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Beethoven : Sonate pour piano n°1 en fa mineur op 2 n°1

Durée : 16 minutes

François-Frédéric Guy joue la Sonate pour piano n°1 en fa mineur op 2 n°1 composée par Beethoven en 1793-1795.

Beethoven amorce la composition de ses trois Sonates pour piano op. 2 pendant la période de ses études avec Haydn. Avec ce premier recueil, il affirme d’emblée de hautes ambitions. Aux trois mouvements en vigueur à l’époque, il ajoute soit un menuet, soit un scherzo : une coupe en quatre volets modelée sur le schéma du quatuor à cordes ou de la symphonie. Témoignant d’une maîtrise de la construction formelle acquise auprès de Haydn, auquel il dédie cet opus 2, il alterne entre la fougue et la rêverie, la solennité et la plaisanterie, comme s’il voulait prouver son aptitude à traduire une large palette de sentiments.

Le choix du ton de fa mineur, en tête du volume, a valeur de manifeste. En un temps où le mode majeur prédomine largement, cette tonalité (« la plus pathétique de toutes », estime André-Modeste Grétry en 1797) écarte la dimension de divertissement auquel est associée la sonate classique. La présence du mode majeur pour le second thème des premier et dernier mouvements, comme tonalité principale de l’Adagio et du trio du Menuetto, n’écarte que momentanément la sombre fièvre qui sous-tend la sonate. De plus, tous les mouvements sont en fa, une unité tonale inhabituelle dans ce genre instrumental. L’entame de l’Allegro initial, avec son arpège ascendant, se souvient de la Sonate en ut mineur K 457 et du finale de la Symphonie n° 40 en sol mineur de Mozart (1784 et 1788). Mais Beethoven déploie davantage de violence. Il multiplie les contrastes et les sforzandos (« en renforçant le son ») sur des notes syncopées, ajoute des harmonies minorisées dans les passages en majeur pour ne pas laisser retomber la tension. Des quatre mouvements, l’Adagio est le plus enraciné dans le XVIIIe  siècle (son élégant cantabile rappelle Mozart). D’ailleurs, il reprend un thème issu du Quatuor avec piano en ut majeur WoO 36 n° 3 que Beethoven adolescent avait composé en 1785. Après un menuet émaillé de gestes abrupts, le finale constitue le sommet d’intensité de la partition. Dans un tempo prestissimo (indication rarement utilisée), fondé sur des accords martelés et des motifs tournoyants, il reste en fa mineur, alors que les œuvres de la fin du XVIIIe siècle s’achèvent en grande majorité avec un mouvement en majeur, clair et léger. En déplaçant le centre de gravité vers la fin de la partition, Beethoven bouleverse la dialectique du style classique et découvre de nouvelles potentialités au genre de la sonate.

Structure

  1. Allegro
  2. Adagio
  3. Menuetto. Allegretto
  4. Prestissimo
Maroussia Gentet
L'intégrale du concert
Maroussia Gentet et François-Frédéric Guy jouent les sonates n°1, 9, 10, 22, 13, 15 et 29 de Beethoven
Maison de la Radio,Paris