Concerts
Concert
Samedi 24 mars 2018

Debussy et Ravel par l'Orchestre national de France et Karine Deshayes

  • 16mn 06s
    Debussy : "Printemps" sous la direction d’Emmanuel Krivine
  • 19mn 38s
    Ravel : Shéhérazade interprété par Karine Deshayes
  • 40mn 30s
    Debussy : Images pour orchestre sous la direction d’Emmanuel Krivine

Concert en direct vidéo : l'Orchestre national de France sous la direction d'Emmanuel Krivine joue Printemps et Images pour orchestre de Claude Debussy, ainsi que Shéhérazade de Ravel avec Karine Deshayes. En direct de l'auditorium de la Maison de la Radio samedi 24 mars 2018.

Auditorium de Radio France

« J’aime presque autant les images que la musique », avouait Debussy en 1911. Le titre de plusieurs partitions confirme que le musicien, sensible aux préraphaélites, ébloui par Turner, fasciné par Hokusai et Hiroshige, a puisé son inspiration dans la peinture, et plus largement dans le domaine visuel  : Estampes, deux cahiers d’Images pour piano, un vaste triptyque orchestral intitulé lui aussi Images. La musique refuse pourtant toute intention descriptive et répugne à imposer des visions trop précises. Quand Debussy déclare que dans Ibéria, « il y a un marchand de pastèques et des gamins qui sifflent », ce n’est pas pour détailler un programme, mais plutôt pour inviter l’interprète à trouver la juste couleur de la partition. 

Il inclut des références folkloriques dans chaque pièce. Gigues emprunte son rythme de danse à l’Écosse. Ce pays avait déjà inspiré la mélodie La Fille aux cheveux de lin (1881), dont le titre sera bientôt repris pour un Prélude du Premier livre (1909- 1910). Iberia, rythmé par les castagnettes, le tambour de basque et les cordes en pizzicato, se souvient de la guitare et des danses espagnoles. Rondes de printemps cite et métamorphose les comptines Nous n’irons plus au bois et Do, do, l’enfant do (déjà utilisées dans Jardins sous la pluie, la troisième des Estampes). Debussy a placé en épigraphe de cette Image deux vers de La Maggiolata, une chanson populaire toscane de la Renaissance : « Vive le Mai, bienvenu soit le Mai, / Avec son gonfalon sauvage. » Les éléments pittoresques paraissent toutefois anecdotiques, car absorbés par la poésie sonore du compositeur. Ce qui importe, c’est de saisir l’esprit et l’essence des pays évoqués, non de les illustrer avec réalisme. 

Ce dessein oblige à remettre sans cesse l’œuvre sur l’établi. Presque dix ans séparent les premières esquisses des Images de leur achèvement, tant il est difficile d’éliminer la banalité d’un folklore de carte postale et de dissimuler les ficelles du labeur du compositeur. Debussy écrit à son éditeur Jacques Durand, en 1907 : « Il restait pas mal d’endroits qui m’inquiétaient… c’était bien écrit, mais ce l’était avec ce coutumier métier qu’on a tant de peine à vaincre et qui est si ennuyeux. Il me semble maintenant que j’entrevois véritablement ce qu’il me faut – et non plus ce travail de mandarin pour lequel je ne suis décidément pas fait. » 

Après des années d’efforts, le hautbois d’amour (instrument à la tessiture intermédiaire entre le hautbois et le cor anglais) exprime la douceur plaintive qui, dans Gigues, dévoile bien des tourments intimes. L’orchestre d’Ibéria déploie ses couleurs tour à tour mystérieuses et flamboyantes, tandis que Rondes de printemps semble accompagner les évolutions de créatures immatérielles. L’imprévisibilité et la fluidité du discours donnent une sensation d’improvisation et de continuelle transition. « Vous ne vous figurez pas combien l’enchaînement des Parfums de la nuit avec Le Matin d’un jour de fête se fait naturellement. Ça n’a pas l’air d’être écrit… », se réjouit Debussy dans une lettre adressée à André Caplet. Si exigeant avec lui-même, il a pour une fois tutoyé son idéal.

Debussy : "Printemps" sous la direction d’Emmanuel Krivine
    Ravel : Shéhérazade interprété par Karine Deshayes
      Debussy : Images pour orchestre sous la direction d’Emmanuel Krivine