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Tchaïkovski : Sonate pour piano n°1 en Sol Majeur op 37

38 min
Tchaïkovski : Sonate pour piano n°1 en Sol Majeur op 37

La Grande Sonate de Tchaïkovski interprétée par Vadym Kholodenko. Enregistré le 30 novembre 2018, Salle Gaveau à Paris.

C'est lors d'un voyage en Suisse au printemps 1878, que Tchaïkovski compose une sonate pour piano qu’il achève en Ukraine, et qui sera la dernière (il n’écrira plus sous cette forme ensuite). C’est la seconde qu’il ait composé, la première étant davantage une étude de jeunesse. C’est donc une nouvelle œuvre qu’il veut plus ambitieuse que Nikolaï Rubinstein créera un an plus tard, à la grande satisfaction du compositeur, qui écrit à son amie et mécène la baronne von Meck : « J’ai été émerveillé par la force et la qualité artistique avec lesquelles Rubinstein a exécuté cette œuvre quelque peu sèche et complexe ».

Sèche, complexe, peu connue, cette sonate est aussi très marquée par les influences de Schumann ou de Chopin, c'est certainement l'oeuvre pour piano la plus ambitieuse et la plus virtuose du compositeur. Elle vaut pour sa qualité de confession autobio-graphique. Elle a été écrite à la même époque que la Quatrièmesymphonie et l’opéra Eugène Onéguine, et elle partage le caractère dramatique et le sombre pessimisme de ces deux œuvres, et reflète comme elles la crise que venait de vivre le compositeur  avec son mariage raté et le terme rapide qu’il avait dû y mettre. 

C’est une page sincère, contrairement à ce que pourraient faire croire certains accents de sentimentalité vulgaire dans le final. Le premier mouvement oppose un thème de marche héroïque (dans le mode majeur) à un thème angoissé et haletant (dans le mode mineur) ; le dernier mot reste à la marche dans une conclusion triomphale. Le mouvement lent est une sombre élégie, un moment interrompue par un interlude innocent et joyeux qui revient dans l’épilogue. Le scherzo est sans doute le plus réussi des quatre morceaux ; c’est un mouvement perpétuel volubile, preste et ailé (on pense à Mendelssohn), dont les sections syncopés et fantasques évoquent Schumann. Une semblable  volubilité anime les arpèges de l’exubérant refrain du rondo final ; si le premier épisode possède un caractère russe inimitable conciliant danse rustique et choral religieux, le second prend ses quartiers dans les faubourgs populaires avec ses inflexions  vulgaires et d’une sentimentalité facile. C’est à lui que revient de conclure, dans un retour d’abord triomphant sur une pédale de tonique puis transfiguré par un paisible decrescendo, jusqu’aux éclatants accords conclusifs. 

Cette œuvre inégale mais attachante a été abusivement décriée par les critiques et les historiens. De grands interprètes se sont cependant employés à la tirer de l’oubli grâce au disque : au premier chef Sviatoslav Richter et Jean-Bernard Pommier.  

Le pianiste Vadym Kholodenko
L'intégrale du concert
Grand Piano Russe par Vadym Kholodenko
Salle Gaveau, Paris