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Honegger : Symphonie n°3 "Liturgique"

Durée : 32 minutes

Sous la direction de Mikko Franck, l'Orchestre philharmonique de Radio France joue la 3e symphonie "Liturgique" d'Arthur Honegger. extrait du concert donné le 4 octobre 2019 dans l'auditorium de la Maison de la Radio.

Citoyen de la neutre Confédération helvétique, Arthur Honegger passa l’essentiel de la Seconde Guerre mondiale à Paris, travaillant activement comme compositeur et comme critique musical pour le journal Comœdia, dans lequel Henri Collet avait immortalisé en 1920 l’expression « groupe des Six », et où la plume d’Honegger croisait celles de Colette, Giono, Montherlant, Cocteau, Valéry, Claudel, Sartre ou Jean-Louis Barrault. Un séjour officiel à Vienne en 1941 pour une semaine Mozart lui sera vivement reproché, et entraînera plus tard son éviction de la section musicale du Front national de lutte pour la libération et l’indépendance de la France (organisation résistante d’obédience communiste sans aucun rapport avec l’ultérieur Front national). La musique d’Honegger sera brièvement boycottée après la Libération, comme il le déplorera dans une lettre à Paul Claudel, le 29 décembre 1944 :

« Ma situation est assez comique. On ne veut pas me faire passer devant une commission d’épuration car on n’a paraît-il rien à me reprocher. Mais quelques collègues très bienveillants pensent que “dans mon intérêt il n’est pas souhaitable que l’on joue de ma musique en ce moment“ (sic). Je suis profondément touché de la sympathie que vous me témoignez, mon cher Maître, et je puis vous assurer qu’en mon âme et conscience je n’ai rien à me reprocher. C’est à la suite de mes articles de Comœdia que l’on est venu me demander de faire partie du Front national en 1941, il est donc peu logique de me les reprocher aujourd’hui. »

La réponse musicale d'Honegger à cette situation critique sera la Troisième Symphonie, dite « Liturgique » : « J’ai voulu symboliser la réaction de l’homme moderne contre la marée de barbarie, de stupidité, de souffrance, de machinisme, de bureaucratie qui nous assiège… J’ai figuré musicalement le combat qui se livre dans son cœur entre l’abandon aux forces aveugles qui l’enserrent et l’instinct du bonheur, l’amour de la paix, le sentiment du refuge divin.  » Les trois mouvements de cette partition font allusion à des prières chrétiennes dont Honegger évoque davantage l’esprit que la lettre : Dies irae (« Jour de colère », extrait du Requiem, la prière des morts), De Profundis clamavi (« Des profondeurs je t’appelle », premières paroles du Psaume 130) et Dona Nobis Pacem (« Donne nous la paix », extrait de l’Agnus Dei de la Messe).

La partition suscitera l’enthousiasme d’autres compositeurs aux esthétiques radicalement différentes comme Chostakovitch ou Bernd Alois Zimmermann. Le Russe en fera une transcription pour deux pianos, et l’Allemand écrira en avril 1947, pour le Journal de l’Université de Cologne, le compte rendu d’un concert de l’Orchestre Gürzenich dirigé par Günter Wand, au programme duquel figurait la symphonie : « Si l’on s’interroge sur le “tableau généalogique“ de cette œuvre stimulante et remarquable, c’est le génial Berlioz qu’il faut nommer comme son premier ancêtre spirituel. Ils sont parents par l’audace de l’imagination sonore et par la force sans concession de l’expression instrumentale, ainsi que par la sûreté instinctive de leur sens pour les innovations orchestrales. Ce que Honegger apporte comme nouvelle sonorité dans le concert des orchestrateurs est sans doute impensable sans Strauss et, avant tout, sans l’influence directe de Stravinski et de ce qui est d’après moi son œuvre la plus profondément personnelle, Le Sacre du printemps (1913) ! Les influences du jazz, qui pour Milhaud et Françaix représentent des étapes de développement si caractéristiques, jouent également un rôle non négligeable dans la formation du style, ce qui est particulièrement clair dans les premier et dernier mouvements de la Liturgique. Cependant, tout cela est secondaire face à l’affirmation individuelle du musical dans l’œuvre présentée. »

Le groupe des six, dessin
L'intégrale du concert
Honegger, Milhaud et Poulenc par l'Orchestre philharmonique de Radio France
Maison de la Radio, Paris
Compositeur
Arthur Honegger
Arthur Honegger