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Concert Arvo Pärt par Hélène Collerette, Vanessa Wagner, et Murcof

Hélène Collerette, Vanessa Wagner, Murcof jouent la musique du compositeur Arvo Pärt. Concert donné le 11 janvier 2020 au Studio 104 de la Maison de la Radio à Paris dans le cadre du week-end Arvo Pärt.

Studio 104, Maison de la Radio,Paris
Concert Concert Arvo Pärt par Hélène Collerette, Vanessa Wagner, et Murcof – Écouter en replay
Paysage enneigé, © Getty

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Il y a toujours un grand silence dans l’aura d’Arvo Pärt. Pour le compositeur estonien, le son « est là pour entourer le silence", comme pour faire écho à la célèbre sentence de Miles Davis : « Ce ne sont pas les notes que vous jouez ; ce sont les notes que vous ne jouez pas. » 

Mais comment produire une musique silencieuse ? Ou plutôt… Pourquoi ? Arvo Pärt est une des personnalités les plus influentes du monde de la musique contemporaine. Après une période sérielle qui va jusqu'en 1968, et une période transitoire (troisième symphonie), mais aussi de doute et de stérilité artistique, il ouvre en 1976 une période inspirée par son étude du Moyen-Âge. Il appelle cette technique modèle de tintinnabuli qu'ildéveloppe au milieu des années 70 et qu'il définit ainsi : 

"Ici je suis seul avec le silence. J'ai découvert qu'il est assez quand une note simple est admirablement jouée. Cette une note, ou un battement silencieux, ou un moment de silence, me soulagent. Je travaille avec très peu d'éléments - d'une seule voix, avec deux voix. Je construis avec les matériaux les plus primitifs - avec la triade, avec une tonalité spécifique. Les trois notes de la triade sont comme des cloches.  Et c' est pourquoi je l'appelle tintinnabuli."

La technique de la « tintinnabulation » (1976, Für Alina pour piano) : technique pionnière pour les uns, soupir de nostalgie pour les autres, retour indéniable et objectif vers une rigueur musicale ascétique et la simplicité d’un matériau qui ne veut pas briser le silence. Chaque note de la mélodie est associée à une note issue de l’accord qui harmonise toute la ligne mélodique : les deux notes sonnent ainsi ensemble avec une résonance qui rappelle celle d’une cloche. 

Allons plus loin. « Arvo Pärt me saisit les mains avec excitation : “Les deux lignes ! Une ligne représente qui nous sommes. L’autre représente ceux qui prennent soin de nous. La ligne mélodique représente notre réalité, nos péchés. Mais l’autre ligne qui accompagne pardonne nos péchés.” » (Arthur Lubow, « The Sound of Spirit », The New York Times, 15 octobre 2010) Lorsque nous écoutons Psalom pour cordes (1985), les phrases musicales semblent suivies d’un point d’interrogation, avec pour toute réponse un vide auditif à chaque fois. Ce vide peut être vécu comme enveloppant, angoissant, serein ou terrifiant, selon l’état d’esprit et le vécu de l’auditeur. 

« Il ménage dans sa musique de la place pour les auditeurs », selon Björk et effectivement : le silence donne la parole à la vie spirituelle de l’auditeur. Ces moments non-sonores « entre chaque note » (Debussy) sont autant de moments où l’écoute s’écoute elle-même tout en nous conjuguant avec le monde.