Emmanuel Forest : polytechnicien, énarque et candidat à The Voice russe, version senior

Comment passe-t-on des grandes réunions avec la direction de Bouygues Télécom aux auditions de The Voice russe, version senior ? C’est le parcours d’Emmanuel Forest, chanteur d'opéra amateur et russophile, qui est allé jusqu’au deuxième tour de l’émission.

Emmanuel Forest : polytechnicien, énarque et candidat à The Voice russe, version senior
Emmanuel Forest : polytechnicien, énarque et candidat à The Voice russe, version senior, © Capture youtube

65 ans, fraîchement retraité et passionné de musique, Emmanuel Forest avec son regard vif, ses lunettes et ses costumes de cadre supérieur s’est retrouvé embarqué dans une aventure étonnante : participer à l’émission de télévision Golos 60+, une déclinaison de The Voice pour les seniors diffusée à la télévision russe. Ancien polytechnicien et diplômé de l’ENA, Emmanuel Forest est aussi un passionné d’opéra qui a toujours réussi à assouvir sa passion du chant tout en occupant des fonctions très importantes chez Bouygues Télécom.

Tout a commencé pendant le confinement

Son aventure a commencé pendant le confinement : « Tout a démarré il y a un an et demi quand j’ai chanté au balcon, quand les beaux jours sont arrivés. Ma compagne m’a dit : « il faut que tu chantes ». Au début je le sentais pas trop et puis c’est par un beau samedi de printemps que je me suis lancé avec l’air de Figaro et ça a bien plu aux voisins ». Touché par les encouragements qu’il reçoit et par les applaudissements des passants, il continue à chanter pendant toute la belle saison, jusqu’au 10 mai où il donne son « concert d’adieu ». Une demi-heure de programme avec au menu : Wolf, Strauss, Mozart mais aussi des chansons patriotiques russes. 

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Un répertoire très populaire que le baryton connaît bien, lui qui est tombé amoureux il y a quelques années de ce « pays très vintage, un peu démesuré avec des gens très polis, très attentionnés et une histoire qui est folle : mille ans d’autocratie, 70 ans de communisme ». S'arrangeant pour y retourner régulièrement dans le cadre de ses responsabilités chez Bouygues Télécom, il apprend le russe et découvre avec plaisir ce pays dont il souligne « la tradition incroyable de faire de la musique à tous les niveaux ». 

En l'entendant chanter sur les vidéos qu'il partage, ses amis russes l'ont convaincu de se présenter au casting. « Je savais que Golos 60+ existait, on me dit tu devrais te présenter donc c’était un peu le défi amusant, et comme j’aime bien la culture, j'y suis allé ». Emmanuel Forest remplit donc le dossier d'inscription, sans trop y croire.

« On passe 80% de son temps à attendre, 15% en interview et 5% à chanter un peu »

Pourtant on l’invite au casting. Impossible en juillet 2020, toutes les frontières sont encore fermées. Peu importe : un an plus tard, il obtient une autorisation spéciale pour prendre l’avion et part pour Saint-Pétersbourg répéter avec une pianiste professionnelle avant de rejoindre Moscou. Parce que le baryton se prépare avec beaucoup de sérieux : « On s’est pointés [avec le pianiste] le 22 juin au casting, dans un faubourg de Moscou, on est arrivés en costumes noirs, très concert. On avait répété plein de trucs, dont l’air de Grémine dans Eugène Onéguine ». 

Emmanuel Forest se rend compte rapidement que l’air de basse de presque 6 minutes extrait de l’opéra de Tchaïkovski n’est pas exactement ce qu’on attend : « Dans ce genre de truc on patiente beaucoup et puis on nous prend par groupe de 10 on nous amène derrière des rideaux. C’était un grand studio et une fille vient vers nous et nous dit : le casting c’est très simple, vous arrivez, vous vous mettez sur la croix, on vous donne le micro et vous démarrez votre première chanson sans la présenter, on vous dit spassiba, c’est ni positif ni négatif, deuxième chanson spassiba et puis vous vous cassez ». Grâce à un changement de programme de dernière minute, le baryton est sélectionné par la production pour passer le premier tour, à la télévision, quelques jours plus tard. 

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Silhouette légèrement improbable sur le plateau d'une émission de variété, le chanteur se sent pourtant à l'aise : « Dans ma vie professionnelle il y avait souvent de grandes réunions où il fallait parler aux collaborateurs, j’ai toujours aimé ce côté un peu spectacle ». Misant sur sa french touch, il séduit le jury avec sa version bilingue des Nuits Moscovites se disant pourtant : « ils vont pas l’accepter, c’est trop bateau. Les Nuits Moscovites c’est le truc qu’on chante à la fin des repas. Pourtant j’ouvre à peine la bouche en français qu’ils étaient sous le charme, emballés ». La juge lettone Laima Vaikule attend le dernier moment pour se retourner mais semble visiblement conquise. 

« Je l’ai fait très pro »

C'est avec plus de sérieux encore que le candidat se prépare au knock out (la version senior de The Voice ne comporte que trois émissions), s'enregistrant dans un studio pour obtenir des conseils de ses amis et de sa famille, travaillant la partition avec la rigueur de l'ancien pianiste qu'il est. La coach lui fait faire une chorégraphie et il peaufine chaque mot de Mille millions de roses rouges, un autre grand classique de la variété russe.

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Verdict ? « Je n'ai pas été retenu. Ils ont choisi deux russes qui sont des chanteurs quasi-professionnels. Je crois que j’ai très bien chanté quand même ». Sans aucune amertume, Emmanuel Forest ne peut s'empêcher d'analyser sa défaite : « L’an dernier c’était une dame de 91 ans qui avait gagné parce que, comme ils le disent, le but c’est pas de trouver la personne qui fera carrière dans les 50 prochaines années, c’est d’honorer des gens qui sont symboliques de cette culture russe de gens qui chantent tous, qui sont tous de très haut niveau »

Et la suite ?

À côté de ses responsabilités chez Bouygues, Emmanuel Forest a toujours continué à travailler sa voix de baryton en participant à des concerts, notamment avec l'ensemble Le Concert d'Euterpe. Il y a deux ans, il s'était dit : « Je vais avoir 64 ans, si je veux recommencer autre chose faut pas que j’attende 70 ». À la retraite depuis janvier, le baryton est donc plus motivé que jamais, s'entraînant avec une coach et rêvant de donner davantage de concerts. Il retournera bientôt à Saint-Pétersbourg pour faire la connaissance d'un poète et musicien qui a été emballé par sa voix, avec peut-être une deuxième carrière à la clé.

Ce « wagnérien un peu obsessionnel » comme il se définit lui-même, qui va presque chaque année en pèlerinage à Bayreuth, sait qu'il ne sera jamais Tristan, le rôle de ses rêves. Pourtant, grâce à cette expérience, il explique avoir découvert le plaisir de chanter autre chose que de l'opéra ou des lieder et éprouvé une manière de toucher plus directement le public : « Mon but c’était pas de gagner parce que ça n’a pas de sens c’est participer, d’apporter du plaisir aux gens. Ce qui compte c’est d’apporter quelque chose à un public et ça je l’ai un peu découvert au balcon plus que dans le cadre de mes petits récitals de lieder ».