossais est en réalité le fruit de l’imagination du poète et écrivain écossais Sir Walter Scott, l’un des personnages principaux du poème narratif The Lady of the Lake (La Dame du lac). Victime de son succès, le poème est l’objet de nombreuses adaptations et de reprises, dont les Sieben Gesänge aus Walter Scotts de Schubert et l’opéra La donna del lago de Rossini. Mais ce sera la mise en musique du vers The Boat Song (Hail to the Chief) par le compositeur et chansonnier James Sanderson qui fera entrer l’œuvre de Walter Scott dans l’histoire américaine. Il choisit un vieil air traditionnel gaélique, et crée inconsciemment l’un des thèmes musicaux les plus importants des Etats-Unis.

L’œuvre de Walter Scott ne tarde pas à traverser l’Atlantique et le 8 mai 1812 a lieu l’adaptation théâtrale de the Lady of the Lake à New-York. L’histoire de hors-la-loi qui luttent contre l’Empire britannique est un succès phénoménal auprès du public américain, et l’œuvre est reprise dans le pays entier. La musique est publiée et souvent interprétée comme « musique de parloir », format de diffusion musicale alors très populaire. 

17 ans plus tard, en 1829, Hail to the Chief est interprété, sans les paroles parfois imagées du poème, par l’orchestre de la Marine à l’occasion d’un déplacement par le président Andrew Jackson. La chanson sera ensuite jouée en 1837 pour l’inauguration du président Martin Van Buren et de nouveau à plusieurs reprises lors du mandat du président John Tyler (à la demande de sa femme). 

Mais ce sera Sarah Childress Polk, femme du président James Polk (1845-49), qui fera de l’hymne une tradition musicale pour le président des Etats-Unis. James Polk est un homme peu remarquable physiquement, et passe souvent inaperçu lors des grands galas. Afin d’éviter la situation embarrassante d’entrer dans une pièce sans que le moindre invité ne se rende compte de l’arrivée du président des Etats-Unis, Sarah Childress Polk demande à l’orchestre de jouer Hail to the Chief afin de marquer l’entrée de son mari. Habitude devenue tradition, la chanson est finalement nommée hymne officiel du président des Etats-Unis en 1954 par le congrès américain.

Cependant, l’hymne ne sut pas séduire tous les présidents. Ainsi, le président Chester J. Arthur, loin d’apprécier la chanson de James Sanderson, demanda au compositeur américain John Philip Sousa, connu notamment pour ses marches militaires, de composer une nouvelle œuvre pour la présidence américaine. Malgré les talents de ce dernier, la Presidential Polonaise de Sousa ne parvient pas à détrôner le désormais célèbre Hail to the chief :