En musique, la flûte dans tous ses états

Instrument aux connotations douces, charmantes et envoûtantes, la flûte est tout aussi capable de nous surprendre, de nous émouvoir et de nous bouleverser. Une playlist France Musique pour découvrir cet instrument lyrique dans tous ses états.

En musique, la flûte dans tous ses états
En musique, la flûte dans tous ses états, © Getty / Marco Facundo Senone / EyeEm

Bach : Concerto Brandebourgeois n° 5 en ré Majeur BWV 1050

Alors que les premières flûtes remontent à près de 35 000 ans, les premières flûtes traversière n’apparaissent en Europe qu’à partir du XIe siècle. L'instrument a d'abord des responsabilités militaires, avant de rejoindre à la fin du XVIIe siècle le rang des orchestres. En 1681, Jean-Baptiste Lully est l'un des premiers compositeurs à intégrer l’instrument dans son orchestre pour opéra. 

En Allemagne, Johann Sebastian Bach fait également preuve d'innovation. Seul des Six Concertos Brandebourgois de Johann Sebastian Bach à faire appel à la flûte traversière, le Concerto Brandebourgeois n°5 est le fruit d’un désir de la part du compositeur de réunir deux influences musicales de pays différents, l’Italie et la France. Instrument principalement associé à la France au XVIIIe siècle, la flûte traversière est placée aux côtés du violino principale typiquement italien, dans le style également italien du concerto du XVIIIe siècle.

Telemann : Fantaisie pour flûte seule n° 3 en si mineur

Compositeur prolifique de plusieurs dizaines d’œuvres pour la flûte à bec et la flûte traversière, Georg Philipp Telemann figure parmi les compositeurs qui ont pleinement contribué à l’histoire et à l’évolution musicale de cet instrument.

En 1733 sont publiées les 12 Fantaisies pour flûte seule de Telemann, œuvre majeure qui reste à ce jour l’une des œuvres incontournables pour la flûte seule. A l’instar des œuvres pour violon de Bach, les 12 Fantaisies parcourent les douze tons de la gamme chromatique. Particulièrement exigeantes pour la flûte, les Fantaisies font appel à une musicalité et une virtuosité rare pour leur époque à travers un style de composition et d’harmonisation complexes.

Brahms : Symphonie n°4

Corniste, violoniste et contrebassiste, Johannes Brahms fut également flûtiste. Grand admirateur du compositeur Friedrich Kuhlau, Brahms se tourne vers la flûte afin de pouvoir interpréter les Sonates pour flûte  Op. 64, 69, 71 et 85 de ce dernier. Si Brahms ne compose aucune sonate pour la flûte, il offrit néanmoins à l’instrument plusieurs moments incontournables dans l’histoire de la musique symphonique, notamment dans la Symphonie n°4 (1885).

Certes présente pendant toute la symphonie, ce n’est qu’à l’arrivée du quatrième mouvement que la flûte est finalement accordée son moment de gloire : un solo des plus marquants et poignants pour cet instrument (à 35.27 ci-dessous). 

Un véritable cri de désespoir, suspendu dans le temps, la flûte est ensuite tendrement soutenue par la clarinette et les hautbois, puis les cuivres, avant le retour explosif des cordes. Un moment de légèreté mélancolique dans une symphonie d’une puissance rare, la dernière œuvre que Brahms eut l’occasion d’entendre avant sa mort un mois plus tard en avril 1897. 

Debussy – Syrinx

Oeuvre majeure dans le répertoire moderne pour flûte seule, Syrinx est initialement destinée au théâtre. Passionné par la mythologie grecque, Claude Debussy est encouragé en 1912 par le poète et romancier Gabriel Mourey d’écrire la musique de scène pour sa nouvelle pièce de théâtre, Psyché.  Compositeur alors très demandé, Debussy ne peut écrit pour son ami qu’une oeuvre de quelques minutes pour la flûte, instrument avec lequel le compositeur entretient un rapport particulier. 

Ainsi est né Syrinx, solo pour flûte en guise d’accompagnement de la nymphe Syrinx, enivrée par l’amour du dieu Pan, un sentiment parfaitement retranscrit à travers le timbre sensuel et séducteur de l’instrument : « un véritable joyau d’émotion restreinte », selon Mourey. 

Boulez – Mémoriale 

Souhaitant reformuler son oeuvre précédente, ...explosante-fixe...(1971-1972), hommage à Igor Stravinsky pour flûte et ensemble instrumental, Pierre Boulez fait appel à Lawrence Beauregard, flûtiste de l’Ensemble Intercontemporain afin de trouver la « jonction » parfaite entre l’instrument  et le 4X, ordinateur musical aux capacités nombreuses.

Suite à la mort de Beauregard en 1985, un « modèle de ce que devrait être, idéalement, tout musicien du futur » selon Boulez, ce dernier retient la partie pour flûte de son projet initial et le transforme en Mémoriale, dédié à son ami et flûtiste défunt.

BONUS - Magic Malik : Improvisation

La flûte n’est peut-être pas le premier instrument qui nous vient à l’esprit lorsque l’on pense au jazz et à l’improvisation, mais détrompons-nous : la flûte est pleinement capable de faire sonner l’esprit du jazz, porté par exemple par le souffle du guadeloupéen Magic Malik.