En musique, la percussion dans tous ses états

Difficile d'imaginer les oeuvres des plus grands compositeurs sans les éclats menaçants, détonants, surprenants et impressionnants des percussionnistes. De Beethoven à Xenakis en passant par le jazz d'Anne Paceo, une playlist France Musique pour découvrir la percussion dans tous ses états.

En musique, la percussion dans tous ses états
En musique, la percussion dans tous ses états, © Getty / CSA-Printstock

Ludwig van Beethoven : Symphonie n°9

A l’instar d’autres instruments de l’orchestre tels que le cor et la trompette, l'origine des percussions est militaire. Arrivée en Europe entre le XII et le XIII siècle, la percussion en forme de timbale sert d’abord à renforcer le son étincelant de la trompette. Ce n’est que sous la plume de Lully que la timbale rejoint son orchestre d’opéra. De là, la percussion dans toutes ses formes s’installe progressivement parmi les instruments réguliers de l’orchestre symphonique à travers les œuvres de Haydn et de Mozart.

Mais c’est avec la musique de Ludwig van Beethoven que la percussion est finalement reconnue comme un instrument légitime à part entière. Son utilisation précise de la percussion comme support rythmique de l’orchestre, avec une meilleure spatialisation du son, met pleinement en lumière les capacités musicales d’une percussion savamment maîtrisée. 

Les timbales sont accordées en octaves dans le deuxième mouvement de la Symphonie n°9 ; il s’agit du plus grand intervalle jusqu’alors demandé d’un percussionniste. Le compositeur fait également appel à deux timbales dans le troisième mouvement, jouées en même temps afin de créer l’effet d’un tremolo.

Hector Berlioz : Symphonie fantastique 

Si Beethoven établit les bases, Hector Berlioz les élargit de manière incommensurable : en ce qui concerne la percussion, il y a incontestablement un avant et un après Berlioz ! En 1830, il lui ouvre pleinement les portes de l’orchestre, et aux timbales en particulier, le plus précieux des instruments de percussion selon Berlioz. 

Compositeur ambitieux, il n’hésite pas à élargir son effectif de percussions, tout en exigeant une certaine qualité de musicien : « Indépendamment du talent spécial que doit posséder le timbalier pour le maniement des baguettes, il doit être encore excellent musicien et doué d’une oreille d’une finesse extrême: voilà pourquoi les bons timbaliers sont si rares », écrit-il dans son Grand Traité d’Instrumentation et d’Orchestration Modernes.

Oeuvre fantastique tant par son nom que par sa manière d’utiliser les forces de l’orchestre, la Symphonie Fantastique fait appel à de nouveaux timbres percussifs tels que les cymbales de différentes tailles, la grosse caisse, la caisse ténor, et même des cloches d’église. Certes novatrice, cette évolution musicale ne fut pas pour autant accueillie avec enthousiasme. Souhaitant toujours repousser les limites de sa musique, il fera ensuite appel à huit percussionnistes et seize timbales pour son immense Requiem (1837) !

Edgard Varèse : Intégrales

A l’aube du XXe siècle, la percussion devient définitivement un élément incontournable de l’orchestre symphonique, pilier de soutien rythmique et harmonique. Le compositeur Edgard Varèse, créateur d’Ionisation (1929-1931), œuvre pour percussions uniquement, s’intéresse notamment à l’exploration des divers univers sonores des instruments de percussion. Par sa musique aux influences multiples, dont le jazz et la musique latine, il accorde une nouvelle importance au rôle de la percussion en tant qu’instrument de soliste et d’ensemble.

Mais avant Ionisation Varèse compose Intégrales(1923-1925) pour ensemble d’instruments à vent et cuivres, et surtout 17 instruments de percussion répartis entre quatre musiciens. Un rassemblement de timbres divers et unique tels que des castagnettes, des blocs chinois, des chaînes et des fouets, qui s’intéresse non au langage codé de la musique mais à la matière sonore brute de la percussion.

Iannis Xenakis : Rebonds - B

Terre fertile dans laquelle s’enracine la créativité musicale d’Iannis Xenakis, la musique pour percussion du compositeur grecque est tout simplement incontournable dans le répertoire de cette famille d’instruments, que cette musique forge et influence par elle-même de manière considérable

Deuxième et dernière des deux œuvres pour percussion seule de Xenakis, composée et dédiée au percussionniste Sylvio Gualda, _Rebonds_est une œuvre en deux parties, A et B, mais qui peuvent être jouées sans ordre fixe (venant de l’indétermination musicale de Xenakis).

Suite aux mouvements en apparence perpétuels de Rebonds A, Rebonds B est une musique qui se focalise sur la sonorité immédiate plutôt que sur la sonorité percussive résonante : l’intrigue se trouve à l’impact. Un son d’une immédiateté violente et primitive inspirée des cultures musicales qui inspirent Xenakis tout au long de sa carrière.

Improvisation : Anne Paceo (batterie), Christophe Panzani (saxophone)

Élément essentiel de l’orchestre symphonique et des expérimentations sonores de l’avant-garde du XXe siècle, la percussion est également intrinsèquement liée aux origines africaines et américaines du jazz, devenu aujourd’hui l’un des instruments indispensables de ce genre. La percussion dans le jazz est le fruit d'un mélange culturel de divers origines, notamment l’esprit de l’improvisation et l’utilisation d’une clave dans la musique africaine et des influences militaires de la caisse claire aux Etats Unis.

Dès leurs premiers instants musicaux, la percussion et le jazz ne font plus qu’un. La voix de ce genre change souvent, du saxophone au chant en passant par la trompette et le piano, mais sa fondation est presque immuable. Que ce soit le ragtime, le swing, le bebop, le hardbop, le free jazz, le funk, le jazz fusion ou le jazz contemporain, une chose est certaine : le jazz se repose presque sans faute sur les rythmes percussifs de la batterie.