10 (petites) choses que vous ne saviez (peut-être) pas sur Claudio Monteverdi

Il y a 450 ans, le 15 mai 1567, Claudio Monteverdi est baptisé à Crémone, en Italie. Le compositeur a marqué son époque par un style musical riche, à la frontière entre la Renaissance et le baroque.

10 (petites) choses que vous ne saviez (peut-être) pas sur Claudio Monteverdi
Claudio Monteverdi (1567 - 1643)

Le musicien et compositeur Claudio Monteverdi aurait 'fêté' les 450 ans de son baptême cette année. Né à Crémone en Italie en 1567, son oeuvre se situe entre la fin de la musique de Renaissance et la naissance du baroque. Un entre-deux qui se ressent dans ses créations, à la frontière entre modernité et avant-garde.

Celui que l’on nomme le ‘père de l’opéra’ était le musicien le plus connu d'Europe. Vers la fin de sa vie, il est ordonné prêtre, puis meurt en emportant sa musique car elle sera oubliée pendant plus de deux siècles. Voici 10 petite choses que vous ne saviez peut-être pas sur Monteverdi.

Un orchestre à sa disposition

Claudio Monteverdi commence à travailler comme chanteur et joueur de viole pour le duc de Mantoue à l’âge de 28 ans. Douze ans plus tard, il obtient le poste convoité de maître de musique à la cour de Mantoue. Sous la protection du duc Vincent Ier de Gonzague, Monteverdi dispose d’un petit orchestre talentueux. Il en a beaucoup profité pour composer et mettre en oeuvre ses envies musicales. Et son orchestre le lui a bien rendu.

Star de l’époque

Beaucoup de compositeurs ont connu un succès posthume. Ce n’est pas le cas de Monteverdi. Le musicien a vécu ses heures de gloire vivant, et jusqu’à son décès il n’a eu de cesse d’être reconnu comme le musicien le plus célèbre d’Italie et d’Europe. A sa mort, en 1643, des funérailles grandioses sont organisées dans la basilique Saint-Marc à Venise pour lui rendre hommage.

Pourquoi un tel succès ? Peut-être pour son avant-garde musicale. Monteverdi ne se contente pas de composer, il explore, s’inspire de ses prédécesseurs tout en apportant une touche de modernité, de nouveauté dans sa musique.

Oublié pendant 2 siècles et demi

A cette époque, qui dit succès ne dit pas pérennité. L’oeuvre de Monteverdi tombe vite dans l’oubli. Ce fut le cas de nombreux compositeurs de la Renaissance puis du baroque. Jusqu’au XIXe siècle, on écoute de la musique contemporaine et la musique baroque est « incompréhensible » pour l’époque, selon les mots du musicologue Philippe Beaussant. Il suffit de quelques années pour qu’un compositeur star ne soit remplacé par un plus jeune, plus doué ou plus avant-gardiste.

Il faut attendre le début du XXe siècle pour que les oeuvres de Monteverdi soient exhumées grâce notamment à Vincent d’Indy. Ce compositeur français reprend l’Orfeo de Monteverdi à la Schola Cantorum de Paris en 1905.

L’émotion avant tout

Monteverdi ne se contente pas de suivre les préceptes de ses prédécesseurs. A travers sa musique, notamment avec ses livres de madrigaux, il laisse parler l’émotion. Le madrigal (musique profane a cappella) de Monteverdi exprime tous les sentiments humains, des plus profonds aux plus légers.

Le compositeur attache une grande importance au texte. Quand il reçoit le livret du poète Striggio pour projet d’opéra, il répond : « Comment pourrais-je provoquer l’émotion par [vos personnages]... L’arianna me poussait à pleurer, l’Orfeo m’incitait à prier mais cette fable-ci, je ne sais quel est son propos, je ne sens pas qu’elle me porte naturellement vers une fin qui m’émeuve » (extrait de Histoire de la musique occidentale, Jean et Brigitte Massin, Fayard).

Un ennemi devenu admirateur

Parmi ses plus grand détracteurs, Giovanni Maria Artusi, théoricien, condamne « ces œuvres insupportables à l’oreille », notamment les madrigaux présentés dans les IVe et Ve livres de Monteverdi. Pour lui, l’utilisation de certaines harmonies ne correspond pas à sa vision de la musique : « Les sens sont devenus fous », écrit-il à propos de la musique du compositeur.

Mais un jour, le frère de Monteverdi prend sa défense et répond aux critiques de son grand ennemi. Ses mots suffisent à convaincre Giovanni Artusi qui devient alors un fan absolu de la musique de Monteverdi…

Son frère aimé

Après la création (et le succès) de son opéra Orfeo, Monteverdi reçoit de nouvelles critiques d’Artusi qui le pousse à répondre. Mais il n’a pas le temps, comme le précise son frère Julio Cesare : « Étant au service d’un grand prince, il [Claudio Monteverdi] est occupé la plupart du temps, soit à des tournois, ballets, comédies ou divers concerts, soit enfin à jouer de la viole bâtarde. Charges et études qui ne sont sans doute pas aussi ordinaires que le laisserait entendre son contradicteur ».

Dans la préface de ses Scherzi musicali (sortis en 1607), Julio Cesare prend donc la défense de son frère. Un geste qui lui permet de faire changer d’avis son détracteur.

Des madrigaux coquins

Parmi ses huit livres de madrigaux, le septième reprend des textes sensuels, voire érotiques. « On a pour la première fois chez Monteverdi un vrai érotisme », témoigne le chef associé des Arts Florissants Paul Agnewdans une interview à CultureBox.

Parmi ces poèmes, on retrouve l’idée de désir et des considérations sur la bouche, les lèvres, les baisers comme dans Con che soavita de Giovanni Battista Guarini :

Lèvres douces et parfumées

Je vous embrasse ou je vous écoute

Mais quand je profite d’un plaisir, je me prive de l'autre.

Ordonné prêtre

Malgré les apparences de ses madrigaux coquins, Monteverdi est ordonné prêtre en 1632, il a alors 65 ans. Cette fin de vie, il la consacre à la composition : on peut compter une quarantaine d’oeuvres sacrées et deux opéras qui nous reste aujourd’hui : Le retour d’Ulyssedans sa patrie (1640) et Le couronnement de Poppée en 1643.

Père de l’opéra

On le surnomme ‘père de l’opéra’ avec son Orfeo, longtemps considéré comme le premier opéra jamais composé. Seulement le compositeur n’a pas inventé le style opératique. Deux oeuvres proches de l’opéra tel qu’on le connaît aujourd’hui ont été créées avant son chef d’oeuvre : Dafne par Jacopo Peri en 1597, et Euridice par ce même Peri.

Si l’Orfeo de Monteverdi est si important, c’est par son audace musicale : il met en valeur l’émotion des personnages à travers la musique et non le texte seul. C’est un déchirement entre les styles anciens et modernes.

L’Orfeo et le décès de son épouse

Quand il aborde la composition de l’Orfeo, Monteverdi vient de voir naître son deuxième enfant, Massimiliano. Cette naissance affaiblit Claudia, l’épouse de Monteverdi, dont la santé se détériore jour après jour. Certains y voient le destin d’Eurydice dans le livret de Striggio… Hasard ou coïncidence, l’épouse du compositeur meurt en même temps qu’il achève la partition de son célèbre opéra.