En musique : le violoncelle dans tous ses états

Depuis le XVIIe siècle, le violoncelle est devenu un instrument tout simplement incontournable de l'histoire de la musique, capable de grondements menaçants, d'éclats lyriques et des envolées les plus virtuoses. Une playlist France Musique pour découvrir cet instrument sous toutes ses formes !

En musique : le violoncelle dans tous ses états
En musique : le violoncelle dans tous ses états, © Getty / Alex Minkin

Vivaldi : concerto pour violoncelle en sol mineur RV 416 – adagio

Violoniste virtuose de grande renommée, le talent d'Antonio Vivaldi en tant que compositeur pour violon est incontestable. Il n'existe cependant aucune information sur Vivaldi en tant que violoncelliste - et pourtant le « Prete rosso » est le compositeur qui a composé le plus de concerts pour violoncelle dans l'histoire de la musique : 28 !

Prolifique, il est l'un des premiers à promouvoir le violoncelle dans son rôle d'accompagnement obbligato habituel au rôle de soliste de premier rang, grâce notamment aux musiciens virtuoses à sa disposition à l'Ospedale della Pietà de Venise. Vivaldi ne vit jamais de son vivant la publication de ses concertos pour violoncelle, mais il est certain que son attention portée à l'instrument a contribué à son émancipation progressive et à sa popularité croissante.

Johannes Brahms : Quintette en fa mineur, opus 34 - Allegro non troppo 1869

Instrument de soliste et d'accompagnement par excellence, il est également l'un des piliers de la musique de chambre, et ce depuis les premiers quatuors de Joseph Haydn au XVIIIe siècle. Si chaque instrument du quatuor joue un rôle essentiel, le violoncelle est souvent appelé à soutenir mais également à dialoguer avec le reste de l'ensemble.

Le Quintetteop.34 de Johannes Brahms est aujourd'hui considéré comme une musique de chambre d'un compositeur à son apogée, mais sa composition a été tout sauf facile... Initialement conçue pour quintette à cordes, la première esquisse musicale est présentée à deux amis proches, Clara Schumann et Joseph Joachim. Malgré les retours positifs de ces derniers, Brahms n'est pas satisfait du timbre de l'oeuvre. Il décide donc de transcrire son quintette pour deux pianos, mais cette nouvelle version ne saura pas convaincre les amis de Brahms. C'est en 1864, suite aux conseils du chef d’orchestre Hermann Levi, que Brahms décide finalement d'unir les deux formes précédentes en ajoutant un piano au quatuor à cordes.

Fauré : Après un rêve

Malgré sa profondeur de son et le poids de son timbre, le violoncelle est tout autant capable d'une souplesse et d'un onirisme lyrique semblable à la voix humaine, amplement exploité par les compositeurs à la fin du XIXe et au début du XXe siècle. 

Première des Trois Mélodies op.7 de Gabriel Fauré, Après un rêve est initialement composé pour voix et piano. Adaptée d'un poème italien anonyme traduit en français par Romain Bussine, l'histoire raconte une envolée onirique entre amoureux avant que le rêve ne prenne fin au réveil du rêveur, ce dernier suppliant de retourner à ce monde de rêve. Ce n'est qu'en 1910 que la chanson est transcrite pour le violoncelliste par Pablo Casals, une transcription devenue légendaire. Malgré le manque de paroles, cet appel au désir retient néanmoins toute sa puissance émotionnelle grâce à la voix du violoncelle.

« Hélas! Hélas! triste réveil des songes / Je t'appelle, ô nuit, rends-moi tes mensonges, / Reviens, reviens radieuse, / Reviens ô nuit mystérieuse! » 

Vittorio Monti : Czardas

Du baroque au romantisme, le violoncelle fait preuve d'un lyrisme unique et d'une puissance d'émotion précieuse pour les compositeurs ; mais n'oublions pas qu'il est également capable d’envolées musicales les plus enjouées et virtuoses imaginables ! 

Inspirée de la csárdás, une danse traditionnelle caractéristique de Hongrie, Czardas du compositeur italien Vittorio Monti est aujourd'hui une oeuvre incontournable et un bis irrésistible pour de nombreux concertistes à la recherche d'une musique à la fois expressive et dansante. Initialement composée pour violon, piano ou mandoline, le violoncelle a su pleinement s'emparer de cette oeuvre à l'esprit tzigane de l'Europe de l'Est, une musique dansante pleine d'élan, d'ornements avec un tempo tiré dans tous les sens, à la fois séducteur et endiablé : parfait pour le violoncelle !

Chostakovitch: Sonate en ré mineur op.40

Si le répertoire pour le violoncelle n'est pas aussi étendu que celui pour le violon ou le piano, il ne cesse néanmoins de grandir au courant du XXe siècle. Le piano est incontestablement l'instrument de prédilection du XIXe siècle, mais d'innombrables compositeurs se tournent vers le violoncelle dès 1900, et l'instrument sera l'objet de nombreuses inspirations musicales poussant l'instrument à ses limites expressives.

Composée en 1934 après Lady Macbeth de Mtsensk, la Sonate en ré mineur op.40 est une oeuvre de jeunesse de Dimitri Chostakovitch, le fruit d'un conflit émotionnel et amoureux difficile. Tombé amoureux d'une jeune étudiante, le compositeur décide de quitter sa femme Nina en 1934 et se lance en août de la même année dans la composition d'une oeuvre pour violoncelle, dédiée à son ami Viktor Kubatsky qui en assure la création en décembre 1934.

Bonus - Ballaké Sissoko & Vincent Ségal : N'Kapalema

Si le violoncelle figure parmi les plus grands instruments de la musique classique occidentale, cela ne l'empêche pas de se rapprocher de différentes musiques du monde afin d'y apporter sa sonorité familière et sa chaleur musicale. Si certains doutent de la malléabilité musicale du violoncelle, l'union entre la kora de Ballaké Sissoko et le violoncelle de Vincent Ségal en est la preuve incontestable : le violoncelle s'adapte parfaitement aux sonorités et aux styles de la culture malienne, à la fois par sa voix expressive et les subtiles inflexions de la mélodie improvisée mais aussi par son soutient rythmique et ses effets percussifs.

Et s'il semblerait que tout est possible avec un violoncelle, ce dernier a néanmoins quelques contraintes !