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Piazzolla : Sinfonia Buenos Aires op.15

Durée : 25 minutes

L'Orchestre philharmonique de Radio France joue, sous la direction de Leonardo Garcia Alarcon, la Sinfonia Buenos Aires composée par Astor Piazzolla.

Structure

  1. Moderato - Allegretto
  2. Lento, con anima
  3. Presto marcato

La Sinfonía Buenos Aires ferme la première période du compositeur. À tous égards, puisqu’elle permit à Piazzolla de remporter un concours, dont le prix était une bourse pour… étudier à Paris ! Cette symphonie représente aussi un sommet dans la carrière du musicien, fruit de dix années d’élaboration, où l’esthétique propre au tango se voit élargie à de nouvelles dimensions. À tel point que sa création dans la ville à laquelle la symphonie est dédiée, provoqua un scandale mémorable qui vit l’affrontement entre partisans du tango orthodoxe et jeunes loups aux oreilles plus ouvertes. Sevitzky, qui dirigeait le concert, eut ces mots à l’adresse du compositeur : « Il en est arrivé de même à Ravel pour la création de son Boléro et à Stravinsky pour son Sacre du printemps. Considérez-vous comme un musicien fortuné. »

La symphonie ajoute à la formation habituelle d’un orchestre, deux bandonéons. Dans la version d’origine toutefois, mais remplacés dans des versions ultérieures du compositeur par un quatuor de cordes au deuxième mouvement et un septuor de bois pour le troisième mouvement. Le premier mouvement attaque par de grands accords à tout l’orchestre. Puis c’est la dilution dans des sautes rythmiques, dansantes, de texture de tango. Le tango se prolonge à l’orchestre, ponctué de grands éclats symphoniques. Stravinsky n’est pas loin, celui de Circus Polka. Le bandonéon fait une halte, ainsi qu’un soliste éphémère de concerto. Le rythme chaloupé reprend, mais comme une évocation de loin en loin, entrecoupée de phrases des bois ou de déchirements de l’orchestre.

Ceux-ci finissent par tout emplir, avec quelques cruautés harmoniques, jusqu’à la coda finale. La douceur prend place au début du deuxième mouvement, en une cantilène des bois empreinte de rêverie, que colore un bandonéon fugace. La mélodie se poursuit, toujours douce, dans des développements inattendus. Irruption du rythme tanguero, allant s’amplifiant puis s’éteignant. Succède l’emportement tourbillonnant de l’orchestre. Retour au calme et à la plénitude où le bandonéon ajoute sa note de nostalgie, pour une fin apaisée en quelques touches évanouies. 

La fulgurance revient au troisième mouvement, que marquent des percussions sauvages et des fusées de cordes excitées. Les rythmes de tangage, propres au tango, prennent un caractère acerbe, barbare, où percent des souvenirs du Sacre du printemps. Un chant mélancolique du violon fait repos, sur un fond d’orchestre assagi et diaphane. Puis l’éclat reprend, dans la matière de la première partie du mouvement. Un fugato excité des cordes se mêle de souvenirs tangués. Puis tout se précipite, dans une danse infernale achevée brusquement.

11 mars 2021, l'OPRF direction Leonardo García Alarcón, William Sabatier, bandonéon & Lysandre Donoso, bandonéon (g. à d.)
L'intégrale du concert
Concert Astor Piazzolla par Richard Galliano et Leonardo García Alarcón
Auditorium de la Maison de la Radio
Compositeur·rice
Astor Piazzolla
Astor Piazzolla