Clara Wieck-Schumann : 10 (petites) choses que vous ne savez (peut-être) pas sur la pianiste et compositrice

Clara Schumann, née Wieck, est une pianiste et compositrice du XIXe siècle. Réputée comme l'une des musiciennes les plus talentueuses de son temps, son oeuvre en tant que créatrice a longtemps été oubliée au profit de celle de son mari.

Clara Wieck-Schumann : 10 (petites) choses que vous ne savez (peut-être) pas sur la pianiste et compositrice
Portrait de Clara Wieck-Schumann en 1819, © Getty / DEA / A. DAGLI ORTI

Le nom de Clara Schumann a longtemps été associé à celui de son époux, le compositeur Robert Schumann. Pourtant, la musicienne a composé la plupart de ses œuvres avant son mariage, et elle a fait preuve toute sa vie d’une force de caractère et d’une indépendance notable. 

Qui était cette compositrice et pianiste parmi les plus réputés d’Europe ? Qui se cachait derrière le personnage de l’éternelle amoureuse de son mari créateur ? Retour sur la vie de Clara Schumann en 10 petite anecdotes sur la vie de la musicienne. 

Enfant prodige

Née le 13 septembre 1819 à Leipzig en Allemagne, Clara Wieck a grandi dans un environnement très musical. Son père, Friedrich Wieck est pianiste et professeur réputé dans la région. Il met sa fille très tôt au piano et la jeune Clara fait partie de ces enfants prodiges qui apprennent le langage musical avant de s'exprimer avec des mots. 

Après le départ de sa mère, à 5 ans, elle se plonge avec d’autant plus de passion dans la musique et suit le programme exigeant de son père. Si bien qu’à 6 ans, elle donne son premier concert avec une pianiste très réputée à l’époque : Emilie Reichhold, et rencontre son premier succès. 

Pianiste star

De concert en concert, de ville en ville, Clara Wieck se bâtit une grande réputation en tant que pianiste. Adorée par le public européen, chacune de ses apparitions sur scène suscite l’admiration des spectateurs et des personnalités de l’époque.

« Nous avons entendu la petite Wieck à Leipzig. C’est une véritable merveille. pour la première fois de ma vie, je me suis surpris à admirer avec enthousiasme un talent précoce. Exécution parfaite, mesure irréprochable, force, clarté, difficultés de tout genre surmontées avec bonheur [...] Le piano sous ses doigts prend de la couleur et de la vie. » 

Charles Alexandre, grand-duc de Saxe-Weimar-Eisenach en 1831. 

Les critiques aussi sont dithyrambiques sur son jeu. En 1839, le critique français Henri Blancard déclare qu’elle est « le lion musical du moment »

Admirée par les compositeurs

Mendelssohn, Liszt, Chopin, Paganini… La route de Clara Schumann va croiser quelques grands noms de la période romantique. Des compositeurs qui vont admirer la musicienne. Liszt parlera d’une « grande prêtresse de l’art », Paganini dira : « Elle a la vocation de l’art parce qu’elle en a le sentiment ». 

Des artistes qui vont aussi souligner le talent de la compositrice. Chopin, peu réceptif aux œuvres de son futur époux, va sortir « enthousiasmé » de son écoute des Pièces caractéristiques opus 5 et 6 de la jeune femme. Mais ce sont ses Soirées musicales, pièces composées entre 1834 et 1836 qui vont remporter l’adhésion de ses contemporains à tel point que Liszt les jouera à Vienne deux ans après leur composition. 

D’amitié en amour… 

Le couple Schumann avec Clara au piano
Le couple Schumann avec Clara au piano, © Getty / UniversalImagesGroup

Si Clara épouse Schumann, je persisterai à dire jusqu’à ma mort qu’elle n’est pas ma fille.

La première fois qu’elle croise la route de son futur amour, Clara a 9 ans. Robert Schumann est un jeune musicien qui va suivre les cours de son père mais s’avère être bien moins doué que la jeune fille. Les deux adolescents se connaissent bien, s’écoutent, se donnent des conseils, Clara compose pour Robert... Une belle amitié qui va se transformer en amour au bout de plusieurs années. 

Plusieurs obstacles vont alors se dresser face à ce nouveau couple : les fiançailles de Robert avec une autre, mais surtout : le père de Clara qui déclare :  « Si Clara épouse Schumann, je persisterai à dire jusqu’à ma mort qu’elle n’est pas ma fille ».

Un procès pour se marier

Le combat de Friedrich Wieck pour que sa fille n’épouse pas Robert, qui a pourtant pratiquement vécu chez les Wieck lors de ses années d’apprentissage, prend des proportions inquiétantes. Le père de Clara écrit des lettres anonymes pour décrédibiliser le jeune homme en le traitant d’incapable et d’alcoolique.

