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Beethoven : Sonate pour piano n°29 en Si bémol Majeur op 106 "Hammerklavier"

François-Frédéric Guy joue la Sonate pour piano n°29 en Si bémol Majeur op 106 "Hammerklavier" composée par Beethoven en 1817-1818.

Si Beethoven amorce sa renaissance avec la Sonate n° 28 op. 101, après deux années de quasi-stérilité créatrice, il entre de plein pied dans son style tardif avec cette « Hammerklavier » : « l’œuvre de tous les superlatifs, la plus longue, la plus complexe », souligne François-Frédéric Guy.

Pour autant, Beethoven ne remet pas fondamentalement en question les structures traditionnelles (dans ce domaine, il s’était montré plus audacieux dans l’opus 101 et le sera de nouveau avec les opus 109, 110 et 111). Il revient à la forme en quatre mouvements qu’il avait abandonnée depuis la Sonate n° 18 de 1802 et note ses indications de tempo et d’expression en italien. Comme le souligne le musicologue Charles Rosen, la Sonate n° 29 « semble plus audacieuse à cause de la brutalité avec laquelle Beethoven force la tradition à se plier à sa volonté. […] En amplifiant des procédés éprouvés comme personne n’avait jamais imaginé que ce fût possible, il effectue la synthèse de toute son expérience musicale et de toutes les innovations qu’il avait pu apporter en trois décennies. »

Le premier mouvement produit d’emblée un effet de sidération : aucun compositeur n’avait osé commencer avec une telle déflagration sonore. Cette démonstration de puissance tend à occulter les passages tintinnabulant que contient aussi cet Allegro de forme sonate. Le contrepoint occupe déjà une place significative, comme pour préparer au finale.

Avec ses rythmes pointés, le Scherzo sonne comme une rémanence du style héroïque de la décennie précédente. Il comporte deux trios joués successivement : le premier fondé presque uniquement sur les notes de l’accord de si bémol mineur ; le second à deux temps, caractérisé par un crescendo et une hargne croissante.

Beethoven élabore une architecture qu’il reprendra dans sa Symphonie n° 9 : il commence par deux mouvements rapides, auxquels succède un très long Adagio, introspectif, sans conflit. En outre, il demande de jouer de nombreux passages avec l’una corda. L’emploi de la sourdine diminue l’intensité, mais modifie également le timbre en étouffant la sonorité, surtout sur un pianoforte du XIXe  siècle. Charles Rosen note que « le style de l’ornementation vient fondamentalement de l’opéra, mais [que] la sonate offre à Beethoven une intimité impossible à la scène ».

Un épisode Largo de caractère improvisé introduit la « Fuga a tre voci con alcune licenze » (« Fugue à trois voix avec quelques licences »). Mais les irrégularités ne concernent pas tant les règles de contrepoint que le rôle même de la fugue. Celle-ci donne la sensation d’un discours agressif, souvent déchiqueté, émaillé également d’épisodes lyriques. On sait que Beethoven, à l’orée des années 1820, se plonge dans la musique de Palestrina, Bach et Haendel. Mais s’il s’en inspire, c’est pour inventer des effets inédits. Dans le finale de la « Hammerklavier », on entend un contrepoint de sonorités plus que de lignes mélodiques (des idées exploitées de nouveau dans le dernier mouvement du Quatuor à cordes n° 13 op. 130, dit la Grande Fugue, en 1825). Au XIXe  siècle, cette façon de traiter le piano a désarçonné bien des musiciens. Beethoven aurait affirmé à l’éditeur Artaria : « Voilà une sonate qui donnera du fil à retordre aux pianistes, quand on la jouera dans cinquante ans. » Il ne croyait pas si bien dire : plus de deux siècles après sa composition, la Sonate « Hammerklavier » reste un défi pour les interprètes les plus valeureux.

Structure

  1. Allegro
  2. Scherzo. Assai vivace
  3. Adagio sostenuto. Appassionato e con molto sentimento
  4. Largo - Allegro risoluto
Maroussia Gentet
L'intégrale du concert
Maroussia Gentet et François-Frédéric Guy jouent les sonates n°1, 9, 10, 22, 13, 15 et 29 de Beethoven
Maison de la Radio,Paris