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Beethoven : Variations Eroica op. 35

Durée : 22 minutes

Sélim Mazari joue les Quinze Variations (avec fugue), op. 35 « Eroica » composées par Beethoven en 1802.

Le 18 octobre 1802, deux semaines après avoir rédigé le « Testament de Heiligenstadt », Beethoven annonce à l’éditeur Breitkopf & Härtel l’achèvement de deux séries de variations, opus 34 et 35, « chacune de caractère différent ». Il insiste sur la dimension inédite de ces compositions : « Quand il me vient des idées neuves, c’est d’ailleurs uniquement par autrui que je l’entends dire, car je ne sais jamais m’en apercevoir. Mais cette fois, je dois vous certifier que la manière, dans ces deux ouvrages, est entièrement nouvelle en ce qui me concerne. »

Les Quinze variations (avec fugue) op. 35, pour reprendre le titre original de l’œuvre, frappent en premier lieu par leur structure sans précédent. Après un accord fortissimo qui joue le rôle des trois coups avant le lever du rideau, « la basse du thème » est présentée à nu, sans harmonisation. Suivent trois variations sur cette ossature, successivement à deux, trois et quatre voix, avant que la mélodie du thème ne soit enfin exposée. Beethoven emprunte le thème au finale de son ballet Les Créatures de Prométhée (1801), qu’il traitera de nouveau sous forme de variations dans le finale de sa Symphonie n° 3 « Eroica » (1803-1804), à laquelle le recueil opus 35 doit son surnom.

S’il commence par l’énoncé de la basse, c’est parce qu’il travaille ensuite sur la structure harmonique plus que sur la mélodie, dont il oublie souvent le dessin (il faut attendre la toute fin de l’œuvre, après la fugue, pour que la mélodie reparaisse clairement). Il renoue ainsi avec le principe de la chaconne et de la passacaille (des danses baroques variant une formule de basse), dont le style classique s’était détourné. L’écriture frappe par sa virtuosité, le genre du thème et variations étant idéal pour expérimenter de nouveaux gestes, des sonorités inédites (ici, souvent d’une ampleur orchestrale) et pour accumuler les changements de caractère : chevauchée énergique (n° 3), simplicité cantabile (n° 4), fébrilité tourmentée (n° 6), canon aux staccatos bondissants (n° 7), poétique sfumato d’arpèges (n° 8), répétition têtue de notes à la basse ou dans l’aigu (n° 9 et n° 13), mélancolie (n° 14), chant décoré d’une profusion d’ornements (n° 15).

À la fin de la dernière variation, une coda sert de transition avec la fugue, Beethoven associant ici deux manières de faire proliférer un matériau musical. Il reprendra cette idée dans sa Symphonie n° 3, puis ses dernières sonates pour piano, ce dont Johannes Brahms saura se souvenir dans ses propres Variations et fugue sur un thème de Haendel (1861).

Sélim Mazari
L'intégrale du concert
Intégrale des sonates de Beethoven : Sélim Mazari joue les sonates n°4 et 14, et les Variations Eroica
Maison de la Radio,Paris