En musique, le piano dans tous ses états

Roi des instruments sublimé par d’innombrables compositeurs et interprètes virtuoses, le piano a incontestablement mérité sa place au sommet de l’histoire de la musique. Voici une playlist France Musique pour découvrir cet instrument aux possibilités infinies, dans tous ses états.

En musique, le piano dans tous ses états
En musique, le piano dans tous ses états, © Getty / WIN-Initiative

Insatisfait par le manque de nuance sonore accordé par le clavecin, le facteur Bartolomeo Cristofori décide de remplacer le système de pincement de cordes par de nouvelles cordes plus épaisses frappées par un système de marteaux reliés aux touches du clavier. A l’aube du XVIII siècle, le premier piano, nommé glavicembalo col piano e forte [clavecin capable de jouer moins fort et plus fort], fait ainsi son entrée dans l’histoire de la musique. 

Jean-Sébastien Bach : Prélude et Fugue en ut dièse mineur BWV 849 

Inspiré par les efforts de Cristofori, le facteur d’orgues Gottfried Silbermann décide de reprendre les dessins du facteur italien et de les améliorer à sa façon. Il montre sa création à Jean-Sébastien Bach en 1736, mais le compositeur est peu impressionné par cette création. 

Ce n’est qu’en 1747 que Silbermann réussit finalement à créer un piano que Bach estime digne de ce nom. Le compositeur interprète même l’une de ses œuvres au nouvel instrument pour le roi Frédéric II de Prusse, dit le Grand. Même si Jean-Sébastien Bach n'aura pas rencontré le piano moderne de son vivant, sa musique est néanmoins devenue la pierre d'angle du répertoire de cet instrument.

Beethoven : Piano concerto No.3

A l’instar de Silbermann et Cristofori, de nombreux facteurs en Europe s’inspirent d’anciens mécanismes pour développer de nouvelles techniques afin d’augmenter la puissance et les possibilités du piano. Si les instruments du facteur Johann Andreas Stein retiennent l’attention de Wolfgang Amadeus Mozart, ce sont notamment les pianos du facteur britannique John Broadwood qui permettent à Ludwig van Beethoven de finalement jouer la musique qu’il entend dans sa tête.

Compositeur ambitieux, Beethoven est jusqu’alors limité par la puissance de ses pianos (certaines légendes indiquent que la musique exigeante du pianiste colérique aurait même fendu un piano en deux ). Cependant, les nouveaux instruments de Broadwood, avec une plus grande puissance sonore, des touches moins résistantes et un corps plus solide, permettent à Beethoven d’expérimenter avec de nouvelles sonorités musicales. Parmi les nombreuses compositions pour piano du compositeur allemand, « le premier pianiste de son temps » selon le musicologue Jean Massin, les cinq concertos pour piano représentent un véritable bond en avant dans l'évolution musicale de l'instrument.

Liszt : Totentanz (Danse macabre)

L’arrivée de la révolution industrielle au début du XIXe siècle signale également l’arrivée de nouvelles méthodes de fabrication pour le piano, un instrument maintenant très sollicité. Sa fabrication massive inclut dorénavant un cadre en acier afin de créer un corps solide capable de maintenir la mise en tension des plusieurs centaines de cordes reliées aux touches du piano, passées de 61 au XVIIIe siècle à 82 au XIXe siècle.

Pianiste virtuose sans égal, Franz Liszt fait appel lors de sa carrière aux pianos des facteurs Carl Bechstein et Ludwig Bösendorfer. Il affiche cependant une préférence pour les instruments de la famille Erard, facteurs français à l’origine d’un nouveau mécanisme permettant aux pianistes de répéter rapidement la même note. Ces avancées techniques ouvrent aux compositeurs et aux interprètes un nouveau monde d’expression musicale et de virtuosité pianistique jusqu’alors inimaginable, que Liszt ne manquera pas d'exploiter tout au long de sa carrière.

Rachmaninoff : Piano Concerto No. 3 

Le piano quasi perfectionné dès la deuxième moitié du XIXe siècle dans sa forme, sa qualité sonore, son toucher, l’étendu des notes et sa puissance sonore, les compositeurs se sont ensuite concentrés sur la qualité de leur propre jeu et de leur technique musicale afin de repousser les limites de l’instrument.

Pianiste virtuose et compositeur, Sergueï Rachmaninoff compose au cours de sa carrière quatre concertos, qui figurent incontestablement parmi les plus grandes œuvres pour cet instrument. Par leurs exigences techniques et lyriques, les concertos de Rachmaninoff repoussent les limites de la virtuosité pianistique et, par conséquent, du piano lui-même.

Henri Dutilleux : Trois préludes pour piano

Hommage au piano et à ses champions, les Trois préludes pour piano d’Henri Dutilleux, composés en 1973, 1977 et 1988, sont dédiés respectivement aux pianistes Arthur Rubinstein, Claude Helffer, et William Kapell.

Trois œuvres qui mêlent un style fortement inspiré par les grands compositeurs français pour piano tels que Ravel et Debussy avec son propre style d’une atonalité moderne et même quelques influences du jazz. Les Trois préludes signalent également un retour au piano pour Dutilleux après 26 ans de silence, ce qu’il explique dans l’introduction au premier prélude : « Par cette courte page, datant de 1973, je me proposais de renouer avec l’écriture du piano, instrument que j’avais pratiquement délaissé depuis ma Sonate de 1947. »

BONUS – Les demoiselles de Rochefort

Roi des instruments de la musique classique, certes, mais n’oublions pas le jazz ! L’histoire du piano ne serait qu’à moitié complète si sa contribution au jazz et à la musique populaire du XXe siècle n’était pas évoquée. D’innombrables jazzmen et compositeurs de jazz américains ont fait du piano leur instrument de prédilection, de Scott Joplin à Brad Mehldau. Et du côté de l’Hexagone, n'oublions pas Legrand nom de la musique française...