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Ravel : Ma mère l'Oye

Durée : 27 minutes

L'Orchestre philharmonique de Radio France joue, sous la direction de George Benjamin, Ma Mère l'Oye de Ravel. Extrait du concert donné le 10 décembre 2021 à l'auditorium de la Maison de la Radio et de la Musique.

Ballet en un acte, cinq tableaux et une apothéose

  1. Prélude (Très lent)
  2. Tableau I : Danse du rouet et Scène (Allegro)
  3. Tableau II : Pavane de la Belle au bois dormant
    (Lent - Allegro - Mouvement de Valse modéré)
  4. Interlude
  5. Tableau III : Les Entretiens de la Belle et de la Bête
    (Mouvement de Valse modéré)
  6. Interlude
  7. Tableau IV : Petit Poucet (Très modéré)
  8. Interlude
  9. Tableau V : Laideronnette, Impératrice des Pagodes
    (Mouvement de marche - Allegro - Très modéré)
  10. Interlude
  11. Apothéose : Le Jardin féerique (Lent et grave)

En 1908, Ravel compose une suite de cinq pièces pour Jean et Marie (Mimi), les enfants de ses amis Ida et Cipa Gebedski, dont il s’occupe comme en parrain. « Le dessein d’évoquer dans ces pièces la poésie de l’enfance m’a naturellement conduit à simplifier ma manière et à dépouiller mon écriture », écrit-il dans une Esquisse autobiographique. Cette version originale de Ma Mère l’Oye, pour piano à quatre mains, est créée Salle Gaveau, le 20 avril 1910, par Jeanne Leleu et Geneviève Durony, alors âgées respectivement de onze et de quatorze ans.

« Quelque chose d’exquis dont nous resterons d’autant plus touchés que ce sont de vrais gosses qui nous les auront jouées. Comme quatre araignées roses aux pattes déliées, les quatre menottes se promènent sur le clavier », note la poétesse, romancière et sculptrice Lucie Delarue-Mardrus. Ravel lui-même prendra la plume pour remercier Jeanne Leleu de cette « exécution enfantine et spirituelle », avant d’orchestrer sa suite, puis d’en faire un ballet, d’après Charles Perrault (La Belle au bois dormant et Le Petit Poucet, 1697), Marie-Catherine d’Aulnoy (Le Serpentin vert, 1698) et Jean-Marie Leprince de Beaumont (La Belle et la Bête, 1756).

Le ballet augmente la partition pour piano : il lui adjoint un prélude énigmatique, un nouvel épisode (la « Danse du rouet »), ainsi que des interludes, et déplace « Les entretiens de la Belle et de la Bête ». « J’ai ajouté quelques danses, et le tout est relié par  un argument, facile sans doute, mais suffisant pour qu’on comprenne mes intentions. La principe Florine danse, se pique et s’endort, une fée rend plus agréable son sommeil en lui suscitant de jolis rêves. Le prince charmant la vient réveiller et la conduit dans le jardin féérique », résume Ravel, satisfait de la création de sa « petite fantaisie » : « Tous mes interprètes, grands et petits enfants, ont apporté à leurs rôles, même modestes, une conscience artistique qui m’a ravi et profondément touché. »

Une extraordinaire invention de timbres se manifeste ici, de la clarinette de la Belle au contrebasson de la Bête, des subtiles divisions des cordes aux vents virtuoses imitant parfois les oiseaux, d’une cadence de harpe avec célesta aux appels des cors, dans un orchestre pourtant réduit. Au sujet de la « Pavane de la Belle au bois dormant », Ravel expliquait que la doublure du thème de la flûte par le cor et les pizzicati d’altos constitue une gageure : « Ils donneront les mêmes notes, mais j’introduis une nuance piano et le cor va protéger de son ombre sonore ces pizzicati d’altos. On va dès lors entendre autre chose que le cor, mais on ne saura pas ce que c’est. Voilà : orchestrer, c’est cela. » Une telle invention orchestrale se déploie dans des genres séculaires revisités (la pavane, la valse ou la marche) et traversé de thèmes qui évoquent Moussorgski ou se revendiquent d’un modèle de Java. De l’enfance, Ravel partage ainsi l’exultation, l’apothéose. Et, à la mesure de cette joie, la peine qui l’aura précédée et la rêverie, vibrant d’une sensation, d’un sentiment, d’une impression de la nature ou de mondes fabuleux.

George Benjamin dirige Ravel, Dukas, Rihm, et son Concerto pour orchestre
L'intégrale du concert
Dukas, Rihm, Ravel et Benjamin par George Benjamin
Maison de la Radio et de la Musique,Paris
Compositeur·rice
Maurice Ravel
Maurice Ravel