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Alexandre Desplat : Valérian et la Cité des mille planètes, suite

Durée : 12 minutes

L'Orchestre national de France joue la suite d'orchestre extraite du film "Valérian et la Cité des mille planètes", réalisé par Luc Besson, sous la direction du compositeur Alexandre Desplat. Extrait du concert donné le 6 décembre 2018 en direct de l'auditorium de la Maison de la Radio.

Un budget à neuf chiffres, le plus ambitieux de l’histoire du cinéma français, six mille dessins pour le storyboard, des milliers d’intervenants sur le tournage et la postproduction, plusieurs centaines de costumes, cent quinze acteurs et presque cinq fois plus de ‑gurants durant cent jours de tournage : moyens exceptionnels que ceux mis en œuvre pour Valérian ! Pour point de départ, une bande dessinée publiée dans Pilote : « Valérian et Laureline », de Pierre Christin et Jean-Claude Mézières. Luc Besson se souvient : « À l’âge de dix ans, je me rendais chez le marchand de journaux tous les mercredis. Un jour, je me suis dit : " Mais qu’est-ce que c’est ? " Ce jour-là, je suis tombé amoureux de Laureline et j’ai aspiré à devenir Valérian. 

C’était les années soixante-dix, et c’était la première fois qu’on voyait un personnage féminin moderne aussi dur à cuire. » Dans la même décennie, Alexandre Desplat découvre Star Wars et la musique de John Williams, et décide de se consacrer à la musique de ‑lm ; quarante ans plus tard, des changements de calendrier le forceront à renoncer à travailler sur Rogue One, et, le détournant de l’Étoile noire, l’inviteront à s’envoler vers d’autres galaxies grâce aux deux jeunes héros. De la musique, il y en a beaucoup dans le ‑lm de Luc Besson. Peut-être les dialogues comptent-ils moins que les effets spéciaux, et la musique dès lors prend le pas sur les mots, qui se contentent quant à eux d’expliciter ce que dit l’image. 

La musique se fait donc décor, quasi poème symphonique au début du ‑lm, tantôt simple fond sonore pour installer une ambiance particulière, tantôt au premier plan pour instaurer le suspense ou dynamiser l’action, d’une redoutable efficacité lorsque les chœurs se joignent à l’orchestre. Au XXVIIIe siècle, Valérian et Laureline ont pour seule mission de sauver l’univers. De la musique dépend la crédibilité des scènes et des personnages. Quoi de plus incroyable que cette actrice tentaculaire – et très bleue –, Bubble, capable d’incarner n’importe quel alien ? Rien de plus inouï que cette plongée sous-marine à la recherche d’une méduse qui vit de l’eau pure expulsée des bronmosaures mâles. Un papillon lumineux posé sur sa main, voici Laureline hameçonnée par d’ignobles pêcheurs aux yeux jaunes. Suit un défilé de plats improbables soumis à l’empereur Boulan, et la terrienne destinée à servir de mets de choix. À propos de Valérian, Luc Besson explique que l’adaptation cinématographique d’une bande dessinée impose de « sortir des cases », a‑n de passer d’un ouvrage qu’on lit en une vingtaine de minutes à un ‑lm durant deux heures. 

Il faut lier les fragments, créer la continuité jusqu’alors limitée par les blancs du papier et les tournes de page. À la musique de faire disparaître les lignes noires qui découpent l’album. Alexandre Desplat composant presque toujours sur les images ‑nies, parce que « ce sont les images qui bougent qui déclenchent [son] émotion », il n’hésite pas à jouer des contrastes de nuance ou de densité orchestrale pour signaler crescendo ou de crescendo, subito parfois, un moment particulier ou un changement de scène. Omettons alors les chansons empruntées au répertoire (Space Oddity de David Bowie, Jamming de Bob Marley & the Wailers…) et gardons de la partition les extraits, réunis par Alexandre Desplat sous forme de suite avec tambour japonais au sein de l’orchestre. Si la critique a été mitigée à l’égard de Valérian, regrettant notamment certaines ‑celles, des héros plus candides que juvéniles et un scénario « simpliste », on ne peut retirer au ‑lm de Luc Besson une réelle beauté esthétique. Et c’est bien à ce spectacle que participe la musique ; il y a dans la palette d’Alexandre Desplat autant de couleurs que dans la « beauté élancée et nacrée » des Pearls, et des effets de transparence dignes des extraordinaires métamorphoses de Bubble.         

Concert Alexandre Desplat "au-delà de l'image" par l'Orchestre national de France
L'intégrale du concert
Concert Alexandre Desplat "au-delà de l'image" par l'Orchestre national de France
Auditorium de la Maison de la Radio, Paris