Edward Elgar : 10 (petites) choses que vous ne savez (peut-être) pas sur l'auteur des Variations « Enigma »

Il est l'un des plus grands compositeurs britanniques mais connaissez-vous les autres facettes d'Edward Elgar ? Voici Elgar le scientifique, le fan de football, le Chevalier malgré lui, et même le billet de banque au destin inattendu !

Edward Elgar : 10 (petites) choses que vous ne savez (peut-être) pas sur l'auteur des Variations « Enigma »
Edward Elgar (1857-1934), © Getty / Reginald Haines

Un étranger dans son propre pays

Issu d’une famille catholique romaine dans un pays de confession anglicane, Edward Elgar vient de la classe ouvrière dans une société où être bien né est d'une importance primordiale. Il ne se sentira donc jamais à l’aise dans les milieux privilégiés qu’il est amené à fréquenter tout au long de sa vie, notamment lorsque sa prestigieuse carrière le mènera à rencontrer la famille royale.

Ce sentiment d’exclusion est accentué par son manque d’éducation musicale traditionnelle. Compositeur autodidacte (car sa famille n'avait pas les moyens de lui payer ses études), il n’est pas possible pour Elgar d’étudier la composition à l’étranger, et notamment à Leipzig comme il est alors coutume de le faire. Pourtant, ce parcours hors-norme lui permit de sortir des sentiers battus et de s’éloigner des idées musicales alors fermement enracinées chez ses contemporains. 

Elgar le musicothérapeute

Après avoir enchaîné plusieurs métiers, dont celui de clerc de notaire mais aussi de musicien amateur et professeur de violon et de piano, il prend en 1879 le poste de directeur musical de l’orchestre du Worcester County and City Lunatic Asylum. Constitué des employés de l’asile psychiatrique, l’ensemble joue de la musique une fois par semaine pour les patients. 

Pendant cinq ans, Elgar compose et arrange de nombreuses œuvres pour d’innombrables combinaisons d’instruments différents. Si la musique est d’abord conçue comme une sorte de thérapie musicale, Elgar profitera de ces expériences pour approfondir sa maîtrise de la composition orchestrale et de sa connaissance intime des instruments. De nombreuses œuvres composées à l’asile de Worcester seront ensuite réutilisées dans ses œuvres majeures quelques décennies plus tard. 

Compositeur renommé… à 42 ans

Edward Elgar est sans doute aujourd’hui l’un des plus grands des compositeurs britanniques de l’histoire. Pourtant, sa réputation en tant que compositeur ne fut établie qu’à l’âge de 42 ans, après de nombreux efforts. En 1890, Elgar et sa femme décident de s’installer à Londres afin de lancer pleinement sa carrière musicale. Mais en raison de son éducation musicale modeste et de son statut d'ouvrier, il peine à s’imposer à Londres et décide rapidement de retourner chez lui à Worcestershire.

Ce n’est qu’en 1899 qu’Elgar découvre la gloire, lorsqu’il compose les célèbre Variations Enigma. Créées à Londres sous la direction de Hans Richter, le nom d’Elgar est soudainement et immédiatement reconnu comme l’un des plus marquants de sa génération.

Elgar le scientifique

Musicien amateur, chef d’orchestre et maintenant compositeur réputé, les talents d’Edward Elgar ne s’arrêtent pourtant pas là. Il a de nombreuses passions et passe-temps, dont le travail du bois, et surtout la chimie.

A ses heures perdues, entre deux moments d’inspiration musicale, Elgar passe des heures dans son atelier à tenter plusieurs expérimentations chimiques. Il parvient notamment à créer le « Elgar Sulphuretted Hydrogen Apparatus », création brevetée et commercialisé pendant une courte période qui permet de synthétiser le sulfure d’hydrogène.

Pionnier de l’industrie du disque

Scientifique curieux, Elgar est également passionné de technologies de toutes sortes. Par exemple, il s’adonne à démonter, nettoyer et reconstruire lui-même sa montre. Cette passion pour la technologie le mène tout naturellement à devenir l’un des premiers compositeurs classique à prendre au sérieux le potentiel du gramophone et à collaborer avec une maison de disques.

Il s’associe dès 1914 avec le label britannique His Master’s Voice (HMV), créé en 1901. Ensemble, ils produisent les premiers enregistrements acoustiques de ses œuvres. Mais l’arrivée du micro électrique en 1925 permet au gramophone de passer d’une simple frivolité acoustique au medium électrique capable de reproduire le son d’un orchestre ou d’un chœur de manière fiable. Elgar devient alors l’un des premiers compositeurs à exploiter cette technologie pour la postérité de sa musique.

