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Sergueï Rachmaninov : Prélude pour piano en ut dièse mineur op 3 n°2

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Sergueï Rachmaninov : Prélude pour piano en ut dièse mineur op 3 n°2

Vadym Kholodenko interprète le Prélude pour piano en ut dièse mineur op 3 n°2 de Rachmaninov. Enregistré le 30 novembre 2018, Salle Gaveau à Paris.

Parmi les cinq Morceaux de fantaisie pour piano, op. 3, composés par Sergueï Rachmaninov (1873-1943) en 1892, on compte l’Élégie, le Prélude, la Mélodie, Polichinelle et la Sérénade. Parmi elles, le Prélude en Do dièse mineur connut un succès sans pareil, le public allant même jusqu’à crier, à ses concerts, “Do dièse” pour le réclamer de la part du compositeur et pianiste russe, que ce soit en Russie avant son exil ou ensuite aux États-Unis. Lui, au contraire, finit par s’en lasser très rapidement. 

Rachmaninov a écrit l’un des plus importants  chapitres du répertoire pianistique. Il a fallu près d’un siècle pour s’en rendre compte. Leur auteur a longtemps été brocardé en des temps où le culte de la laideur était à son comble et où le sentiment était banni de l’art. La richesse et la beauté de ses harmonies, l’intarissable abondance de son inspiration mélodique, la couleur d’un orchestre ne dédaignant pas une pâte un peu « grasse », hollywoodienne avant la lettre : cette plénitude, hérétique aux yeux des tenants du « progrès » en art, était d’autant plus sévèrement condamnée qu’elle était chargée à un haut degré d’une impardonnable émotivité. 

À l’époque du néo-classicisme et du sérialisme triomphants, ces tares étaient indélébiles, et de nombreux esprits éclairés, ou présumés tels, ne voyaient en lui qu’un « simple d’esprit » pourvu d’un instinct suffisant pour trouver des mélodies si émouvantes que cela en était gênant. Ce n’était que de la musique de prisunic, au mieux de la musique pour un mauvais film sentimental… Un esprit aussi perspicace et raffiné que Lucien Rebatet se faisait dans Une Histoire de la musique l’écho de l’opinion prévalant alors : « Parce que les virtuoses y trouvent leur content de prouesses mécaniques, ses concertos encombrent encore nos programmes. Démodés, creux, n’ayant même pas conservé leur brillant, ils sont pour notre temps le pendant de toute la friperie des Henri Herz, des Czerny, des Thalberg entre 1830 et 1850. » 

Par une malicieuse ironie du sort, alors que son contemporain et compatriote Prokofiev avait alors la faveur du public « éclairé » et était plus souvent programmé, la situation s’est inversée : les œuvres de Rachmaninov comptent aujourd’hui au nombre de celles les plus souvent jouées et enregistrées.

Le pianiste Vadym Kholodenko
L'intégrale du concert
Grand Piano Russe par Vadym Kholodenko
Salle Gaveau, Paris