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Honegger : Pacific 231

Durée : 7 minutes

L'Orchestre philharmonique de Radio France sous la direction de Mikko Franck interprète Pacific 231, mouvement symphonique n°1, d'Arthur Honegger. Extrait du concert donné le 4 octobre 2019 à l'auditorium de la Maison de la Radio.

C’est au tout début du XXe  siècle, en pleine euphorie du rail, que la firme américaine Baldwin conçut une nouvelle locomotive dont le premier client fut une compagnie ferroviaire néo-zélandaise. Devant traverser le plus grand des océans, elle reçut le surnom de «  Pacific  », et se compose de quatre roues porteuses avant, de six roues motrices centrales, et de deux roues porteuses arrière, d’où son appellation américaine de « 4-6- 2 ». La codification française prenant en compte les essieux constitués de deux roues chacun, les premières locomotives de ce type construites dans l’Hexagone furent désignées comme « 2-3-1 ». Cette locomotive était très répandue en France quand Abel Gance la filma en 1920 dans la région de Nice pour son (très) long-métrage La Roue.

Assistant du réalisateur, l’écrivain et aventurier Blaise Cendrars racontera dans L’Homme foudroyé : « J’ai fait commander par Abel Gance la musique de La Roue à Arthur Honegger. Ce fut un joli malentendu ! Gance voulait une symphonie (pas moins) pour accompagner son film. Honegger composa ce morceau de bravoure qu’on donne depuis dans les salles de concert sous le titre de Pacific 231. Et ce fut sans lendemain. Je raconterai un jour comment j’ai découvert les Six. C’est une rigolade… »

Dans les faits, Honegger avait sélectionné avec Paul Fosse, directeur musical du Gaumont-Palace, des extraits d’œuvres de cinquante-six compositeurs contemporains pour la première projection du film dans cette salle parisienne en décembre 1922, tout en écrivant quelques pages dont l’ouverture, à l’origine de son « mouvement symphonique ». Toutes ces partitions ont été jouées en re-création mondiale le 14 septembre dernier par l’Orchestre symphonique de la Radio de Berlin dirigé par Frank Strobel, avec projection de la copie restaurée des sept heures du film, diffusées plus tard en deux parties par ARTE, tandis que la re-création française se tiendra les 19 et 20 octobre qui vient au festival Lumière Lyon.

Pacific 231 sera le plus grand succès public d’Honegger, qui l’enregistrera en 1929 à la tête du Grand Orchestre symphonique dans la Salle du Conservatoire, déclarant dans la revue Dissonances : « J’ai toujours aimé passionnément les locomotives. Pour moi, ce sont des êtres vivants... Ce que j’ai cherché dans Pacific, ce n’est pas l’imitation des bruits de la locomotive, mais la traduction d’une impression visuelle et d’une jouissance physique par une construction musicale. Elle part de la contemplation objective : la tranquille respiration de la machine au repos, l’effort du démarrage, puis l’accroissement progressif de la vitesse, pour aboutir à l’état lyrique, au pathétique du train de 300 tonnes, lancé en pleine nuit à 120 à l’heure. Comme sujet, j’ai choisi la locomotive type “Pacific“, symbole 231, pour trains lourds de grande vitesse. »

Pour former un triptyque avec Pacific 231, Honegger écrira Rugby puis Mouvement symphonique n°3. En 1949, Jean Mitry, jadis assistant d’Abel Gance sur son Napoléon, réalisera sur la musique d’Honegger dirigée par le compositeur, et sur des images de la SNCF, un court-métrage intitulé Pacific 231, qui recevra le prix du meilleur montage au Festival de Cannes. Il ne reste aujourd’hui en France qu’une seule de ces locomotives en état de marche, elle se trouve en Normandie et peut se voir dans les films Une Affaire de femme de Claude Chabrol et Les Misérables de Claude Lelouch.

Le groupe des six, dessin
L'intégrale du concert
Honegger, Milhaud et Poulenc par l'Orchestre philharmonique de Radio France
Maison de la Radio, Paris
Compositeur
Arthur Honegger
Arthur Honegger