Berlioz et la Côte Saint-André, bien plus qu’un lieu de naissance

Ville natale d'Hector Berlioz, la Côte Saint-André et le Festival Berlioz sont au cœur de l’histoire du compositeur. À l’occasion des 150 ans de sa mort, retour sur ses terres et sur le festival dédié à son oeuvre.

Berlioz et la Côte Saint-André, bien plus qu’un lieu de naissance
Berlioz et la Côte Saint-André, bien plus qu’un lieu de naissance, © Getty / Hulton Archive

Hector Berlioz mérite bien d'avoir un festival à son nom. Maître du spectaculaire, il est l’un des premiers créateurs du concept de festival avec ses journées musicales « festivalesques » organisées autour d’un thème. Petite ville iséroise d’environ 5000 Côtois, c’est à la Côte Saint-André que sont accueillies aujourd’hui les deux semaines festivalesques du Festival Berlioz avec ses 1400 spectateurs, le plus grand rendez-vous musical consacré à la vie et à la musique d’Hector Berlioz. 

Berlioz, populaire et rural

Avant d'arriver à la Côte Saint-André, un premier Festival Berlioz a été organisé à Lyon par le chef Serge Baudo en 1979, et renouvelé pendant 10 ans avant de prendre fin. Mais l’envie de célébrer le compositeur local perdure en Isère, et un deuxième festival est lancé dans sa ville natale en 1994 par Jean Boyer, sénateur passionné d’Hector Berlioz. 

« Nous avons voulu faire à la fois un festival de qualité, où on a des têtes d’affiche importantes, mais également rappeler que Berlioz aimait également être populaire et rural, et donc redonner a la Côte Saint-André sa place dans la vie de Berlioz, et remettre Berlioz à sa place dans sa ville natale », souligne le maire de la Côte Saint-André, Joël Gullon. La Côte Saint-André, une clé d’accès à l’âme du compositeur ?

Bien plus qu'un lieu de naissance

Nombreux sont les portraits de Berlioz qui racontent l’histoire d’un jeune homme pressé de quitter sa ville natale dès ses 18 ans pour ne plus jamais y retourner.  Mais en vérité, le compositeur garde un lien avec la Côte Saint-André, il y retourne régulièrement et s’informe dès que possible de l'actualité du village, un lien que Joël Gullon souhaite rappeler : « ce lien avec la ruralité, avec sa ville, est bien plus important que l’on imagine pour Berlioz. »

Un lien important, voire essentiel dans l’histoire de Berlioz selon Bruno Messina, biographe du compositeur et directeur artistique du Festival Berlioz depuis 2004 : « Nous n'avons aucune information jusqu’à ses 18 ans... et c’est une chance ! Tous les autres se débarrassent de cela et commencent l'histoire à 20 ans quand Berlioz commence à prendre des cours avec Lesueur et au Conservatoire de Paris. Et si c’était exactement le contraire : à partir de 20 ans on n’a plus rien à dire, tout s’est passé avant ? Et si toute l’histoire de Berlioz s’expliquait précisément par le village ? »

Reconstituer la vie d’un homme en remontant à sa enfance au village, tel est le souhait de Bruno Messina. Le son des cloches de la Côte Saint-André résonnent-elles toujours dans les oreilles de Berlioz lorsqu’il compose sa Symphonie Fantastique en 1830 ? Repense-t-il souvent au récit des Troyens lu par son père lorsqu'il avait six ans ? Le vignoble de famille participe-t-il à l'obsession de Berlioz pour ce breuvage, dont la trace est retrouvée dans presque chacune de ses œuvres ? Autant de questions auxquelles le spécialiste cherche des réponses en son pays.  

Pour déceler les liens entre le composteur et sa ville natale, résidents et visiteurs peuvent découvrir la maison d’enfance du compositeur, un lieu qui attise la curiosité non seulement des festivaliers mais également des musiciens, comme les chefs d’orchestre Valery Gergiev et Douglas Boyd lors de leur passage au festival : « Je suis déjà venu à la Côté Saint-André, mais je venais toujours pour le concert puis je repartais. Cette fois-ci je suis arrivé en avance car je voulais découvrir la ville, visiter le musée et la maison afin d’essayer de me rapprocher du compositeur », explique le chef écossais.

La maison et musée Berlioz
La maison et musée Berlioz, © Getty / DEA / G. DAGLI ORTI /

Un musée également visité par le Ministre de la Culture, Frank Riester, qui se réjouit du succès de cette année Berlioz 2019, et félicite les efforts de la commune et de ses élus : « C’est formidable que le territoire ici, l’Isère, le département, la communauté de communes, la ville, continuent d’investir autant pour entretenir la mémoire de Berlioz, et le fasse de cette façon là, c’est-à-dire en connexion avec le territoire, en connexion avec les gens. »

Et celles et ceux de la Côte Saint-André qui n’aiment pas Berlioz ? Un Côtois peut-il vivre à la Côte Saint-André sans aimer Berlioz ? « Oui, et heureusement, car de ce que j’ai pu lire, je pense que Berlioz lui-même n’aimait pas tout le monde ! Mais notre objectif n’est pas de faire aimer Berlioz à chacun, c’est de faire découvrir Berlioz », répond le maire.

Le Festival Berlioz, 25 ans de renouvellement

« Ma vie est un roman qui m’intéresse beaucoup » écrivait Berlioz. Un roman suffisant pour que le souffle du festival ne faiblisse pas, 25 ans après sa création. Chaque année, une édition avec un nouveau thème : du fantastique (2016) au sacré (2018) Liszt et le diable (2011), Londres (2017) l’Amérique (2014) en passant par l’Italie (2012), il ne semble pas manquer de matière dans la vie de Berlioz pour trouver un nouvel aspect à étudier et fêter : « Bruno Messina s’arrange chaque année pour nous raconter une histoire, de nous faire de différents concerts une véritable histoire » témoigne le maire. 

Affiche du Festival Berlioz 2012 - "Berlioz et l'Italie - Un carnaval romain"
Affiche du Festival Berlioz 2012 - "Berlioz et l'Italie - Un carnaval romain"

150 ans après sa mort, la saison 2019 du Festival Berlioz, « Le Roi Hector » arrive tel un couronnement, une validation posthume du compositeur français et héro romantique, renforcée par la demande de l'éventuelle panthéonisation du compositeur: « Il y a beaucoup de demandes de panthéonisation, beaucoup d'idées, mais celle de Berlioz fait partie des plus belles », confirme le Ministre de la Culture.