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Carl Philipp Emanuel Bach : Symphonie en sol majeur

Durée : 10 minutes

Sous la direction de François-Xavier Roth, l'Orchestre national de France joue la Symphonie en sol majeur de Carl Philipp Emanuel Bach.

Exact contemporain de Gluck, Carl Philip Emanuel Bach est le deuxième fils du grand Johann Sebastian et de sa première femme Maria Barbara – entendons par là : le deuxième fils ayant survécu, après Wilhelm Friedemann (né en 1710). Il fut pendant trente ans claveciniste à la cour de Frédéric le Grand avant de prendre la succession de Telemann (son parrain) en tant que director musices à Hambourg. Musicien fêté, il fut reconnu aussi bien par Mozart que par le jeune Beethoven ; « Emanuel Bach est le père, nous sommes ses enfants », disait Haydn.

Compositeur prolixe, Carl Philip Emanuel Bach illustra tous les genres, de la cantate à la musique pour clavier. Il est l’auteur également de dix-neuf symphonies : un ensemble de neuf premières symphonies (H 648 à 656) composées de 1742 à 1762 à Berlin, puis six symphonies pour cordes seules composées à Hambourg en 1773 pour le baron Gottfried van Swieten, ambassadeur d’Autriche à Berlin ; quatre dernières symphonies, enfin, datées de 1775-1776.

« Il faut jouer avec âme et non comme un oiseau bien dressé », affirmait Carl Philipp Emanuel. Sa musique elle-même fait la part belle à la sensibilité, à une époque où on n’exigeait pas de la musique instrumentale qu’elle fût mise au service des passions. On connaît le mot attribué à Fontenelle : « Sonate, que me veux-tu ? » (c’est-à-dire, toi qui n’accompagnes pas la danse, qui ne contiens aucune parole, comment peux-tu prétendre m’émouvoir ?), et c’est à Beethoven que l’on attribue souvent l’invention de ce que Berlioz appelle « le genre instrumental expressif ».

« Expérimentales et surprenantes » sont les symphonies de Carl Philipp Emanuel Bach, écrit Marc Vignal. On apprécie, ajoute-t-il, « aussi bien la fougue, les excentricités et les contrastes de ces œuvres que leur souplesse et leur clarté d’écriture ». Mais le XVIIIe siècle tout entier est celui de l’instabilité, de l’impatience et de l’expérimentation, et on ne s’étonnera pas que Carl Philipp Emanuel ne se soit pas contenté d’illustrer des formes. Ainsi, dans ses symphonies, il « exprime avec un minimum de moyens (orchestre à cordes et basse continue) et un maximum d’acuité l’originalité de son style, synthèse tourmentée de l’Empfindsamkeit et du Sturm und Drang.* La musique y est d’une densité presque abrupte : mouvements brefs, rythmique tendue, contrastes explosifs, discours haletant, harmonie incertaine », explique Jean-Luc Macia.

La Symphonie en sol majeur H 657 est la première de celles qui furent composées pour le baron van Swieten. L’énergie des tutti, les contrastes dynamiques, les modulations imprévues vont de pair avec une coupe en trois mouvements d’où le menuet est banni : Carl Philipp Emanuel comparait en effet les menuets à des mouches sur le visage d’un homme : « Ils donnent à la musique une apparence efféminée et rompent la virile impression causée par la suite ininterrompue de trois mouvements sérieux. » L’élan du premier Allegro, très contrasté du début à la fin, s’éteint dans un decrescendo imprévu. Le Poco adagio, plus lyrique, s’enchaîne à un Presto final en forme de variations qui conduisent à un crescendo sans réplique possible.

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