Sir Edward Elgar et Sir Adrian Boult à Abbey Road
Sir Edward Elgar et Sir Adrian Boult à Abbey Road, © Getty / Hudson

« Sir » Edward Elgar

Le fils d’ouvriers achève en 1904 une ascension sociale impressionnante lorsqu’il est nommé Chevalier par le roi Edouard VII. Si ce nouveau titre a peu d’effet sur Elgar lui-même, il en assume l’importance et la signification pour faire plaisir à sa femme.

En 1924 vient l'honneur ultime : il est nommé Maître de la Musique du Roi (« Master of the King’s Music »), un titre prestigieux confié au compositeur britannique le plus éminent. Il participe ainsi à la fondation d’un opéra national, au choix de la version de l’hymne national, et conseille à la famille royale les différents concerts de musique auxquels assister.

Elgar le sportif

Edward Elgar est un homme facilement distrait, et s’adonne régulièrement à plusieurs activités sportives afin de contrer l’ennui et la routine. En 1892, il découvre pour la première fois le golf, « la meilleure forme d’exercice pour un homme de culture, car il n’y a aucun risque d’accident » écrit-il en 1904. En 1900, sa femme l’encourage à essayer le cyclisme, activité à laquelle il adhère immédiatement. Il achète peu après son premier vélo, qu’il surnomme « Mr Phoebus ».

Sportif actif, Elgar est également un spectateur passionné, notamment de football et plus précisément de l’équipe des Wolverhampton Wanderers. Il compose He banged the leather for goal, considéré comme le tout premier chant de supporter. Il assiste également aux courses de chevaux, et fera de son mieux pour y aller régulièrement, s'absentant même parfois d’importantes obligations personnelles et professionnelles !

Les énigmes d’Elgar

Edward Elgar fut un homme passionné par les énigmes, les cryptogrammes et les jeux de mots. En 1897, il écrit un message crypté de 87 caractères à son amie Dora Penny qui, à ce jour, n’a toujours pas été déchiffré. En 1899, le compositeur britannique termine ses célèbres Variations Enigma, une ouverture et quatorze variations inspirées d’un thème jamais dévoilé par Elgar. Le thème est tellement connu selon le compositeur qu’il fut surpris que personne ne l'eut trouvé. 

Chaque variation est dédiée à l'un de ses amis, cités seulement par des initiales : de sa femme à son éditeur, en passant par des collègues, tout l’entourage proche d’Elgar est cité. Mais qui se trouve derrière le *** de la variation XIII ? Selon le compositeur, ce serait Lady Mary Lygon. Par simple superstition, le dédicataire de la variation XIII aurait été caché. 

Mais une autre possibilité indique que la variation, emprunte d’une émotion intense, serait dédiée à une autre femme, Helen Weaver. S'ils se fiancent en 1883, les fiançailles sont rompues seulement un an plus tard. Cet événement fut à l'origine d'une grande détresse émotionnelle pour le compositeur.

Derrière chaque grand homme, il y a une grande femme

« S’occuper d’un génie est l’œuvre d’une vie suffisamment conséquente pour toute femme », écrit Caroline Alice Elgar dans son journal intime. En effet, on oublie souvent l’importance de l’aide, de l’encouragement et du soutien des femmes dans la vie des plus grands compositeurs. A 29 ans, Elgar accepte une nouvelle élève de piano, Caroline Alice Roberts. Le coup de foudre est immédiat, mais un obstacle semble rendre leur histoire impossible : Caroline est issue d’une bonne famille (elle est fille d’un major général) et elle a 8 ans de plus qu'Edward. 

Mais le cœur a ses raisons que la raison ignore, et Caroline Alice accepte d’épouser Edward en 1889. Cette union ne sera pas sans frais pour la mariée, qui se verra déshéritée. Caroline Alice soutient inconditionnellement son mari : elle s’occupe de la gestion administrative et donne également son avis, souvent fin et pertinent, sur ses nouvelles compositions. 

Elle passe même ses soirées à tracer les portées de musique sur les pages blanches afin que les idées musicales d’Elgar ne soient jamais perturbées. Elles le seront en 1920 : après la mort de Caroline Alice, Elgar perdra presque toute envie de composer.

Du compositeur anglais au compost pour l’engrais

Trois statues d’Edward Elgar ont été érigées en Angleterre. La première se trouve à Worcester, à seulement quelques mètres de l’ancienne boutique de musique de son père. La deuxième est à Malvern, proche de la campagne dans laquelle le compositeur aimait tant se balader. Et une troisième est à Hereford, montrant le compositeur sur son vélo. Le nom du compositeur est également utilisé pour 65 rues et trois locomotives.

En 1999, son portrait figure sur le nouveau billet de 20 livres sterling, imprimé à 125 million d’exemplaires. Mais lorsque le billet est remplacé en 2010, les millions de billets sont déchiquetés en petit morceaux et utilisés pour faire de l’engrais. De la compo au compost, il n'y a qu'un pas !