En musique, le hautbois dans tous ses états

Instrument aux connotations paisibles et pastorales, le hautbois n’est pas sans moyens de surprendre et d’impressionner par son timbre, son émotion et sa force lyrique. De Bach à Britten en passant par Prokofiev, une playlist France Musique pour découvrir le hautbois dans tous ses états.

En musique, le hautbois dans tous ses états
En musique, le hautbois dans tous ses états, © Getty / picture alliance

Bach, Sinfonia de la Cantate BWV 156

Introduction à la Cantate BWV 156 de Jean-Sébastien Bach, la Sinfonia en fa majeur pour hautbois, cordes et basse continue existe déjà dans l’œuvre musicale de Bach sous différentes formes. 

Selon le musicologue Werner Breig, auteur du Cambridge Companion to Bach, la Sinfonia aurait été d’abord composée pour un concerto pour hautbois « hypothétique » de Bach, le concerto BWV 1059 finalement inachevé dont on ne garde aujourd'hui aucune trace. Les esquisses musicales de ce dernier se seraient ensuite retrouvées dans le largo du Concerto pour clavecin en fa mineur BWV 1056. 

Reformulée en tant que Sinfonia en fa majeur pour la Cantate BWV 156, la mélodie est épurée d’ornementation afin de créer un air de sérénité et de calme absolu avant l’arrivée du premier air pour ténor « Ich steh mit einem Fuß im Grabe ».

Robert Schumann : Romance op. 94 n° 1 : Nicht schnell

Unique composition de Robert Schumann pour hautbois, les 3 Romanzen op.94 figurent aujourd’hui parmi les plus grandes œuvres pour hautbois du répertoire romantique. Cadeau de Noël pour sa femme Clara en 1849, l’œuvre sera ensuite dédiée au violoniste, chef d’orchestre et musicologue Wilhelm Joseph von Wasielewski.

S’il existe une version pour violon et une autre pour clarinette, celles-ci furent publiées sans la permission du compositeur qui refuse en 1850 la demande d’autorisation de son éditeur Nikolaus Simrock pour la publication de ces partitions, en précisant : « Si j'avais composé l'original pour violon ou clarinette, le résultat aurait été tout différent » (lettre écrite le 24 novembre 1850).

Prokofiev : Pierre et le loup

L’un des plus grands succès musicaux de Sergueï Prokofiev de son vivant, le conte musical pour enfants Pierre et le Loup est une commande de Nathalie Satz, directrice du Théâtre Central. A la fois un conte musical et une oeuvre musicale pédagogique, Prokofiev assigne à chaque instrument de l’orchestre un rôle dans l'histoire afin de permettre aux jeunes spectateurs de découvrir différents éléments de l'orchestre, tout en racontant l'histoire d'un garçon courageux et ingénieux, valeurs portées par les Pionniers, organisation de jeunesse communiste en Union soviétique.

Le chant de l'oiseau est représenté par la flûte, le chat malin et narquois par la clarinette, le grand-père stoïque par le basson, le loup menaçant par trois cors d'harmonie, les coups de feu des chasseurs par la percussion, et le héros, Pierre, par le quatuor à cordes. Quant au canard au triste sort, avalé tout rond par le loup et que l’on entend toujours chanter dans le ventre de ce dernier, Prokofiev pense au hautbois pour son timbre mélancolique et son agilité lyrique.

Cependant, le compositeur russe est loin d’être le premier à utiliser le timbre particulier du hautbois pour évoquer le chant d’un oiseau : en 1808, Beethoven utilise le son du hautbois pour évoquer la caille dans sa Symphonie n°6 « Pastorale ».

Poulenc : Sonate pour hautbois et piano

Ami proche de Prokofiev, Francis Poulenc figure également parmi les compositeurs qui, de leur vivant, font rayonner le hautbois pour sa profonde musicalité et son timbre lyrique. Troisième et dernière des Sonates pour instrument à vent de Poulenc, après la Sonate pour flûte (1956) et la Sonate pour clarinette (1962), la Sonate pour hautbois (1962) est également la dernière œuvre de Poulenc.

L’Elégie, ouverture d’une simplicité trompeuse, cache en vérité une sophistication raffinée et une exigence musicale qui repousse les limites de l’instrument et de l’interprète, et ce dès la toute première note. Se suivent un Scherzo virtuose et une Déploration d’une mélancolie profonde, à laquelle se prête à merveille la voix du hautbois. 

Triste moment de poésie, l’oeuvre dédiée à son ami défunt fut la dernière composée par Poulenc avant sa mort soudaine d’une crise cardiaque le 30 janvier 1963.

Benjamin Britten : Métamorphoses d'après Ovide pour hautbois

Célèbre oeuvre en six mouvements pour hautbois de Benjamin Britten, les Métamorphoses d’après Ovide pour hautbois donnent vie tour à tour à six dieux de la mythologie romaine : Pan (Senza misura), Phaeton (Vivace ritmico), Niobe (Andante), Bacchus (Allegro pesante), Narcissus (Lento piacevole) et Arethusa (Largamente). A travers une musique imitative, Britten évoque les impressions et caractéristiques décrits par Ovide, que ce soit la musique agitée et rapide de Phaéton dans le fameux char solaire de son père, ou la mélodie indiquée « piangendo » [en pleurant] pour représenter les lamentations de Niobe, qui pleure la mort de ses 14 enfants.

Composée en 1951, peu après son opéra Billy Budd,Métamorphoses d'après Ovide est la troisième des trois œuvres pour hautbois seul du compositeur britannique, contribution majeure à un petit répertoire encore en pleine croissance.

BONUS – Dvořák: Symphonie n°9 « Du Nouveau Monde »

S’il porte un autre nom, le cor anglais fait bien partie de la famille des hautbois. Accordé en fa, une quinte juste plus bas, il incarne la voix alto de cette famille. Par son timbre riche et sa sonorité envoûtante, le cor anglais inspire à de nombreux compositeurs des moments musicaux tendres et mélancoliques. Cependant, nul ne semble pouvoir rivaliser la tendresse et l’émotion du Largo de la Symphonie n°9 « Du Nouveau Monde » d’Antonín Dvořák, une lettre intime musicale qui fait part de son mal de pays…