En musique, l’orgue dans tous ses états – spéciale France !

Roi des instruments selon Bach et Mozart, doté d’une sonorité impressionnante aux timbres variés, l’orgue est véritablement un orchestre à lui tout seul. Une playlist France Musique spéciale 100% France pour découvrir cet instrument magistral.

En musique, l’orgue dans tous ses états – spéciale France !
En musique, l’orgue dans tous ses états – spéciale 100% France !, © Getty / Michelle McMahon

Charpentier : Messe de Minuit

Au cours du XVIIe et XVIII siècle, l’orgue en France est en pleine évolution et atteint son apogée en termes de facture, avec de nouveaux aspects techniques mais aussi un nombre croissant de compositeurs qui s'y intéressent. Parmi ces derniers, le compositeur Marc-Antoine Charpentier, l'un des grands compositeurs baroques français, largement oublié par l'histoire jusqu'à sa redécouverte à la deuxième moitié du XXe siècle. Son œuvre comprend en grande partie de la musique religieuse composée à partir des années 1680 au service des Jésuites du Collège Louis-le-Grand, puis de l’église Saint-Louis-des-Jésuites, où il est nommé maître de musique.

Composée en 1694, la Messe de Minuit réunit dix chants français traditionnels de noël, réarrangés sous la plume de Charpentier dans un style concertant. Un petit ensemble instrumental, composé de deux flûtes, des cordes, d'un clavecin et de l’orgue, joue un rôle important en alternant avec diverses combinaisons des parties vocales.

Berlioz : Te Deum Op.22

Deux ans après l’échec de La Damnation de Faust en 1846, Berlioz apprend le décès de son père, une nouvelle accablante suivie de l’arrivée à Paris d’une nouvelle révolution qui inquiète le compositeur. Ce dernier écrit à sa sœur : « Je suis maintenant dans un état de découragement complet, il me semble que ma vie n’a plus de but ». Malgré son état d’esprit, en 1848 Berlioz se lance dans la création d’une nouvelle composition : son Te Deum op.22.

À l’origine un hymne chrétien du Moyen Âge, l’œuvre « architecturale ou monumentale » de Berlioz mélange l’ordre habituel des versets du texte liturgique, mêlant un esprit théâtral aux airs sacrés, afin de souligner les intentions poétiques et dramatiques de son œuvre. Musique liturgique oblige, Berlioz ajoute un orgue à son effectif, qu’il fera créer spécialement pour son œuvre. Dès l’ouverture, impossible d’ignorer l’orgue qui s’impose face à l’orchestre pour entrer ensuite en conversation avec l’ensemble.

Saint-Saëns : Le Carnaval des animaux (tr. pour orgue par Shin-Young Lee)

Suite musicale pour orchestre surnommée « Grande fantaisie zoologique », le Carnaval des animaux de Saint-Saëns est pleinement situé dans la tradition française du pastiche musical. Le Carnaval est souvent programmé de nos jours à côté de TheYoung Person’s Guide to the Orchestra de Benjamin Britten en raison de son esprit ludique, mettant en avant de manière enjouée les différents instruments et timbres de l’orchestre.

De son vivant, Saint-Saëns est « le meilleur organiste du monde » selon Liszt. Pourtant, l'orgue ne figure pas parmi les nombreux instruments invités à participer au Carnaval des animaux. La pièce sera finalement transcrite près de 140 ans plus tard pour cet instrument aux innombrables sonorités : véritable orchestre à lui tout seul, l’orgue est capable de faire sonner les différents animaux de Saint-Saëns, du lion au cygne en passant par l’éléphant et l’âne.

Fauré : "Cantique de Jean Racine" 

Malgré sa courte durée d'environ sept minutes, le Cantique de Jean Racine est aujourd’hui l'une des œuvres incontournables du compositeur.

Composée en 1865, à l'âge de 19 ans seulement, et dédiée à César Franck, l’œuvre est initialement écrite pour chœur, quintette à cordes et harpe. Elle est ensuite arrangée pour chœur et orgue et révèle une écriture chorale intense et luxuriante, superposée à un accompagnement d'orgue épuré et subtile.

Gounod : Improvisations sur des thèmes de Charles Gounod

Si l’improvisation musicale est un art accessible et pratiqué par tous les instruments, l’orgue est particulièrement concerné, central dans l'accompagnement liturgique, dont la musique doit s’adapter aux différents besoins des rites religieux et ses conditions variables. Ainsi, l’organiste est souvent amené à improviser, pratique exercée et développée par de nombreux grands compositeurs organistes tels que Couperin, Bach, Mozart, Beethoven, Brahms, Bruckner, et Gounod.

Si le nom de Gounod est d’abord associé à l’opéra, il est aussi un organiste et compositeur passionné par cet instrument : il écrit lors de sa carrière neuf œuvres pour orgue, et intègre même l’instrument de manière importante dans la scène de l’église du troisième acte de son opéra Faust. Gounod a l'orgue véritablement dans la peau, au point que son portrait par l’artiste italien Lionello Balestrieri le montre assis à l’orgue en train de composer. En 1880, il fera même construire et installer chez lui un instrument construit par la célèbre manufacture Cavaillé-Coll.

BONUS : Tournoi d'improvisation à l'orgue - Karol Mossakowski vs Thomas Ospital

À notre droite, l’orgue : le roi des instruments depuis la Grèce antique. À notre gauche, le piano moderne : un autre roi qui a su s’imposer comme l’un des instruments incontournables de la musique en seulement deux siècles. Un duel décisif, un véritable clash des titans ! Lequel de ces deux instruments gardera ce titre prestigieux ?

BONUS 2 : Fernandel : Aventure galante

Le son de l’orgue est si souvent associé aux églises et aux œuvres religieuses qu’il est facile d’oublier l’aspect ludique et presque enfantin de son cousin, l’orgue de Barbarie… mais ce son joyeux et dansant n’a rien de barbare !