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Jérôme Combier : Wood and bones pour violoncelle solo (création mondiale) (Eric Maria Couturier)

Durée : 12 minutes

Eric Maria Couturier (violoncelle) interprète Wood and bones de Jérôme Combier en création mondiale. Extrait du concert donné le 15 février 2020 à 20h en l'Auditorium de Radio France à Paris dans le cadre de la 30ème édition du Festival Présences 2020 : George Benjamin, un portrait.

Commande de Radio France

« In the deep glens where they lived all things were older than man and they hummed of mystery. » (« Dans les profondeurs des vallées où ils vivaient, toutes choses étaient plus anciennes que l’homme et sentaient le mystère. ») Cormac McCarthy, The Road

Wood and bones serait comme la musique d’un rituel inconnu. Elle convoque des matières de bois, celui que l’on frappe pour invoquer des esprits, et des cliquetis d’os, ceux que l’on agite pour tenir à distance les sorts du destin. Wood and bones est-elle une fin du monde ? Elle semble dire qu’aucun jeu d’archet, qu’aucun lyrisme n’est possible, et qu’en elle, il n’y a pas de « voix humaine », que celle-ci a disparu. Il n’y a, dans cette musique, aucune phrase lyrique, aucune mélodie qu’un archet ferait vibrer, presque aucune note jouée telle que la mémoire en garde trace d’une époque révolue. Est-ce manière de dire qu’il n’y a plus de musique possible ? Il semble tout au contraire que sur cette terre de négativité pousse une expressivité ignorée faite de pulsations obstinées, de rythmes rapides, de timbres improbables : rebonds d’archet, pizzicati d’harmoniques, frappe de la main sur la touche, « taping » et jeu avec « bottleneck » (propre à la guitare populaire) ; autant de gestes insoupçonnés qui remontent à des sources primitives : le rythme et ses pouvoirs cathartiques, la virtuosité. Mais une virtuosité au sens où l’entendait Luciano Berio et non pas autre chose, celle qui « place [le musicien] dans une vaste perspective historique et [lui permet] de résoudre les tensions entre la créativité d’hier et celle d’aujourd’hui.* »

Un monde autre apparaît, issu d’une fiction toute personnelle, où sont des vestiges, des ruines qu’il convient de regarder en face, un monde primitif qui contient le possible d’une autre sensibilité. « La mort n’est qu’un passage, disent les chamanes. Après le décès, l’existence se poursuit comme avant. Simplement le monde paraît plus crépusculaire.** »

Wood and bones est divisé en deux mouvements : le premier constitué d’abord de pizzicati métalliques se transforme en une petite danse d’os ; le second, abrupt et convulsif, fait entendre une grande percussion de bois. Entre les deux, un court moment s’impose, constitué de quelques sons immatériels – les cordes à vide de l’instrument et ses harmoniques – qui porte en lui comme la réminiscence d’un chant, ce qu’il eût pu être, ou ce qu’il fut, mais sans chair. À moins que ce ne soit là une nouvelle manière de chanter…

J. C.

* Luciano Berio, Entretiens avec Rossana Delmonte (1981), éd. Contrechamps, Genève, 2010.
** Antoine Volodine, Dondog, Seuil, 2002 (4e de couverture).

Kent Nagano
L'intégrale du concert
[Concert filmé] L'Orchestre Philharmonique et les formations vocales de Radio France dirigés par Kent Nagano
Maison de la Radio,Auditorium