Concerts
Concert

Berlioz : Symphonie fantastique op. 14

Durée : 53 minutes

Sous la direction de Mikko Franck, l'Orchestre philharmonique de Radio France joue la "Symphonie fantastique" op. 14 d'Hector Berlioz. Concert donné en direct de l'Auditorium de la Maison de la Radio à Paris

Symphonie fantastique op. 14 ou Épisode de la vie d'un artiste, symphonie fantastique en cinq parties :
I. Rêveries - Passions
II. Un bal
III. Scène aux champs
IV. Marche au supplice
V. Songe d'une nuit du sabbat

La création de l’Épisode de la vie d’un artiste eut lieu le 5 décembre 1830, quelques jours avant le vingt-septième anniversaire de Berlioz, dans la mythique salle du Conservatoire de Paris (devenu aujourd’hui Conservatoire d’art dramatique), qui resta pour le compositeur, jusqu’à la fin de sa vie, un modèle en matière de proportions et de vertus acoustiques. L’expression « symphonie fantastique » n’était encore ce soir-là qu’un sous-titre inspiré d’E.T.A. Hoffmann, dont les Phantasiestücke avaient été baptisés en français Contes fantastiques. C’est au fil des années et des exécutions de l’ouvrage que le titre Symphonie fantastique s’imposa peu à peu, Berlioz réservant alors l’expression Épisode de la vie d’un artiste pour désigner l’ensemble composé par la symphonie suivie de son complément Le Retour à la vie (créé en 1832 à Paris, revu et corrigé à Weimar en 1855 sous le titre Lélio, ou le retour à la vie). Œuvre d’une première maturité, la Symphonie fantastique consacre la reconnaissance du compositeur : après des essais dans différents domaines (messe, opéra, ouverture, mélodie...), Berlioz vient de composer une œuvre dont il est particulièrement satisfait : les Huit Scènes de Faust (1828-1829). Mais son enthousiasme pour cette partition retombe vite et, « toujours sous l’influence du poème de Goethe », il entreprend la composition d’une « symphonie descriptive de Faust » qui illustre le « genre instrumental expressif ». Ce sera la Symphonie fantastique, qui permet au théâtre, même s’il s’agit d’un théâtre imaginaire, de faire irruption dans le concert : « Nous allons monter la symphonie comme on fait pour un grand opéra », écrit Berlioz. 

Les influences poétiques (Chateaubriand, Thomas de Quincey, Hugo) et musicales (Lesueur, Weber, Beethoven) dont s’est nourrie la Symphonie fantastique sont célèbres. De même, on a beaucoup écrit sur les amours malheureuses de Berlioz (avec la comédienne Harriet Smithson, venue jouée Shakespeare à Paris en 1827 et qui deviendra madame Berlioz en 1833, puis avec la pianiste Camille Moke) et sur la manière dont elles se sont métamorphosées, dans l’imagination du musicien, en une idée fixe, mélodie qui figure la femme aimée, parcourt la symphonie tout entière et en perturbe le développement.  

De fait, le début de chacun des cinq mouvements de la symphonie est un lever de rideau sonore, chaque thème est une apparition, et la partition tout entière est le roman musical des passions de Berlioz. Elle en étonna et en chavira plus d’un par l’ampleur de sa forme, par le jaillissement de ses idées mélodiques et rythmiques, par l’éclat de ses couleurs orchestrales qui, comme toujours chez Berlioz, sont un élément de structure à part entière et non un quelconque prétexte décoratif : les harpes du « Bal », le cor anglais de la « Scène aux champs » ou les cloches du finale font partie de l’étoffe même de la musique. 

La Symphonie fantastique est une œuvre qui, au-delà de ses références poétiques et autobiographiques, inaugure un monde nouveau en musique. Elle marque une date dans l’histoire de la symphonie : jamais on n’avait osé écrire une partition d’une telle audace formelle, servie par un orchestre à ce point virtuose. Jamais non plus on n'avait atteint un pareil degré d’évocation poétique dans le cadre de la musique instrumentale. Car l’argument romanesque ici ne prime pas : c’est l’invention perpétuelle de la musique qui fait la nostalgie et l’ardeur d’une musique qui est celle d’une éternelle adolescence. 