Pourquoi tant de haine ? Tout simplement parce Robert Schumann n’est à l’époque pas connu du tout ! Le père Wieck a peur que son futur gendre ne subvienne pas aux besoins de sa fille. Après des années à interdire que les jeunes amants se voient, il intente un procès aux futurs mariés. 

Procès dans lequel les amis musiciens du couple vont témoigner en leur faveur. Pour le tribunal, pas de doute, le jeune couple peut se marier. Âgée de 22 ans, Clara réalise son rêve, se détache du joug de son père et épouse Robert. 

Un mariage étouffant

Libérée de son père, Clara Schumann se retrouve entre les mains d’un homme qu’elle admire et qu’elle aime. Seulement, elle se retrouve désormais dans l’ombre d’un mari. Pourtant, trois ans avant leur mariage, elle partage ses craintes avec l’être aimé : 

« J’ai besoin d’une vie sans soucis afin d’exercer mon art en toute tranquillité. [...] Vois si tu penses pouvoir m’offrir une existence telle que je la souhaite. » 24 novembre 1837.

Cette existence rêvée est vite rattrapée par des tâches domestiques auxquelles elle n’était pas habituée : son père la libérait de toute contrainte ménagère pour lui permettre de travailler son piano… Et Robert a besoin de calme pour son art. Il s’enferme dans l’unique pièce qui comprend un piano de longues heures, laissant sa femme gérer la maison, puis les enfants. 

Femme, mère et pianiste

Le couple Schumann aura huit enfants dont un qui ne survivra qu’un an et un autre, très malade, qui finira sa vie dans un asile. Au XIXe siècle, c’est à la femme qu’incombe la responsabilité de s’occuper du foyer. Clara Schumann délaisse donc la composition pour devenir mère, encouragée par son époux qui déclare : « Clara sait bien qu’être mère est là sa principale mission ». Elle sera mère à temps partiel puisque le couple a toujours besoin des revenus des concerts de la pianiste pour subvenir à leurs besoins. 

Robert n’est pas encore un compositeur assez reconnu dans le monde musical, c’est donc la musicienne qui va s’occuper des enfants, de la maison, et apporter l’argent dans le couple. De plus, son mari a une santé fragile et elle sera aussi sa soignante en plus d’être sa femme. 

La « folie » de son mari

Une dizaine d’années après leur mariage, Robert Schumann commence à avoir les premiers symptômes de sa folie, comme on qualifiait alors son mal. En 1854, il se jette dans le Rhin. Une tentative de suicide qui le mène à l’asile de son plein gré. Le compositeur a conscience de ses hallucinations et les utilise aussi dans sa musique. 

Clara se retrouve seule, avec les enfants, et cherche refuge chez des proches. Deux ans plus tard, son mari est toujours interné et meurt le 29 juillet 1856 après avoir serré dans ses bras une dernière fois son épouse. La pianiste écrit alors : « Ainsi mon bonheur a fui avant son départ. Une nouvelle vie a commencé pour moi. »

Entre la force et le doute

Une femme ne doit pas prétendre composer.

Après la mort de son mari, Clara Schumann ne se remet pas à la composition… Déjà au début de leur union, la jeune femme était pleine de doutes : « Il fut un temps où je croyais posséder un talent créateur mais je suis revenue de cette idée. Une femme ne doit pas prétendre composer. Aucune encore a été capable de le faire, pourquoi serais je une exception ? Il serait arrogant de croire cela, c’est une impression que seul mon père m’a autrefois donnée. »

Sa vie de compositrice est derrière elle, mais pas celle de pianiste. Toute sa vie, Clara Schumann va jouer dans les villes d’Europe et organiser des tournées pour jouer l’oeuvre de son défunt mari. Sorte de dernier hommage malgré les difficultés : la pianiste souffre de rhumatismes et mène une vie au rythme effréné. 

Brahms, le sauveur ?

Peu avant que Robert ne perde complètement la tête, un jeune compositeur frappe à la porte du couple de musiciens : Johannes Brahms. Clara décèle rapidement le talent du jeune homme et va le prendre sous son aile, le présenter aux bonnes personnes et faire de lui une future star de la musique au XIXe siècle.

Après le départ de Robert en institut, Clara se retrouve seule et trouve du réconfort auprès de son jeune protégé. On ne saura jamais la relation exacte qu’ils entretiennent, mais Clara et Johannes sont très proches, jusqu’à la fin de la vie de la pianiste qui s’éteint le 20 mai 1896.