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Giacinto Scelsi : Rotativa, pour 2 pianistes et 12 percussionnistes

Durée : 7 minutes

Catherine Cournot et Franz Michel (piano) jouent avec les percussionnistes de l'Orchestre national de France et de l'Orchestre philharmonique de Radio France "Rotativa", de Giacinto Scelsi.

« Il faut rompre à tout prix ce cercle restreint de sons purs et conquérir la variété infinie des sons-bruits », s’exclame Luigi Russolo en 1913 dans L’Art des bruits. Prônant l’entrée de la machine au cœur du processus musical, l’auteur du manifeste imagine un nouvel instrumentarium, larges pavillons tournés vers le public comme autant de canons menaçants. Aux grandes symphonies beethovéniennes, le compositeur préfère la combinaison des « bruits de tramways, d’autos, de voitures et de foules criardes » ; quelques années plus tard, la rotative de Giacinto Scelsi satisfait son souhait futuriste. Bien que les percussions soient encore attachées au vieil orchestre, le cri politique et populaire de la presse, le bruit de la mécanique et du moteur vibrant annoncent la fin de la forme classique en aspirant à la vitesse et à l’énergie de la Pacific 231 de Honegger, des Fonderies d’acier de Mossolov et de la Danse mécanique de Pratella, dont Scelsi se rappelle une figure rythmique. Et pourtant, la machine n’est qu’un prétexte. L’accélération et le crescendo servent plutôt la danse, celle des corps plutôt que celle des rouages, des cylindres et des bobines. Plus tard, Scelsi confiera que le titre imaginé de prime abord était Coïtus mechanicus ; mais faut-il vraiment le croire ? « C’était comme une blague, que voulez-vous… »

En 1930, Scelsi est encore inconnu du grand public. Après une première pièce pour violon et piano, Chemins du cœur, sa nouvelle œuvre lui pose plus de problème. Il la soumet à son professeur particulier, Giacinto Sallustio, un élève de Respighi. Indirect disciple de celui qui a utilisé les chants d’oiseaux et l’enregistrement au sein de l’orchestre, il conçoit une première version symphonique, soumise à Pierre Monteux qui la fait entendre à Paris, Salle Pleyel. Malgré un accueil favorable, Scelsi n’est pas satisfait, s’interroge notamment sur la fin possible de ce mouvement obsédant. Peu à peu, son ouvrage se destine à de nouvelles formations, pour trois pianos et ensemble instrumental, pour deux pianos et percussions, pour deux pianos seulement, pour piano solo. La version pour deux pianos et percussions est mise de côté par l’éditeur car considérée par l’auteur comme non définitive. Si séduisante avec ses effets de superposition, ses rythmes à contretemps et ses changements de mesure, elle profite de la diversité des timbres au moment où Edgard Varèse lui-même pense à Ionisation.

Le temps retrouvé : Pascal Rophé dirige Varèse, Schoeller, Scelsi et Maresz
L'intégrale du concert
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Maison de la Radio,Paris
Compositeur
Giacinto Scelsi
Giacinto Scelsi