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"Hamlet" d'Ambroise Thomas à l'Opéra Comique

Hamlet d'Ambroise Thomas revisité par Louis Langrée et Cyril Teste à l'Opéra Comique de Paris. Enregistré le 17 décembre 2018.

Opéra Comique,Paris
Concert "Hamlet" d'Ambroise Thomas à l'Opéra Comique  – Écouter en replay
Hamlet , © Getty

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Hamlet d’Ambroise Thomas ne passait pas pour un modèle de modernité. La récente production de l’Opéra Comique fait taire les ricanements. Il ne faut pas chercher une adaptation fidèle de la pièce de Shakespeare dans cet Hamlet d’Ambroise Thomas, compositeur dont la gloire fut largement éclipsée par ses contemporains qu’ils s’appellent Ludovic Halévy, Giacomo Meyerbeer ou Charles Gounod. 

A la tête de l’Orchestre des Champs-Elysées, c’est avec un enthousiasme contagieux que Louis Langrée prend cette musique à bras le corps ; il la laisse déferler en ses grands emportements, la canalise, en fait miroiter la délicatesse (mort d’Ophélie Acte IV suivie d’un solo de harpe saisissant), l’ingénieuse instrumentation (percussions, vents et même saxophone monté sur scène au II pour la circonstance) comme la spatialisation des chœurs et des voix voulue par l’auteur. 

La création d’Hamlet eut lieu en Salle le Peletier à Paris le 9 mars 1868. L'Opéra d’Ambroise Thomas n’était donc nullement destiné à une salle comme celle de Favart, vouée à l’opéra comique. Ce décalage est accentué par des effectifs orchestraux et des chœurs assez peu fournis. Toutefois un enregistrement travaillé compense ces inconvénients et restitue à la musique une plénitude qui fait honneur à ses qualités intrinsèques et à celles du chef d’orchestre. 

De l’adaptation de l’original par Dumas, Barbier et Carré firent un livret aussi romantique que spectaculaire, où Ophélie brille d’un éclat particulier. Avec ses airs virtuoses, ses ensembles saisissants et son orchestre chatoyant où débutait pour la première fois le saxophone dans l'opéra, Ambroise Thomas composa l’une des plus belles partitions du répertoire français. 

Louis Langrée est l’un des grands promoteurs d’Hamlet, Stéphane Degout l’une de ses incarnations les plus vibrantes. Sabine Devieilhe fait ses débuts dans l’extraordinaire rôle d’Ophélie, Ramy Fischler plante le décor et Cyril Teste met en scène, en images et en perspective cette métaphore du pouvoir du théâtre.

Hamlet qu’il soit moderne, futuriste ou moyenâgeux aura toujours un écho chez le spectateur. C’est ce que rappelait déjà Germaine de Staël en 1814: « d’autres hommes assisteront à leur tour aux mêmes incertitudes et se plongeront de même dans l’abîme sans en connaître la profondeur ».