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George Onslow : Symphonie n°2 en ré mineur op.42

Durée : 29 minutes

Mikko Franck dirige l'Orchestre philharmonique de Radio France dans la Symphonie n°2 en ré mineur, op.42, de George Onslow. Extrait du concert enregistré mercredi 24 janvier 2018 en direct de l'Auditorium de la Maison de la Radio (Paris).

« Cet auteur (Beethoven), souvent bizarre et baroque, étincelle parfois de beautés extraordinaires. Tantôt il prend le vol majestueux de l’aigle, tantôt il rampe dans les sentiers rocailleux. Après avoir pénétré l’âme d’une douce mélancolie, il la déchire aussitôt par un amas d’accords barbares. Il me semble voir enfermés ensemble des colombes et des crocodiles. » (Giuseppe Maria Cambini (1811))

Né à Clermont-Ferrand d’un seigneur anglais et d’une mère française d’illustre lignée, George Onslow apparut au jeune Berlioz comme celui « qui, depuis la mort de Beethoven, tient le sceptre de la musique instrumentale ». Ainsi, alors qu’il semblait n’y avoir en France de salut que dans la composition lyrique, Onslow apporta la preuve du contraire au fil de trente-quatre quintettes, trente-six quatuors, vingt-sept compositions avec piano et seulement trois opéras. Il est vrai que sa fortune personnelle lui permettait de s’adonner à une activité aussi peu lucrative que la musique de chambre.

C’est pourtant lors d’une représentation de Stratonice de Méhul qu’il eut la révélation de sa vocation : « Je vis la musique avec d’autres yeux ; le voile qui m’en cachait les beautés se déchira ; elle devint la source de mes jouissances les plus intimes et la compagne fidèle de ma vie. » Excellent violoncelliste, il tenait volontiers sa partie dans ses propres œuvres, et peut-être l’origine de son inspiration fut-elle davantage liée à l’envie de jouer qu’à celle de se faire entendre. Un voyage en Allemagne dut contribuer à lui faire partager la conviction que seule la musique pure peut exprimer l’indicible. Quand, de retour en France, il se soucia d’étudier sérieusement la composition, le choix de Reicha put conforter une tendance naturelle à l’expression intimiste, sinon à l’introspection. À en croire Joseph d’Ortigue, sous le coup de la découverte des symphonies de Beethoven à la Société des concerts du conservatoire, Onslow « s’inclina devant la statue du musicien-poète, et puis partit pour sa solitude d’Auvergne et là, en écrivit deux ».

La première symphonie (créée le 10 avril 1831 au Conservatoire) laissa le public froid et la critique (Fétis et d’Ortigue) admira la réalisation en regrettant qu’elle étouffât les mélodies. La seconde, un an plus tard, pâtit de l’épidémie de choléra : exécution insuffisante, écoute distraite. Meilleur effet à Londres trois mois plus tard, à en juger par la dédicace ; enfin la reprise parisienne, le 28 avril 1833, vit l’opinion changer du tout au tout. À l’issue du concert, Cherubini, avare d’éloge, déclara au comte Murat : « Ma foi, il n’y a aujourd’hui en Europe, qu’Onslow qui puisse faire aussi beau que cela ! » Puis, écrit Halévy, « frappé par l’élégance d’un passage où les instruments dialoguaient avec une grâce correcte et ingénieuse », il prit la partition restée sur le pupitre du chef, détacha la feuille où se trouvait ce passage, remonta dans ses appartements et la recopia. Gardant l’original, il appela un de ses serviteurs : « Portez cette copie à M. Onslow, et dites-lui que depuis longtemps je désirais un autographe de lui. »

Impérieux, emporté, l’Allegro vivace ed energico empoigne l’auditeur par un motif nerveux des cordes dont le caractère rappellerait plutôt Weber, jusqu’à ce que le tournoiement d’une cellule de quatre notes évoque Coriolan. Le second thème offre le repos d’une mélodie ondulante au relatif majeur chantée par la clarinette puis par les violoncelles. Le développement et la réexposition cultivent des contrastes efficaces mais les bois solistes de la coda sont délicieux. Voix de la nature, les cors qui ouvrent l’espace, les pizzicatos légers comme une pluie d’été, confèrent à l’Andante grazioso con moto une couleur pastorale accordée à sa tonalité (fa majeur, relatif de ré mineur) que les trilles de flûte puis de hautbois confirmeront, sans démarquage, pourtant, de la Sixième de Beethoven.

Âpre, opposant les cordes aux bois, les bois entre eux, puis les cordes au tutti, le troisième mouvement retrouve la tonalité de ré mineur et n’a de Menuet que la structure (dramatisée par quelques aménagements) et la mesure à trois temps vifs… à moins qu’il s’agisse d’une danse infernale. Par un bel effet de contraste, le Trio central évoque quelque ronde agreste, insoucieuse des grondements ponctuels qui sonnent comme un rappel à l’ordre ; la conclusion précipitée a des allures de sauve-qui-peut.

Le Presto agitato final, qui avait la préférence de Fétis, est peut-être le plus remarquable avec son faux départ comme si les bois dialoguant sur fond de cordes impatientes, avaient d’abord modulé trop sagement pour que la forme sonate puisse se mettre en marche. La reprise variée, après un bref arrêt, sera la bonne et le second thème, à la clarinette, viendra à point nommé apporter un moment de détente.

Je crois qu’aussi longtemps qu’un Autrichien a sa bière brune et ses petites saucisses, il n’est pas près de se révolter. (Beethoven)

 L'Orchestre philharmonique de Radio France joue Onslow et Beethoven avec Elisabeth Leonskaja
L'intégrale du concert
L'Orchestre philharmonique de Radio France joue Onslow et Beethoven avec Elisabeth Leonskaja
Auditorium de la Maison de la Radio (Paris)
Compositeur
Georges Onslow