En musique, la clarinette dans tous ses états

Dans la famille des instruments à vent, voici la clarinette ! Autant à sa place sur le devant de la scène qu'en instrument d'accompagnement, autant à l'aise dans la musique classique que le jazz et surtout le klezmer, la clarinette est un véritable caméléon musical.

En musique, la clarinette dans tous ses états
En musique, la clarinette dans tous ses états, © Getty / Jose A. Bernat Bacete

Wolfgang Amadeus Mozart : Concerto pour clarinette et orchestre (1791)

En 1764, Wolfgang Amadeus Mozart découvre la clarinette pour la première fois à Londres, un nouvel instrument encore rare pour lequel il éprouve une passion instantanée : « Oh, si seulement nous avions des clarinettes [à Salzbourg] ! », écrit-il à son père en 1777 lorsqu’il croise une clarinette à Mannheim.

Mozart ne fut pas le premier compositeur à s’intéresser à la clarinette, mais il fut incontestablement le premier à donner au nouvel instrument à vent ses lettres de noblesse, avec seulement quelques œuvres pour clarinette, notamment le Quintette KV.582 (1786) et le Concerto K.622 pour clarinette (1791). Composé seulement plusieurs mois avant la mort de Mozart, le Concerto est initialement écrit pour le cor de basset, selon la seule source manuscrite du concerto qui existe aujourd’hui. Cependant, lors de sa publication posthume, l’œuvre initialement composée pour clarinette de basset est modifiée et transposée par son éditeur pour la clarinette.

Ludwig van Beethoven : Trio n°4 en si bémol Majeur op.11 

Le Trio n°4 op.11, pour clarinette, violoncelle et piano est une œuvre de jeunesse de Ludwig van Beethoven, composée en 1798, alors qu’il était encore un jeune compositeur à son compte à Vienne. Souhaitant s’inscrire dans les tendances musicales de l’époque et plaire aux goûts de son public, le jeune compositeur fait appel au nouvel instrument à vent dont raffole le public Viennois : la clarinette. Le trio est composé en si bémol majeur afin de faciliter son interprétation lors des passages rapides par les clarinettistes dont les instruments n’étaient pas encore aussi évolués techniquement que les clarinettes d’aujourd’hui.

Surnommé le trio « Gassenhauer » (le « tube de ruelle »), le dernier mouvement s’inspire d’un air populaire de l’époque, la chanson « Prio ch’io l’impegno » de l’opéra L’amor marinaro ossia Il corsaro de Joseph Weigl, un air souvent sifflé et chanté dans les ruelles de Vienne.

Sergueï Rachmaninoff : Symphonie n°2 op.27

La symphonie n°2 est le fruit d’un compositeur aux nombreux succès en tant que pianiste et compositeur. Pourtant, la réception hostile par la presse de sa Symphonie n°1 en 1896 plonge Sergueï Rachmaninoff dans une dépression et un manque de confiance profonde. Ce n’est que 12 ans plus tard que le compositeur dirige à Saint-Pétersbourg la création de sa deuxième œuvre symphonique, applaudie à l’unanimité par son public : « il représente l'une des figures les plus remarquables du monde de la musique contemporaine, un digne successeur de Tchaïkovski », écrit le critique moscovite Yuri Engel. 

Malgré les nombreux atouts de cette symphonie, l’œuvre de Rachmaninoff retient notamment l’attention des publics par son solo pour clarinette, l’un des plus longs dans l’histoire de la symphonie, figurant aujourd’hui presque systématiquement dans chaque concours de clarinette (à écouter à partir de 31 minutes et 12 secondes dans la vidéo ci-dessous) :

Claude Debussy : Rhapsodie pour clarinette et piano

Au sujet des œuvres de concours pour clarinette, Claude Debussy ajoute une nouvelle œuvre au répertoire lorsqu’il compose entre décembre 1909 et janvier 1910 la Première Rhapsodie pour clarinette et piano pour le concours de clarinette du Conservatoire de Paris. Nommé en 1909 au Conseil Supérieur de l’établissement par Gabriel Fauré, l’une de ses nombreuses responsabilités consiste à composer des œuvres de concours.

Comme il se doit d’une œuvre de concours, la composition de sept minutes est remplie de nombreuses difficultés censées mettre à l’épreuve les capacités musicales des candidats, notamment en termes de technique mais aussi de maîtrise de souffle, d’intonation, de nuance et de subtilité mélodique.

Giora Feidman : Let’s Be Happy

Si la clarinette a su intégrer au cours de trois siècles le cercle restreint des instruments quotidiens de la musique classique, il est impossible d’ignorer son rôle incontournable dans la culture juive et notamment dans la musique klezmer. L’histoire de ce genre musical remonte à de nombreux siècles, mais ce n’est qu’au milieu du XIXe siècle que la clarinette intègre cet univers essentiel à la culture Ashkénaze. Le cadet des instruments de la musique klezmer, la clarinette devient rapidement l’une des voix indissociables de ce genre, au même niveau que le violon.

Composé par le grand clarinettiste israelo-argentin Giora Feidman, Let’s Be Happy fait appel à tous les essentiels de la musique klezmer traditionelle, tels que l’ornamentation, un tempo flexible (presque improvisé) et les « modes » orientaux tels que l’Ahava Raba, Mi sheberakh, et l’Adonoï molokh. Selon Feidman, le klezmer n’est qu’une expression sonore de notre voix interne. Quel meilleur instrument pour exprimer cette voix que la clarinette, dotée d’une grande richesse d’expression et de nuances ?

Bonus – George Gershwin : Rhapsody in Blue (1924)

Impossible de parler de la clarinette sans évoquer George Gershwin et son Rhapsody in Blue, œuvre clé dans le répertoire de l’instrument dont les premières mesures mondialement connues suffisent pour immédiatement évoquer l’esprit et l’époque de New York des années 1920, pleinement sous l’emprise du jazz et de ses nombreuses influences.