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Mieczyslaw Weinberg : Symphonie n°3 en si mineur op 45

Durée : 35 minutes

Mirga Gražinytė-Tyla et l'Orchestre Philharmonique de Radio France interprètent la Symphonie n°3 en si mineur op 45 de Mieczyslaw Weinberg. Concert donné sans public en direct de l'Auditorium de la Maison de la Radio et de la Musique à Paris, le 9 avril 2021.

Créée au Conservatoire de Moscou le 23 mars 1960 par l'Orchestre symphonique de la radio et télévision d'État d'URSS sous la direction d'Aleksandr Gauk.

Compositeur fécond, Weinberg a abordé tous les genres. Son catalogue compte vingtdeux symphonies, dix-sept quatuors à cordes, sept opéras, six concertos, une abondante  musique de chambre, de la musique de film, etc. Si son œuvre fut longtemps négligée, ce  n’est pas tant parce qu’il eut maille à partir avec le régime soviétique – il fut même emprisonné plusieurs mois en 1953, et ne fut libéré que grâce à l’intervention de Chostakovitch  – que parce qu’il se préoccupait peu de promouvoir sa musique. D’autres s’en chargèrent : il eut pour interprètes les plus grands artistes soviétiques, tels Emil Gilels, David  Oïstrakh, Mstislav Rostropovitch et bien d’autres. 

Bien qu’elle ait été la première de ses symphonies à être créée en public, la Symphonie  no 3 n’a été révélée au concert qu’onze ans après sa conception. Son histoire témoigne  des contraintes idéologiques qui pèsent sur la création artistique en URSS à partir de  1948, époque où la campagne anti-« formaliste » (c’est-à-dire antimoderniste) d’Andreï  Jdanov bat son plein. Les œuvres de Chostakovitch, de Prokofiev et de bien d’autres de  leurs confrères sont jugées trop complexes, insuffisamment édifiantes pour le peuple, sous  l’influence d’un art occidental décadent. Weinberg se vit contraint de se conformer aux  injonctions de composer une musique accessible et populaire. C’est ainsi que naquirent sa  Sinfonietta no  1, toute imprégnée de folklore, et sa Rhapsodie sur des thèmes moraves. À  cet égard, la Symphonie no  3 est son œuvre la plus importante de la fin des années 1940.  Elle combine aux accents du folklore slave d’indéniables ambitions formelles et expressives. Ce compromis fut difficile à mettre au point, comme en témoignent les révisions  successives dont elle fit l’objet. Acceptée en 1949 par le Glavrepertkom (comité principal  pour le contrôle du répertoire), elle fut remise sur le métier après sa présentation en 1950  à l’Union des compositeurs soviétiques, qui avait suscité certaines critiques. Finalement,  Weinberg renonça, peut-être sous la pression, à la faire exécuter en public, et ne la reprit  qu’en 1959, six ans après la mort de Staline, la remaniant profondément pour en donner  la version aujourd’hui connue. 

Si la Symphonie no  3 n’est sans doute pas aussi optimiste que pouvaient le souhaiter les  autorités soviétiques, elle séduit par son romantisme épique, par de splendides trouvailles  d’orchestration et par le caractère folklorique de son inspiration mélodique. Dans ses  quatre mouvements, on ne trouve pourtant que deux thèmes authentiquement populaires :  le troisième thème de l’Allegro initial, chanson biélorusse exposée d’abord aux violoncelles, et le second thème du festif Allegro giocoso, qui n’est autre que la chanson polonaise « Umarł Maciek » (« Maciek est mort »), objet d’éblouissantes variations. Les liens  qui unissent les principaux thèmes de la symphonie lui confèrent aussi une remarquable  unité. Le sombre Adagio, dominé par les cordes, est fondé sur le mystérieux thème de  11 coda du premier mouvement. Le finale, au ton guerrier, est le mouvement le plus proche  de l’esthétique chostakovienne. Son premier thème, au rythme implacable, est issu de la  chanson polonaise du deuxième mouvement et se voit opposer un second thème en forme  de valse grotesque qui reprend en le déformant le thème principal du premier mouvement,  lequel fait un retour grandiose à la fin de l’œuvre. 

Gilles Saint Arroman

Mirga Gražinytė-Tyla
L'intégrale du concert
Mirga Gražinytė-Tyla et Patricia Kopatchinskaja jouent Chostakovitch et Weinberg
Auditorium de la Maison de la Radio et de la Musique
Compositeur·rice
Mieczyslaw Weinberg
Mieczyslaw Weinberg