Doisneau et la musique, de Barbara à Poulenc

Toute sa vie, Robert Doisneau a photographié la musique, toutes les musiques. Des musiciens de rues aux Rita Mitsouko en passant par Boulez, Dutilleux ou encore Django Reinhardt et Bill Coleman, la Cité de la Musique revient sur ces belles associations dans l'exposition "Doisneau et la musique".

Doisneau et la musique, de Barbara à Poulenc
Le compositeur Pierre Schaeffer en 1961 © Robert Doisneau-Gamma Rapho

Évoquer Robert Doisneau, c'est faire naître l'image d'un Baiser place de l'hôtel de Ville à Paris, ou d'un enfant qui lève les yeux pour chercher une réponse, assis sur son banc d'école. Doisneau, c'est un peu Paris, un peu la France, et surtout beaucoup de clichés, au sens propre comme au figuré.  Au sens propre, Doisneau, c'est quelques 450 000 négatifs recensés à sa mort en 1994. Au figuré, le photographe a gravé l'image d'un certain monde et d'une certaine époque chers aux nostalgiques. 

Sortir Doisneau de ce stéréotype, et le replacer dans son présent, c'est justement ce qu'ont voulu faire Clémentine Deroudille, commissaire de l'exposition Doisneau et la musique à la Cité de la Musique et petite-fille du photographe, et Stephan Zimmerli, scénographe de l'exposition et bassiste du groupe Moriarty. Jusqu'au 28 avril 2019, ils proposent de découvrir l'univers musical de Doisneau, composé de musiciens de rue, de portraits de célébrités, et d'un projet un peu fou avec Maurice Baquet.

Doisneau, la musique et la rue

La première rencontre de Doisneau avec la musique se fait dans la rue, entre la porte de Gentilly et la place d'Italie où se trouve son école. Parmi ses premières images, on trouve un accordéoniste de dos, au Kremlin-Bicêtre. Le photographe arpente pendant des décennies les pavés de la banlieue sud parisienne, et photographie fanfares, chanteurs de rue, petits formats, comme on nommait alors ces chanteurs qui distribuaient leurs chansons que le public reprenait en chœur. 

Le Clairon du dimanche, Antony, 1947 © Atelier Robert Doisneau
Le Clairon du dimanche, Antony, 1947 © Atelier Robert Doisneau

La rue reste présente lorsque Doisneau devient photographe professionnel. Salarié du magazine Vogue en 1949, puis de nombreux autres magazines, il multiplie les portraits des vedettes de Saint-Germain-des-Près. « C'était un petit photographe envoyé par les journaux pour aller photographier les grandes vedettes : Gréco, Brassens...», souligne la petite-fille de Doisneau. « Mon grand-père avait un loyer à payer, une famille à nourrir » poursuit Clémentine Deroudille.

Le photographe aime « les caves, la faune, les artistes », ce nouveau Montparnasse que constitue Saint-Germain-des-Près. Et parmi cette faune, il tire le portrait des grands jazzmen de son temps : Mezz Mezzrow, Bill Coleman, Django Reinhardt...

Boulez, Schaeffer, Dutilleux, studios

« Doisneau est quelqu'un tourné vers demain, vers ceux qui font les choses autrement », déclare Clémentine Deroudille. Force est de constater que le photographe, des années 1940 aux années 1990, a abordé presque tous les styles musicaux, et a toujours montré la même attirance pour la nouveauté, la création. C'est ainsi qu'il se retrouve, en 1961, à photographier de nombreux compositeurs pour le reportage « L'aventure de la musique du XXe siècle » commandé par le magazine Le Point

Olivier Messiaen, Pierre Boulez... les photographies de Robert Doisneau exposées à la Cité de la Musique dans le cadre de l'exposition "Doisneau et la musique"
Olivier Messiaen, Pierre Boulez... les photographies de Robert Doisneau exposées à la Cité de la Musique dans le cadre de l'exposition "Doisneau et la musique", © Radio France / Guillaume Decalf

Pierre Boulez, Henri Dutilleux, Pierre Schaeffer, André Jolivet, Olivier Messiaen, tous passeront devant l'objectif de Doisneau, dans leurs univers. Des univers très éloignés de celui du photographe, mais que ce dernier approche d'une manière bien à lui : en se faisant passer pour un photographe amateur. « Quand son sujet lui semble trop sérieux et appliqué, Robert fait semblant de ne pas savoir se servir de son matériel et passe plusieurs minutes à réparer une panne imaginaire, écrit Clémentine Deroudille dans le catalogue de l'exposition. Les modèles, après avoir tenu la pose, se détendent alors et c'est à ce moment-là que le photographe prend l'image : quand ils ne jouent plus à autre chose qu'à être eux-mêmes ».  

Doisneau et Maurice Baquet

Impossible d'évoquer le goût pour la musique de Doisneau sans parler de Maurice Baquet. Acteur, skieur, violoncelliste, il fut l'ami de Robert Doisneau, son « professeur de bonheur ». Leur rencontre date de 1944, ils appartiennent alors tous deux à l'entourage de Jacques Prévert et sympathisent immédiatement. Très vite, ils imaginent un livre ensemble, une blague dans laquelle le musicien utilise son instrument dans toutes sortes de situations comiques. Le livre doit s'appeler On dirait un veau, puis Violoncelle slalom, mais ne paraîtra - faute d'éditeur - que plus de trente ans plus tard, en 1981, sous le titre Ballade pour violoncelle et chambre noire

Bon nombre des photographies nées du duo Doisneau / Baquet sont connues des mélomanes : la main tendue depuis le wagon du métro vers le violoncelle oublié sur le quai, Maurice Baquet tombé dans l'eau avec son instrument, le musicien avec son violoncelle en équilibre dans une rue de New York enneigée... Des images vues et revues, souvent avec le même plaisir.     

Doisneau et la musique
Exposition du 4 décembre 2018 au 28 avril 2019
Cité de la Musique - Philharmonie de Paris
Catalogue de l'exposition aux éditions Flammarion - Cité de la Musique Philharmonie de Paris (29,90€).