La partition subira cependant plus d’une modification : Berlioz réécrira par exemple entièrement la « Scène aux champs » lors de son voyage en Italie, et ne cessera jamais, jusqu’à la publication de l ’œuvre en 1845, de la raffiner dans le détail au fil de ses concerts.

PROGRAMME (version de 1855) On citera ici le programme écrit de la main de Berlioz. Ce texte connut, depuis la création de la symphonie en 1830, différentes moutures ; dans celle que nous donnons, définitive, le héros s’empoisonne dès avant le début de l’œuvre (alors qu’il ne le faisait, en 1830, qu’entre les troisième et quatrième mouvements). 

« Un jeune musicien d’une sensibilité maladive et d’une imagination ardente, s’empoisonne avec de l’opium dans un accès de désespoir amoureux. La dose de narcotique, trop faible pour lui donner la mort, le plonge dans un lourd sommeil accompagné des plus étranges visions, pendant lequel ses sensations, ses sentiments, ses souvenirs se traduisent dans son cerveau malade, en pensées et en images musicales. La femme aimée, elle-même, est devenue pour lui une mélodie et comme une idée fixe qu’il retrouve et qu’il entend partout

1e  partie : Rêveries - Passions. Il se rappelle d’abord ce malaise de l’âme, ce vague des passions, ces mélancolies, ces joies sans sujet qu’il éprouva avant d’avoir vu celle qu’il aime ; puis l’amour volcanique qu’elle lui inspira subitement, ses délirantes angoisses, ses jalouses fureurs, ses retours de tendresse, ses consolations religieuses

2e  partie : Un Bal. Il retrouve l’aimée dans un bal au milieu du tumulte d’une fête brillante

3e  partie : Scène aux champs. Un soir d’été à la campagne, il entend deux pâtres qui dialoguent un ranz des vaches ; ce duo pastoral, le lieu de la scène, le léger bruissement des arbres doucement agités par le vent, quelques motifs d’espoir qu’il a conçus depuis peu, tout concourt à rendre à son cœur un calme inaccoutumé, à donner à ses idées une couleur plus riante ; mais elle apparaît de nouveau, son cœur se serre, de douloureux pressentiments l’agitent, si elle le trompait... L’un des pâtres reprend sa naïve mélodie, l’autre ne répond plus. Le soleil se couche... bruit éloigné du tonnerre... solitude... silence... 

4e  partie : Marche au supplice. Il rêve qu’il a tué celle qu’il aimait, qu’il est condamné à mort, conduit au supplice. Le cortège s’avance, au son d’une marche tantôt sombre et farouche, tantôt brillante et solennelle, dans laquelle un bruit sourd de pas graves succède sans transition aux éclats les plus bruyants. À la fin, l’idée fixe reparaît un instant comme une dernière pensée d’amour interrompue par le coup fatal. 

5e  partie : Songe d’une nuit de sabbat. Il se voit au sabbat, au milieu d’une troupe affreuse d’ombres, de sorciers, de monstres de toute espèce réunis pour ses funérailles. Bruits étranges, gémissements, éclats de rire, cris lointains auxquels d’autres cris semblent répondre. La mélodie-aimée reparaît encore ; mais elle a perdu son caractère de noblesse et de timidité ; ce n’est plus qu’un air de danse ignoble, trivial et grotesque ; c’est elle qui vient au sabbat... Rugissements de joie à son arrivée... Elle se mêle à l’orgie diabolique... Glas funèbre, parodie burlesque du Dies irae. Ronde du sabbat. La ronde du sabbat et le Dies irae ensemble.»

Sibelius et Berlioz par Hilary Hahn et l'Orchestre Philharmonique de Radio France, dirigé par Mikko Franck
L'intégrale du concert
Sibelius et Berlioz par Hilary Hahn et l'Orchestre Philharmonique de Radio France, dirigé par Mikko Franck
Maison de la Radio, Paris
Compositeur
Hector Berlioz
Hector Berlioz