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Sibelius : Symphonie n°6 en ré mineur op. 104

Durée : 32 minutes

Santtu-Matias Rouvali dirige l'Orchestre philharmonique de Radio France dans la Symphonie n°6 en ré mineur de Jean Sibelius.

Structure

  1. Allegro molto moderato

  2. Allegretto moderato

  3. Poco vivace

  4. Finale

De dix ans l’aîné de Ravel et de Schoenberg, Sibelius est le contemporain de Richard Strauss, de Dukas et de Nielsen. Musicien d’une inspiration grisante et austère à la fois, dénuée de tout pittoresque, il n’incarne pas un moment de l’histoire de la musique, mais plutôt une phase de l’intemporalité de l’art. Être moderne, il n’en avait cure, et aurait pu tranquillement affirmer, avec le philosophe Max Stirner : « Rien n’est pour moi au-dessus de moi. » C’est l’une des raisons pour lesquelles, sans aucun doute, il a été si longtemps et si souvent calomnié, par Adorno ou René Leibowitz, qui voyait en lui « le plus mauvais compositeur du monde », titre d’un article paru dans le journal Combat où il est question de « l’ignorance, l’incompétence et l’impotence » de « l’éternel vieillard ». Plus tard, dans L’Express, le même Leibowitz revint à la charge en affirmant que Sibelius « n’a écrit que de la musique sénile ».

Leibowitz devait sans doute être gâteux lorsqu’il fit ce commentaire. Une autre erreur serait de voir en Sibelius un compositeur nationaliste, lui qui, précisément, se moquait des contingences. Le fonds épique de la Finlande (le Kalevala) lui inspira ses premières grandes partitions (la symphonie Kullervo, les quatre poèmes symphoniques de la Suite de Lemminkainern), mais sans jamais commander le déroulement même de la musique. Comme l’écrit Marc Vignal, « l’inspiration “nationale” existe chez Sibelius, ne serait-ce que par les sujets de certaines de ses partitions à programme et par le fait qu’on retrouve souvent dans sa musique le rythme de la langue finnoise : accent sur la première syllabe des mots ou sur le début d’une phrase, le reste se déroulant alors plus vite, de façon plus égale et avec un bref sursaut terminal. Il faut donc tenir compte de ce nationalisme, mais sans le voir partout. (...) Debussy après tout ne respire pas qu’un parfum d’Île-de-France ! »

Pas davantage qu’il fut un compositeur historique, Sibelius ne fut un compositeur géographique. Timo Mäkinen explique ainsi que « Sibelius n’était pas un touriste qui se promène dans la nature. Il lui est arrivé de dire que la nature doit être dans l’âme de l’homme. » Si la musique de Sibelius est dépaysante, c’est avant tout grâce à l’invention même du compositeur qui, plutôt que de puiser dans un prétendu folklore national, se forgea une langue personnelle. « Tandis que les autres compositeurs vous apportent toutes sortes de cocktails, je vous sers, quant à moi, une eau froide et pure ! », prévenait-il. C’est à propos de la Sixième Symphonie, en particulier, que Sibelius aimait à parler d’« eau pure ». Car Sibelius fait partie des compositeurs qui eurent à cœur de défendre, au XXe  siècle, le genre de la symphonie. Et peut-être est-ce là une autre raison qui explique les reproches qu’on lui a faits.

Si l’on considère à part l’imposante symphonie de jeunesse Kullervo (1892) pour deux solistes, chœur d’hommes et orchestre, Sibelius a écrit, de 1898 à 1924, sept symphonies, et en a sans doute détruit une Huitième. Volontiers disert dans les deux premières, il tend par la suite vers la concision. Il se contente de trois mouvements dans les Troisième et Cinquième Symphonies, et conçoit la Septième d’un seul tenant.

La Sixième commence par une phrase lyrique des cordes et se poursuit par une espèce de galop à la fois subtil et effréné qui traverse tout l’orchestre. Le deuxième mouvement poursuit dans la même veine transparente, mais gagne peu à peu en inquiétude. Il précède un scherzo étincelant, abrupt, sans réplique possible, puis un finale qui renoue avec le lyrisme du début et s’achève dans une lumière douce.

Une anecdote raconte qu’un admirateur de Greta Garbo se trouvait dans une salle de concert, un étage au-dessus d’elle, un soir qu’on jouait la Sixième Symphonie de Sibelius. Il reconnut immédiatement le profil héraldique objet de son adoration, se précipita dans les foyers à l’entracte, retrouva Garbo, se fit refouler par un garde du corps. L’idole, alertée par le bruit, ordonna qu’on laissât le jeune homme approcher. Elle lui offrit un autographe, qu’il attendait, et un baiser sur le front, qu’il n’attendait pas.

Santtu-Matias Rouvali dirige l'Orchestre philharmonique de Radio France dans un programme réunissant Sibelius, Tchaïkovski et Bryce Dessner.
L'intégrale du concert
Concert Bryce Dessner / Santtu-Matias Rouvali
Grande salle Pierre Boulez-Philharmonie,Paris
Compositeur
Jean Sibelius
Jean Sibelius