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Scriabine : Poème de l'extase op. 54

Durée : 21 minutes

L'Orchestre national de France joue, sous la direction de Cristian Macelaru, le Poème de l'extase composé par Alexandre Scriabine. Extrait du concert donné le 26 novembre 2021 à la Philharmonie de Paris.

Scriabine titra « Poème » nombre de ses oeuvres (pièces pour piano, Symphonie n° 3 sous-titrée « Divin poème », Prométhée ou « Le Poème du feu ») sans toujours s’inspirer d’un substrat littéraire. Mais il accompagna le Poème de l’extase de 369 vers de sa propre plume, publiés dès 1906. « L’esprit, / Porté par les ailes de la soif de vie / S’élance en un vol audacieux / Dans les hauteurs de la négation. » Ainsi commence ce long programme, dont quatre vers seront placés en exergue de la Sonate pour piano n° 5.

Scriabine souscrit à l’idéal des symbolistes, soucieux d’établir des correspondances entre les arts. Il est aussi marqué par la théosophie, doctrine mystique qui s’enracine dans les religions orientales, la philosophie et les mythes grecs. Boris de Schloezer remarquait que, pour de nombreux artistes russes du début du XXe siècle, l’art « est une forme supérieure de connaissance, une intuition analogue à celle des mystiques, la promesse de révéler la réalité authentique et de conduire à un monde transcendental, à la divinité ». Mais Scriabine associe souvent l’extase de la création artistique à l’érotisme. Il avait initialement titré Poème orgiaque son Poème de l’extase, qu’il qualifiait de « monologue avec les quatre couleurs les plus divines : délice, langueur, ivresse, volupté ». Les nombreuses indications en italien et en français qui jalonnent la partition révèlent la succession des états émotionnels : « languido », « soavamente », « avec une noble et douce majesté », « avec délice », « très parfumé », avec une ivresse toujours croissante », « presque en délire », « tragico », « tempestoso », « avec une noble et joyeuse émotion », « avec une volupté de plus en plus extatique ».

La nouveauté et la complexité de l’écriture entraînèrent l’annulation de la création, prévue le 16 février 1908 à Saint-Pétersbourg. Le Poème fut dévoilé à New York sous la baguette de Modest Altschuler, autre Russe émigré aux États-Unis, dont Scriabine avait fait la connaissance pendant ses études (c’est ce même chef qui l’avait invité à donner des concerts en Amérique, en 1906-1907). Considérable, l’effectif orchestral requiert même un orgue. La multiplicité des éléments thématiques, la densité de leurs enchevêtrements et la singularité du langage harmonique avaient de quoi déconcerter les premiers interprètes de cette partition en un seul tenant. Après avoir projeté une symphonie en quatre mouvements, le compositeur opta pour une structure unitaire, utilisée également dans ses Sonates pour piano à partir de cette époque, et dans son futur Prométhée.

La section initiale, Andante languido, expose plusieurs motifs, parmi lesquels se distinguent la souple mélodie de la flûte dans les premières mesures, et le vigoureux thème de la trompette à jouer imperioso. Ces éléments associent chromatisme et grands intervalles. 9 Une caractéristique qu’ils partagent avec les thèmes de l’Allegro, notamment celui de la flûte qui ouvre cette partie rapide, et dont dérive ensuite le principal motif de la partition : « Avec une noble et douce majesté », deux trompettes énoncent la ligne mélodique à l’élan conquérant. Le déploiement des éléments thématiques sur des tenues dans le grave produit la sensation d’une large surface animée de chatoyants miroitements. « Moi, instant éternellement brillant, / Moi, l’affirmation, / Moi, l’extase » : bien que Scriabine n’ait pas cherché à illustrer son poème pas à pas, la conclusion de la partition semble transposer ces vers. Dans un ut majeur incandescent, les huit cors, la trompette solo et l’orgue clament le triomphe du thème principal, qui résonne encore aux cordes et aux bois lors des ultimes mesures.

Sol Gabetta joue Saint-Saëns avec l'Orchestre national de France
L'intégrale du concert
Sol Gabetta joue les Concertos pour violoncelle n°1&2 de Camille Saint-Saëns
Grande salle Pierre Boulez-Philharmonie,Paris
Compositeur·rice
Alexandre Scriabine
Alexandre Scriabine